‹ L'Abbé BautainChapitre 20 sur 64 · L. Bautain m. p · texte numérisé non relu

L. Bautain m. p

l'raedictam declarationem DD. L. Bautain et H. de Bonnechose manu propia coram me subscripserunt.

Jos. card. Mezzofante.

Ita reperitur in Actis Secr«Uari;t S. (.ongregationis Episcoponim et Rcgularium bac die 18 maji 1838/

.1, Patriarcha Cnnstantinop. secretarius.

(1) L'abbe Bautain avtiit appris cunfidenliellement, qu'il avait été décidé en haut lieu que l'exarapn sicrnabraii Jes propositions méritant correction ctu modification, mais que de t')ule façon le livre ne serait pas cond^imnc.

professeur du collège romain, et que plus d'une fois il avait été le trouver en particulier avec l'abbé de Bonnechose pour conférer sur des points controversés. Il en était résulté non-seulement un sentiment d'estime réciproque, mais un véritable rapport d'affection chrétienne qui persista et se montra dans des occasions ultérieures.

L'abbé Bautain ne pouvait que se trouver trèssatisfait d'avoir provoqué cette mesure.

La demande que l'abbé Bautain avait faite qu'on voulût bien lui remettre une lettre adressée'deRome à l'évêque de Strasbourg témoignant de la satisfaction de l'autorité supérieure ecclésiastique, fut trouvée juste, et les cardinaux Mezzofante et Lambruschini assurèrent qu'il y serait fait droit. L'exécution ne marcha pas aussi promptement qu'on le souhaitait, car il fut reconnu tout d'abord que cette lettre ou ce Bref devait être rédigé par la Congrégation des évêques et réguliers. C'était de nouveaux personnages à voir et à mettre au courant de l'affaire. Le cardinal Sala, préfet de cette congrégation, était méticuleux, on le craignait un peu ; mais il était absent et il fut remplacé par le cardinal Giustiniani favorable à nos messieurs. M. Bautain aurait voulu avoir une copie de la lettre dont il devait être porteur. Donner une copie parut être une démarche peu correcte; mais on voulut bien lui remettre une pièce constatant qu'une lettre avait été écrite dans tel sens à l'Évêque.

Le cardinal Mezzofante remit, en outre, à Fabbé Bautain la lettre suivante, avec faculté de la publier :

A Messieurs les abbés Bautain et de Bonnechose. Messieurs,

« Je me suis fait un devoir de mettre aux pieds de Notre Saint Père, l'acte de soumission que vous avez fait touchant les doctrines que vous avez enseignées et qui sont contenues dans vos ouvrages imprimés. Sa Sainteté Ta accepté, étant persuadée d'avance de votre sincère adhésion et de votre obéissance à tout ce qu'Elle décidera et ord onnera au sujet de ces mêmes ouvrages, l'étant aussi de votre fidélité à garder en attendant ce que vous promettez dans la dite déclaration. Elle vous donne aussi une preuve de sa satisfaction en vous admettant encore une fois en sa présence pour vous donner avant votre départ sa bénédiction apostolique. Ce sera un gage de sa bienveillance paternelle que vous avez su mériter par votre soumission et votre édifiante conduite pendant votre séjour à Rome. »

« Agréez, Messieurs, les sentiments de mon estime très-distinguée. »

Rome, 19 mai 1838.

Votre très -affectionné serviteur,

(signé) J. Mezzofante.

L'audience de congé eut lieu, en effet, le samedi 19 mai. Le matin même Sa Sainteté avait eu la bonté de s'en montrer occapée en en pai'lant à plusieurs

SA VIE BT SES ŒUVRFS. 283

personnes, et entre autres au cardinal Odescalchi, à qui Elle avait dit que la déclaration de soumission de ces messieurs lui avait fait grand plaisir. Le Pape reçut MM. Bautain et de Bonnechosede la manière la plus affectueuse. Lorsqu'il leur dit entre autres choses qu'il était sur de leur fidélité et de leur soumission, le cardinal Mezzofante ajouta aussitôt qu'il s'en portait garant. Puis il leur donna à chacun de pieux souvenirs : crucifix, médailles, chapelets, les congédiant avec sa paternelle et apostolique bénédiction.

Nos pèlerins quittèrent Rome le 21, le cœur rempli de consolation et d'espérance, heureux de retourner auprès de leurs frères, mais éprouvant aussi le vif regret de s'éloigner de cette ville qui est une vraie et bien-aimée patrie pour tout enfant de l'Église de Jésus-Christ, et où ils laissaient tant de noWes cœurs auxquels ils s'étaient attachés.

M. Bautain alla de Rome à Naples, où il prit le paquebot pour Marseille, et se rendit sans retard à Paris. Il devait exposer au ministre de l'Instruction publique la nécessité où il s'était trouvé de prolonger son absence au delà du congé accordé. 11 devait aussi soumettre à qui de droitle projet relatif à Saint-Lpuis des Français.

En arrivant à Paris, l'abbé Bautain eut aussitôt connaissance d'une pièce intitulée • Rapport à Vévêqiie de Strasbourg sur les écrits de M. Vahhé Bau-

tain, publiée avec l'approbation et par les ordres de l'Évéque. Deux éditions avaient été faites de cet écrit, Tune à Paris, distribuée seulement à NN. SS. les évêques,, l'autre à Strasbourg, mise en vente dès le 20 juin.

L'abbé Bautain en fut péniblement affecté ; car, avant d'avoir pu remettre à Mgr de Trévern la lettre de Rome dont il était porteur, et lui exposer avec confiance tout ce qu'il avait fait pour montrer sa sincère soumission à l'Église, il voyait un parti pris contre lui dans l'entourage de Mgr de Strasbourg, et la disposition fâcheuse de ce prélat.

Il écrivit immédiatement à S. E. le cardinal Mezzofante, lui envoyant la brochure et demandant des instructions ; et il attendit qu'il eut pu se présenter à Mgr de Trévern, pour rendre compte de l'entrevue au cardinal Secrétaire d'État, et aux autres personnages qui lui avaient témoigné un sincère et profond intérêt. — L'affaire de Saint-Louis des Français de Rome fut bien préparée et nous en indiquerons plus loin les résultats.

L'abbé Bautain arrivait à Strasbourg le 18 juillet et s'empressait de demander une audience à l'Évéque pour lui remettre la lettre dont il était porteur. La réception fut froide et embarrassée. Monseigneur annonça qu'il avait écrit à Rome, en envoyant le rapport cité plus haut, et qu'il remettait au Saint- Siège toute la suite de l'affaire. Il dit que par conséquent M. Bautain et ses amis resteraient dans le

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statu quo. L'Évêque était blessé : on sut peu après qu'il demandait à Rome un successeur, désirant se retirer vu son âge avancé.

L'abbé Bautain s'adressa alors à Rome, écrivant aux cardinaux Lambruschini, Mezzofante et Polidori, au R. P. Roothan, général des Jésuites, au P. Perrone, à Mgr de Falloux et à d'autres. Les réponses de Rome furent unanimes pour blâmer les procédés dont on usait à son égard; on l'encourageait dans les dispositions de douceur et d'humilité dont il avait fait preuve, et on lui promettait tout le concours possible pour arriver à un bon terme. Ainsi, une personne très-bien placée lui écrivait : « Vous savez déjà que cette brochure précédée d'une lettre de Mgr l'évêque de Strasbourg a déplu ici à tout le monde, même au Saint-Père qui en a témoigné son mécontentement et son affliction. Les cardinaux qui ont lu cet opuscule, des prélats, des généraux d'Ordre, et plusieurs autres personnages bien capables, ont blâmé l'acrimonie, l'amertume, l'esprit vindicatif que l'ont sent dans cette brochure. Nous ne parlons que des formes, nous n'examinons pas ici le fond de la doctrine. Quant à la doctrine, l'Évêque peut avoir raison ; c'est au Saint-Siège à prononcer. Mgr l'Evêque dit dans sa lettre sans date, qu'il s'en rapporte au Saint-Siège, et c'est précisément tandis que la question est pendante à Rome, lorsqu'il sait que vous êtes venu vous soumettre aux décisions du Saint-Siège, qu'il se hâte de décider préalablement, qualifiant directement ou indirectement presque

toutes les propositions avec une amertume bien peu chrétienne et bien moins ecclésiastique. Croyez, mon cher abbé, que les expressions peu clignes dont se sert le petit professeur rédacteur, loin de^ vous avilir ici, ne font que vous relever, et ne diminuent en rien l'estime qu'on a conçue pour vous pendant votre séjour à Rome. Le Pape a parlé de vous avec un vif intérêt, et il espère que vous continuerez à suiyre la voie qu'il vous a tracée. Vous pouvez assurer savoir de bonne part qu'à Rome on a désapprouvé fortement cette brochure quant aux formes et quant à l'esprit. »

Mgr de Strasbourg cependant donnait suite à son projet de retraite. Il l'avait présenté à Rome et il demandait pour son coadjuteur M. l'abbé Afifre, de la société de Saint-Sulpice. Il envoyait à Paris son secrétaire pour traiter l'affaire avec le Nonce du Pape et le ministre des cultes. L'année suivante enfin M. Affre était agréé et nommé au mois de décembre.

Aussitôt l'abbé de Bonnechose, et au printemps de 1840 Tabbé Bautain également, se rendent à Paris pour s'aboucher avec le coadjuteur non encore institué. Ils le trouvèrent bien disposé pour eux. Il est touchant de voir par la correspondance de M. Bautain avec Rome, quel empressement montrèrent en cette occasion les personnes les plus haut placées pour que, à l'avènement du nouveau prélat, l'abbé Bautain et ses amis fussent réintégrés dans leur position normale.

Mais toutes ces démarches préalables ne devaient point aboutir. Mgr de Quelen, archevêque de Paris, vint à mourir, et Mgr A ffre fut appelé à le remplacer.

C'est alors que M. Rœss, professeur et puis supérieur du grand séminaire de Strasbourg, fut choisi comme coadjuteur de Mgr de Trévern.

Mgr Rœss connaissait de longue date mademoiselle Humann, l'abbé Bautain et toute sa compagnie. Il avait été formé au sacerdoce au séminaire de Mayence sous Mgr Golmar; et si, comme professeur de théologie au grand séminaire de Strasbourg, il n'avait pas favorisé l'abbé Bautain, il avait cependant au fond du cœur le sentiment d'une sorte de parenté spirituelle qui lui rendait douce la charge de réconcilier ces messieurs avec le diocèse.

Le 8 septembre 1840 ils signèrent entre ses mains les propositions qu'ils avaient voulu signer en novembre 1837 entre les mains de Mgr de Trévern ; et le lendemain Mgr Rœss levait la suspense qui pesait sur eux. Us n'eurent cependant pas à user de leurs pouvoirs, parce que, en ce moment même, comiue nous aurons à l'exposer dans le chapitre suivant, ils venaient de prendre la décision de quitter le diocèse en faisant l'acquisition du collège de Juilly prés Paris.

Nous croyons devoir donner ici le texte de cette déclaration signée le 8 septembre 1840 entre les mains de Mgr Rœss, parce qu'elle fut citée plus tard dans un document romain (v. plus loin ch. xvm).

288 l'abbé BAUÏAIN.

En voici la teneur:

« Désirant nous soumettre à la doctrine qui nous a été proposée par Mgr l'évêque, nous soussignés déclarons adhérer sans restriction aucune aux propositions suivantes:

« 1° Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu et l'infinité de ses perfections. La foi, don du Ciel, suppose la révélation ; elle ne peut donc pas convenablement être alléguée vis-à-vis d'un athée en preuve de l'existence de Dieu. »

a 2*^ La divinité de la révélation mosaïque se prouve avec certitude par la tradition orale et écrite de la Synagogue et du Christianisme. >>

« i^*^ La preuve, tirée des miracles de Jésus-Christ, sensible et frappante pour les témoins oculaires, n'a point i>erdu sa force avec son éclat vis-à-vis des générations subséquentes. Nous trouvons cette preuve en toute certitude dans l'authenticité du Nouveau Testament, dans la tradition orale et écrite de tous les chrétiens ; et c'est par cette double tradition que nous devons la démontrer à l'incrédule qui la rejette ou à ceux qui, sans l'admettre encore, la désirent. »

« 4° On n'a pas le droit d'attendre d'un incrédule qu'il admette la résurrection de notre divin Sauveur, avant de lui en avoir administré des preuves certaines, et ces preuves sont déduites par le raisonnement. »

« 5^ Sur ces questions diverses la raison précède la foi et doit nous y conduire . »

SA VIB ET SES ŒUVhES. :2S9

« 6'' Quelque faible et obscure que soit devenue la raison par le péché originel, il lui reste assez dr^ clarté et de force pour nous guider avec certitude à l'existence de Dieu, à la révélation faite aux Juifs par Moïse, et aux Chrétiens par notre adorable Homme-Dieu. »

« Nous déclarons en outre condamner tout ce qui dans nos ouvrages, publiés jusqu'à ce joun aurait pu être ou pourrait être jugé non conforme à la doctrine de l'Église (1). »

Dès que la réconciliation fut accomplie, l'abbé Garl et l'abbé de Régny, au nom de toute la société, allèrent présenter leurs hommages à Mgr de Trévern qui s'était retiré à Marlenheim. Tous ces messieurs éprouvaient une vraie peine à la pensée de ce qui avait douloureusement affecté le vénérable vieillard. S'ils lui avaient résisté, c'était comme malgré eux, et pour obéir à ce qui leur avait semblé un devoir. De son côté, Mgr de Trévern ne s'arrêta qu'à son bon cœur, et l'entrevue fut calme et bonne. On était en paix.

(1) Daas UD livre pubhé à Wurtzbourg, sous le titre d'Enchiridion symbolorum et deflnitionum, etc., 4* edit., ibëo, p. 44l on doûiie, traduites eu latin, comme étant les six propositions signées par l'abbe Bautain, le 8 septembre 1840 entre les mains de monseigneur Rœss, celles qui turent publiées par monseigneur de Trévern le 18 novembre 1835 (voir ch. xui. du présent ouvrage). La différence n'est piis grande, mais elle existe. Les propositions du 8 septembre 18i0 n'avaient pas été publiées jusqu'ici.

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