TRAVAUX A STRASBOURG PENDANT LA DISGRACE
Le pensionnat pour l'Instruction Secondaire de la rue de la Toussaint. - Fondation d'une hcole Primaire. — Un nouveau membre de la Société : Adrien de Reinach. — Mort de mademoiselle Humann. — Développement du Pensionnat el de l'École Primaire. — Lutte pour la liberté de renseignement. — Méthodes suivies dans Tenseignem'^nt de la jeunesse. — Établissement d'un pensionnat de Demoiselles et d'une École de pedtes filles. — Union d'esprit dans la direction de ces œuvres diverses. — Influence religieuse dans la ville. — Travaux scientifiques et littéraires. — Au retour de Rome l'abbé Bautain commence à publier ses œuvres philosophiques. — Plan général de la philosophie du Professeur. — Projet de quitter Strasbourg. — Acquisition du Collège de Juilly. — Dernières dispositions et départ.
Nous avons dû suivre d'une manière particulière dans les chapitres précédents la marche du différend survenu entre Mgr l'évêque de Strasbourg et l'abbé Bautain, car c'était là le fait dominant dans la vie du professeur et dans celle des jeunes prêtres qui lui
étaient si entièrement dévoués. Il est temps de montrer ce qui se passait au foyer de la petite société, où l'on ressentait tous les contre-coups de l'affaire principale, mais où, sous l'impulsion et la direction dit chef, sous la ferme et douce influence de celle qu'on vénérait comme une mère, on ne restait pas inactifs.
En quittant le petit Séminaire, comme nous l'avons indiqué à la fin du chapitre X, ces messieurs trouvaient un asile tout préparé. C'était une maison achetée quelques années auparavant au nom de l'abbé Garl, et située précisément en face de la maison maternelle dans la petite rue de la Toussaint. Ou s'y réunit donc aussitôt, et il fut convenu qu'on continuerait de se consacrer à l'instruction de quelques enfants, appartenant à des familles alliées ou amies, qui avaient voulu quitter à notre suite le petit séminaire. La pensée de former un établissement privé d'instruction secondaire était une idée toute naturelle.
A cette époque, une telle entreprise ne pouvait s'exécuter sans une autorisation préalable de l'État ; mais cette autorisation n'était pas difficile à obtenir, M. Bautain ayant des protecteurs et des amis universitaires dans les régions du pouvoir, et les familles Humann et Garl étant également dans la meilleure position pour le soutenir de leur influence. On se mit donc à l'œuvre sans retard.
La détermination d'ouvrir un pensionnat était d'autant plus opportune qu'il était à craindre, ce qui ne manqua pas en effet d'arriver, qu'on tenterait de
rompre le faisceau, et que l'autorité ecclésiastique, en demandant individuellement à ces jeunes prêtres d'adhérer aux propositions de l'Avertissement, leur offrirait de l'emploi dans les diverses parties du diocèse, dans le but de les éloigner les uns des autres. Une occupation commune dans l'éducation de la Jeunesse leur donnait une position honorable, très-propre à maintenir leur union ; et elle répondait d'ailleurs parfaitement à leurs vues et à leurs précédents.
L'entreprise du pensionnat était à peine décidée, et il n'y avait guère qu'un mois que l'on avait quitté le petit séminaire, lorsque M. Bautain trouva qu^il serait bon de réunir les plus jeunes enfants des familles amies, qui n'étaient point encore d'âge à entrer au pensionnat, et de les y préparer par une instruction élémentaire. 11 s'adressa à l'abbé de Régny: J'ai pensé à vous, lui dit-il, voudriez-vous tenir une école primaire? La loi de l'année dernière (1833) nous donne à cet égard toute liberté. Il ne s'agirait que dépasser un examen d'instituteur primaire à l'Académie et d'obtenir un certificat de bonnes mœurs à la mairie. Vous lanceriez une circulaire dans la ville; et je suis persuadé que l'idée d'une école primaire française dans ce pays, où toutes les meilleures sont allemandes, serait accueillie avec la plus grande faveur par la bonne société. L'abbé de Régny n'avait à objecter que son inexpérience en ces matières, mais il offrait aussitôt sa bonne volonté pour se dévouer aux en-
SA VIE ET SES OEUVRES. 2î.)3
fants et travailler de tout cœur à l'œuvre commune.
Le mois n'était pas fini, qu^à l'aide de quelques lectures préparatoires et de quelques visites aux principales écoles de Strasbourg, le débutant dans la carrière pédagogique avait réuni les premières données nécessaires. Le brevet ofQciel d'instituteur primaire supérieur avait été obtenu, toutes les formalités étaient remplies, et l'école primaire s'ouvrait dans une des rues les plus centrales de Strasbourg. Une respectable famille de la ville avait offert avec empressement un local provisoire au rez-de-chaussée dans sa propre demeure, et avait donné ses deux jeunes enfants, premier noyau de cette École qui prospéra bientôt.
C'est ainsi que furent inaugurés les deux établissements d'instruction, qui allaient donnera ces messieurs, avec un aliment nécessaire d'activité, les moyens d'appliquer, plus librement que dans des établissements publics, les principes et les méthodes que leur suggérait la philosophie chrétienne du maître.
A ce moment un nouveau membre vint s'adjoindre aux plus anciens. Un certain nombre de jeunes gens, parmi les étudiants des diverses Facultés de l'Académie, s'attachaient à l'abbé Bautain, et, ne se contentant pas de suivre les cours avec assiduité, venaient chercher des conseils et de l'affection auprès du maître et de ses disciples. Parmi eux on distinguait Adrien de Reniach, qui tenait par sa naissance aux
plus nobles familles d'Alsace. Le nom de Reinach s'était illustré parmi les anciens chevaliers du moyen-âge ; et dans sa mère s'éteignait le nom des Landsberg, dont le château en ruines dans la chaîne des Vosges, près de Molsheim, avait été souvent le but de nos excursions. Adrien de Reinach, qui venait de terminer ses études de Droit, se sentait attiré à la vie religieuse, et déjà son cœur le portait à se joindre à son maître et à ses amis. Peu de temps avant leur disgrâce, il hésitait encore ; mais dés qu'il les vit en butte à une persécution, il se trouva tout décidé. En vrai chevalier, il vint demander comme une grâce et un honneur d'être admis dans leur société, et de partager leurs travaux et leur vie. Il avait une e ntière assurance que le différend avec l'Évéque cesserait, et que le moment viendrait pour lui d'endosser la robe du soldat de Jésus- Christ. Adrien de Reinach portait dans ses traits et dans sa prestance, comme dans son esprit et dans son cœur, tous les caractères de la vraie noblesse. Sa mort, lorsque nous aurons à la mentionner, nous le montrera fidèle à son origine.
Il fut reçu avec joie et tendresse, et se voua aussitôt, en compagnie de ses amis, à l'éducation et à l'instruction de la jeunesse dans l'établissement de la rue de la Toussaint.
Avant d'entrer dans quelques développements sur les travaux de ce groupe de jeunes prêtres qu^un lîiême esprit animait dans leur tâche, nous devons
SA VIE ET SES ŒUVRES. 29o
rapporter ici l'épreuve la plus sensible qu'ils eussent eu à supporter; nous voulons parler de la mort de leur mère vénérée et tant aimée. On était en 1836.
Malgré son âge avancé (elle approchait de 70 ans), et malgré une cruelle maladie supportée depuis quinze années avec une dignité et un calme parfaits, mademoiselle Humann ne paraissait pas sensiblement changée. Parfois, il est vrai, elle passait quelques jours retirée, invisible pour nous, affaissée et comme anéantie sur sa couche. En sortant de ces crises, on aurait dit que son âme revenait d'un repos délicieux et regretté. Que de fois, on la trouvait dans son petit salon, toujours soignée dans sa mise, mais évidemment en proie à la souffrance ; et à nos demandes inquiètes, elle répondait par un sourire tranquille et un doux regard, en disant : que toute douleur était bien peu de chose, si, en Tacceptant, on pouvait gagner le moindre petit accroissement d'amour de Dieu. Cependant dès le printemps elle faisait son testament, et au mois de juillet elle voulut être administrée. D'après sa volonté, rien ne devait se ressentir de son état dans les allures journalières de la maison ; et les travaux de chacun suivaient paisiblement leur cours. Elle inspirait tellement son calme à tous, qu'on n'aurait su prévoir si l'issue fatale était prochaine. Le curé de sa paroisse venait souvent la visiter pour répondre à son désir, et il devait la préparer à la mort. Il semblait plus disposé à s'édifier lui-même qu'à exhorter la malade, mais l'humble et sincère chrétienne demandait à recevoir la parole du
ministre de Dieu, et il fallait la satisfaire. Le 19 septembre, au matin, comme nous revenions les uns et les autres de célébrer la sainte messe dans les diverses églises du voisinage, nous apprîmes que notre mère venait de rendre son àme à Dieu. Elle avait été assistée de l'abbé Bautain et de sa fidèle ancienne élève mademoiselle Roudolphi, et, avant d'expirer» elle avait dit la prière domicale en montrant du regard le ciel à celui qu'elle avait enfanté à Jésus- Christ.
Telle fut la mort de cette douce et forte chrétienne: pour elle, une délivrance de l'exil, un retour à la patrie ; pour nous, une grande douleur, car nous nous sentions orphelins d'une vraie mère durant des épreuves qui n'étaient point finies. Tous les frères se serrèrent plus étroitement autour de l'aîné, qui redoubla de tendresse et de courage pour les animer dans leur sainte carrière (1).
L'œuvre de l'instruction de la jeunesse sous la nouvelle forme que les événements avaient amenée, avait été entreprise avec un grand zèle. On avait senti de bonne heure le besoin d'agrandir et de compléter le pensionnat de la Toussaint, et, sans en faire un bâtiment remarquable, on avait augmenté la bâtisse et ménagé toutes les ressources nécessaires à
(1) L'abbé Bautaia daus la Chrétienne de nos jours (tome Ji page 392), après avoir racoQte sa propre conversion, consacre à celle qui fut sa mère spirituelle quelques pages émues qui sont le plus bel éloge de cette admirable chrétienne.
la demeure et aux exercices de tout genre de quatrevingts à cent élèves. Mademoiselle Humann avait suivi de l'œil tous les travaux qu'elle encourageait de son approbation.
L'école primaire également avait dû s'établir d'une manière définitive. On n'avait pu la laisser dans le local que l'amitié de la famille S... avait bien voulu mettre à sa disposition au moment de ses premiers débuts.
Commencée avec deux enfants, elle réunissait dès la seconde annéeplus décent trente élèves. Les familles des administrations françaises et des ojQQciers de la garnison trouvaient cette école à leur convenance, et les familles alsaciennes étaient aises d'avoir pour leurs jeunes enfants des maîtres français. Bien des enfants protestants y étaient admis, avec la condition de n'être exemptés en rien des exercices religieux qui s'entremêlaient à l'instruction élémentaire.
On acheta donc un hôtel convenable dans le quartier central où l'on se trouvait déjà, rue des Juifs, et là, tout le rez-de-chaussée entourant une belle cour fut disposé pour les diverses salles nécessaires à l'enseignement des enfants. Les étages supérieurs furent consacrés, comme nous le dirons bientôt, à l'éducation des filles.
Le personnel attaché au pensionnat de la Toussaint se composait principalement de MM. Cari, Goschler, de Bonnechose, Gratry, Jules et Nestor Level, de Beinach. — L'école primaire était confiée à MM. de Régny et Mertian auxquels l'abbé Ratisbonne voulait
bien adjoindre son vaillant concours. D'un côté comme de l'autre, des maîtres accessoires étaient appelés j)Our les leçons spéciales de dessin, de musique, de gymnastique, et on acceptait l'aide de quelques jeunes amis, lorsque cela pouvait être utile pour leur propre épreuve au service de Dieu.
Il faut bien remarquer que, si on avait entrepris un établissement d'instruction secondaire, c'était dans l'espoir que sous peu une loi donnerait la liberté de ce degré, comme la loi de 1833 l'avait donnée pour le degré primaire. On n'aurait point commencé l'œuvre sans cette perspective. Envoyer les élèves comme externes au collège royal, soumettre le développement de leur esprit et de leur âme à l'influence de deux esprits divers sinon opposés ne semblait pas une chose admissible.
Sous ce rapport, les six années de travail assidu et tranquille à l'intérieur de la maison furent autant d'années de lutte à l'extérieur pour MM. Bautain et Cari qui portaient la responsabilité de l'entreprise.
A peine M. Cari avait-il obtenu le brevet de chef d'institution, au commencement de 1835, que M. Bautain se rendait à Paris pour s'entendre avec M. Guizot, ministre de l'Instruction publique, occupé de préparer le projet de loi pour la liberté de l'enseignement secondaire. M. Guizot donna donc toute confiance pour l'œuvre naissante. On avança sans hésitation, et la première année se passa sans incidents, d'autant plus que l'abbé Garl avait voulu com-
mencer par les classes élémentaires et avec de jeunes élèves ; mais dès la fin de 1836 le collège royal réclame, prétendant avoir droit sur les élèves qui grandissent; et les journaux de la localité avivent la polémique en soutenant le parti de la liberté ; on obtint un sursis.
C'est à ce moment que M. Bautain publia sous le couvert de M. Théodore deBussiére, qui voulut bien prêter son nom, une brochure exposant avec force les raisons sur lesquelles s'appuyaient les pères de famille dans leurs revendications.
Au mois de mars 1837, M. Guizot présentait la loi. Elle fut adoptée par la chambre des députés, mais l'opposition qui existait à ce moment contre l'Église décida le gouvernenent à ne point la présenter à la chambre des Pairs.
M. Guizot fut alors remplacé au ministère de l'Instruction publique par M. de Salvandy. Ce nouveau ministre montra également à L'abbé Bautain sa bonne volonté. En effet, au mois de juillet suivant, le Recteur de l'académie de Strasbourg, ayant cité l'abbé Garl à sa barre, l'avait menacé de poursuites pour n'avoir point envoyé ses élèves au collège royal. Une lettre du ministre ordonna de suspendre les poursuites.
Au mois d'octobre de l'année suivante (1838), même alerte. Cette fois, c'était le ministre lui-même qui ordonnait l'exécution des règlements universitaires ; et, une fois encore, l'intervention active de MM. de Schauenbourg et Louis Cari, frère de l'abbé,
tous les deux députés du Bas-Rhin, put faire revenir le ministre sur sa décision et ajourner la mesure.
Mais la loi sur la liberté de l'enseignement secondaire se trouvant toujours ajournée, les résistances au monopole devaient finir par échouer. La dernière tentative fut faite par le Conseil général du département qui formula un vœu favorable à une demande de l'abbé Cari. Il n'en fut poinî tenu compte, et pour la rentrée de l'année scolaire 1839-40 il fallut envoyer les élèves de Rhétorique et de Seconde fréquenter comme externes les cours du collège universitaire.
Ce fut là, comme nous le dirons, l'une des principales raisons qui, l'année suivante, déterminèrent l'abbé Bautain à quitter Strasbourg pour diriger un collège jouissant du privilège du plein exercice.
Ce qui soutenait l'ardeur de ces jeunes prêtres dans leur œuvre, c'était, avec l'union de leurs cœurs l'unité de pensée qui présidait à tous leurs travaux. L'abbé Cari, dans le discours qu'il adressait aux parents lors de la première distribution des prix, en août 183G, leur disait : « Les travaux du directeur de récole primaire sont les préliminaires des nôtres; il nous prépare nos élèves pendant plusieurs années, et quand ses enfants passent entre nos mains, ils changentde lieux, de livres et d'objets d'études ; mais, en toute vérité, ils ne changent point de maîtres ; car nous suivons les mêmes méthodes, nous sommes animés du même esprit, et nous tendons au même but. Je vous laisse à penser, Messieurs, quels peuvent
être les avantages de cette suite et de cette unité dans le cours de l'éducation, depuis le moment où l'enfant apprend à lire jusqu'aux études philosophiques les plus élevées. Notre point de départ est dans l'école primaire, les études académiques en sont le terme. »
Quoi donc ? Cette école philosophique formée autour de M. Bautain, occupant une si petite place dans ce monde, avait-elle la prétention de renouveler l'enseignement et l'éducation de la France ? Non, assurément. La civilisation des nations chrétiennes n'avait pas attendu le xix« siècle pour établir le Ratio Studiorum, ou la méthode générale la plus propre à développer le cœur et l'esprit de la jeunesse ; et nul homme sensé ne pouvait avoir l'ambition de réformer l'œuvre de la foi et de la science des générations passées. Mais si l'expérience du passé doit servir d'appui aux générations présentes, il n'est pas douteux que dans l'appUcation des règles générales, tout ce qui est procédé de détail, doit s'adapter aux besoins variables des temps. Lorsqu'il ne s'agit pas d'un travail matériel, mais qu'il faut opérer sur des êtres humains pour les développer et les former, il reste un vaste champ ouvert au talent et au zèle de l'éducateur, afin qu'un résultat vivant et sain soit le fruit de ses efforts.
Les disciples de l'abbé Bautain se servaient donc avec avantage de la connaissance que la philosophie leur donnait de l'homme et de l'épanouissement graduel de ses facultés physiques, intellectuelles et
morales pour seconder le niouvemenl normal de la nature. L'étude de la langue maternelle, des langues classiques,etdes éléments des diverses sciences était convenablement distribuée dans ce but. Aider, provoquer au besoin, savoir attendre surtout, sont des choses nécessaires pour que l'éducation du corps et de l'esprit conservent l'harmonie requise par l'unité de la personne humaine. Et ce travail, suivi avec intelligence, double l'intérêt du maître, et lui donne une récompense anticipée du devoir accompli (1).
L'œuvre ne s'était point bornée à l'éducation des garçons. Dès avant sa mort, mademoiselle Humann avait choisi, pour diriger un pensionnat de demoiselles, une personne distinguée par son esprit, fille d'un ofiQcier de l'Empire, et élevée à la maison de la Légion d'honneur. Mademoiselle A... fut installée au premier étage delà maison achetée pour l'école primaire, et l'œuvre se développa et prospéra bientôt, En même temps, l'entresol fut consacré à une école primaire de petites filles, correspondant à l'école primaire des garçons. Celte école fut dirigée par le dévouement d'une dame de Strasbourg, madame S..,
(1) M, L'abbé Cari, dans plusieurs discours prononcés aux distributions des prix, soit du petit séminaire de Saini-Louis, soit de l'institution de 'a rue de la Toussaint, a di-veloppé les vues sup*^rieures qui dirigeaient sa marche dans l'éducation et l'instruction de ses élèves, depuis i'eniance jusqu'aux études acad'^miques. C(^s pages présentent un intérêt qui n'a pas vieilli. Mais nous les omettons parce qu'elles ne se rapportent pas assez directement à l'objet du présent ouvrage.
veuve, et jouissant d'une belle fortune. Elle se consacrait avec une simplicité touchante à cette œuvre chrétienne.
A mesure que le besoin s'en faisait sentir, les deux directrices furent aidées par diverses jeunes personnes qui suivaient le mouvement religieux provoqué par l'abbé Bautain et ses amis.
Le caractère frappant de ces diverses entreprises était Funion des cœurs et des volontés chez les maîtres comme chez les maîtresses, union qui venait de la foi et qui s'alimentait par la pratique de la prière et d'une vie sérieusement chrétienne. Cet esprit d'union rejaillissait sur les enfants. A la rue delà Toussaint comme à la rue des Juifs, la joie, la simplicité et l'affection des élèves témoignaient d'un véritable esprit de famille. Et ces dispositions chez les enfants soutenaient le dévouement de leurs maîtres.
Leur tâche était en outre facilitée, nous l'avons vu plus haut, par l'unité de méthode provenant de l'unité du point de vue qui présidait à l'œuvre entière. Une vraie synthèse coordonnait tous les enseignements, depuis le plus élevé jusqu'au plus élémentaire. Gela donnait du repos d'esprit à tous les maîtres ; ils avaient une direction plus sentie encore qu'imposée ; ils savaient dans quel sens lils devaient pousser leurs travaux.
C'est ainsi que se passèrent six années, qui donnèrent un aliment bien utile à l'activité de ces jeunes hommes ardents à l'œuvre, et qui, on peut l'espérer
de la bonté du Ciel, produisirent quelques bons fruits parmi un grand nombre d'enfants et d'adolescents.
L'influence sur les enfants ne pouvait que favoriser celle que l'abbé Bautain et ses amis exerçaient d'ailleurs bur bien des familles, et qui produisit pendant ce temps d'heureux résultats. Ils contribuaient à ramener bien des âmes à l'Église ; et ils les adressaient aux ecclésiastiques de la ville pour les faire participer aux sacrements. Dieu semblait leur continuer sa bénédiction, se servant de leur bonne volonté et de leur parole pour faire du bien.
C'est ainsi qu'une dame protestante, fort distinguée par les dons du cœur et de l'esprit, rentrait avec sa fille dans le sein de l'Église. Un avocat Israélite et toute sa famille recevaient le baptême. Deux demoiselles israélites,appartenant à l'une des familles distinguées de la ville, se préparaient, par des entretiens et des lectures, à devenir de pieuses catholiques, pour arriver plus tard à la profession religieuse.
M. Théodore de Bussiére, gendre de M. Georges Humann, quitta le protestantisme pour embrasser avec ardeur la foi catholique. C'est en février 1837, à un moment où la conversion de M. de Bussiére devait encore rester secrète, que l'abbé Bautain, accompagné de l'abbé de Régny, le conduisit à Nancy. Mgr Donnet les accueillit à l'évêché, et il eut la consolation de recevoir l'abjuration du néophite et
SA VIK ET SES Uh-UVKES. 305
de donner les sacrements à ce nouveau catholique, qui allait être bientôt un zélé champion de l'Église.
Pendant ce temps, les travaux scientifiques et littéraires n'étaient point négligés. L'abbé Bautain continuait avec succès à l'académie ses cours de Philosophie : la Morale, l'Anthropologie, la Psychologie, la Logique se succédaient d'année en année. Seulement, la iMétaphysique était réservée, parce que M. Bautain la faisait partir de trop haut pour qu'il n'y eût pas contestation.
L'abbé Goschler, professeur au pensionnat, écrivait en même temps et soutenait ses deux thèses pour le doctorat ès-lettres : l'une très remarquable, sur le Panthéisme ; l'autre, bien intéressante, sur la poésie et sur la philosophie des psaumes de David.
L'abbé Gratry poursuivait ses spéculations tout à la fois mathématiques, philosophiques et théologiques, dont la publication posthume de ses manuscrits nous donne aujourd'hui connaissance.
L'abbé Ratisbonne composait, après de consciencieuses recherches, sa belle Vie de saint Bernard, imprimée à Paris quelques années plus tard.
L'abbé Garl, tout adonné à son œuvre, publiait, pour Tusage de ses élèves, de savant et clairs résumés de grammaire générale, de grammaire latine, de logique, auxquels correspondaient, à l'école primaire, des abrégés de grammaire française, de calcul, de géométrie élémentaire, de musique, adaptés au degré d'instruction des classes élémentaires.
A certains jours fixes,en outre, M. Bautain réunissait tous ses amis dans des cenférences ecclésiastiques, où l'on traitait quelques questions, indiquées d'avance, sur l'Écriture sainte ou la théologie. On voit par là que les journées de cette jeune société étaient sérieusement remplies.
Nous avons vu dans les chapitres précédents comment l'abbé Bautain avait du interrompre ses occupations à Strasbourg et se rendre à Rome, pour l'affaire qui tenait à juste titre, le premier rang parmi toutes les autres. A peine de retour, au mois de juillet 1838, il s'empressait de donner suite à la publication déjà préparée du premier cours de sa Philosophie complète, La Psychologie expérimentale (1).
L'ouvrage important, intitulé : Philosophie du Christianisme, qui avait paru en 1833, ne faisait pas partie de l'enseignement académique de M. Bautain c'était le développement scientifique de plusieurs dogmes chrétiens, qui avait eu pour but et pour résultat d'éclairer et d'attirer à l'Église les trois jeunes Israélites que sa parole avait touchés. Il l'avait écrit étant encore laïque, au moment où la belle intelligence et surtout la foi et la piété de Mlle Humann l'avait converti et amené à admirer avec enthousiasme la lumière de l'Évangile. On ne saurait s'étonner après cela que l'ouvrage soumis à un sévère examen ait présenté quelques expressions qui manquaient de
(1) Philosophie. 'Psychologie expérimentale 2 v. in 8<» Strasbourg, chez Dérivaux, Paris, chez Lagny frères. 1839.
SA VIE ET SiîS ŒUVRES. 307
précision théologique. L'édition était épuisée ; M. Bautain quoiqu'il y fût encouragé ne se décida pas à le reproduire.
Le livre avait eu son à-propos, il avait produit son effet par la chaleur de la foi qui ranimait, et les éclats de la lumière qui avait éclairé les jeunes hommes amenés ainsi à l'Église. L'auteur le laissa parmi les œuvres qui ont fait leur temps. A la fin de sa longue carrière il semble en avoir reproduit la substance sous une tout autre forme, en écrivant le livre des Choses de Vautre monde ou Journal d'un philosophe dont nous parlerons au moment convenable.
L'auteur de la Psychologie expérimentale place en tête de son ouvrage la déclaration suivante.
« L'impression de cet ouvrage était assez avancée quand l'auteur a dû partir pour Rome. Après avoir déféré lui-même au jugement du Saint-Siège ses précédents écrits, il ne savait s'il achèverait la publication commencée. Il a consulté à Rome des personnes graves par leur caractère comme par leur position, et il lui a été dit que, fort de ses intentions droites et de sa soumission à l'Église, il devait continuer son œuvre, en s'empressant de déposer ses nouveaux écrits aux pieds du Souverain-Pontife. C'est ce qu'il fait en ce moment dans toute la sincérité de son âme, déclarant qu'il est prêt à retrancher de cet ouvrage, ainsi que des autres, tout ce qui pourrait paraître contraire, de quelque manière que ce soit, à la doctrine de l'Église. L'auteur était catholique avant
308 l'abbk bautain,
d'être philosophe, et il ne veut être philosophe qu'à la condition de rester catholique. »
Nous allons dire quelques mots de cette publication importante ; mais nous ne saurions nous empêcher de donner en note l'épltre dédicatoire adressée à l'abbé Garl. Car notre but est de faire bien connaître l'abbé Bautain ; et comme son cœur a été trop méconnu nous voudrions faire sentir quelle profonde tendresse il renfermait. Le nom de celle qui avait été la mère de son âme lui laissait un vide que comblait difficilement l'affection de ses frères (1).
(l) « Cher Adolphe. A quel autre qu'à toi pourrais-je maiatenant dédier ces volumes, qui ouvrent la publication du i^rand ouvrage auquel ma vie est employée depuis vingt ans? Tu as été le premier disciple et le premier fruit de la doctrine qu'il expose, doctrine qui a fait notre force, notre consolation et notre bonheur. C'est elle qui a uni nos cœurs en éclairant notre intelligence. Elle nous a conduits et soutenus à travers les vicissitudes d'une vie encore jeune et déjà bien éprouvée. Elle a été notre flambeau dans l'étude de l'homme et de la nature, quand nous voulions nous dévouer au soulagement de l'humanité souffrante. Elle nous a encore prêté *jn secours, lorsque nous nous sommes élevés aux spéculations sublimes de la théologie ; elle a ressuscité, illuminé la foi de notre enfance, et par elle Dieu nous a inspiré le désir de nous consacrer à son saint ministère. »
« Tu sais, cher ami, d'où lui est venue cette vertu, et à qui nous en devons rendre grâces. J'ai toujours confessé, que ce qu'on veut bien appeler ma philosophie^ n'est que la parole chrétienne scientifiquement expHquée. Mon enseignement ne vaut que par là, et s'il a produit quelques fruits, c'est parce qu'il est profondément chrétien. Voilà pourquoi il a pu gagner à Dieu plusieurs âmes, et m'a valu la plus douce et la plus belle des récompenses sur terre, de vrais amis, tendres, fidèles, dévoués, des frères en Jésus-Christ, dont tu es le premier, et auxquels mon cœur est uni par les liens indissolubles de la foi, de l'espérance et de l'amour. Strasbourg 19 septembre 1838. L. Bautain.
Second anniversaire de la mort de Mlle Humann. '
M. Bautain place en tête de sa Psychologie une introduction qui mérite toute notre attention, en ce qu'elle expose le plan et l'ordonnance de son enseignement philosophique.
Il part du nom même de Philosophie, qui signifie amour de la sagesse, pour examiner ce que c'est que cet amour de l'homme, ce que l'on peut entendre par sagesse, et quel peut être le rapport de l'une avec l'autre ; et il pose ainsi sa conclusion. La philosophie est en résumé :
« Amour de la sagesse, dans son principe subjectif;
« Recherche de la vérité, dans sa tendance et dans son acte.
« Conscience du moi, dans son premier effet ;
« Science du moi et du non moi, dans son résultat ou dans son terme. »
D'après cette idée, il arrive à la division de la doctrine philosophique spéculative en trois grandes parties.
1'^ V Ontologie ou la métaphysique transcendante, la plus haute comme la plus profonde des sciences.
2^ V Anthropologie, partant des données que lui fournit l'ontologie sur l'origine et la nature de l'homme. Elle considère l'âme humaine dans sa racine et dans son développement purement spirituel, comme psychologie pure ; 'dans son développement mixte par son union avec le corps, comme psychologie expérimentale.
Elle explique le rapport do l'homme avec son auteur, comme Théodicée :
310 l'abbé hautain,
Le rapport de rhomme avec ses semblables, dans V Éthique ou la Morale :
Et ses relations avec les choses sensibles et rationnelles dans la Logique.
^^ La Cosmologie, science de la nature physique en général, où l'homme se trouve encore compris comme être organique.
L'auteur ne comptait pas traiter la Cosmologie ex'professo, mais se proposait d'y jeter de temps en temps un coup d'œil en exposant les autres parties.
« Si nous avions l'intention, ajoutait-il, d'exposer la science analytiquement et dans toute sa rigueur, nous suivrions la division qui vient d'être tracée. Partant du Principe universel, de l'Être, source de l'existence et de la vie, nous descendrions à travers les degrés de la création par cette échelle merveilleuse qui unit le Ciel et la terre. Dans ce cas nous n'aurions égard, dans notre marche, qu'à Vidée et à son développement. Mais nous donnons un cours d'enseignement ; et ainsi nous devons prendre en considération l'état intellectuel des hommes auxquels nous parlons. » De là dérivait l'ordre dans lequel il disposait ses cours : 1° La Psychologie expérimentale ; 2^ la Logique ; 3° la Morale ; 4*^ la Théodicée et 5*^ la Métaphysique ou l'Ontologie comme couronnement. Et il finissait par mettre pieusement son entreprise sous l'invocation du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
L'abbé Bautain pendant sa vie ne publia que deux de ses cours : la Psychologie, et la Morale. Fut-il
arrêté par suite des épreuves et des peines, ou parce qu'il jugea que dans une époque préoccupée et bouleversée par les événements politiques les esprits ne s'ouvraient point aux spéculations delà science? Nous ne savons. Pendant vingt-cinq ans qu'il vécut encore, il enseigna, écrivit, prêcha, dirigea des âmes, s'attachant toujours plus à la pratique qu'à la spéculation.
M. Bautain avait été nommé par M. de Salvandy doyen de la Faculté des lettres en septembre 1838, et depuis le l^'" janvier 1839 il était membre du Conseil académique. Sa position universitaire était donc bien assurée, mais malgré cela il commençait à entrevoir que son séjour à Strasbourg deviendrait défavorable à la société religieuse dont il était le chef.
Aussi, en avril 1840, alla-t-il passer un mois à Paris avec l'abbé de Bonnechose ; et là, un ami commun de ces messieurs et de MM. de Salinis et de Scorbiac (1), directeurs du collège de Juilly, fournit l'occasion à ces derniers d'offrir à M. Bautain leur succession dans la conduite de ce collège.
MM. de Sorbiac et de Salinis s'en étaient chargés, à la demande de M. Berryer, en 1828, au moment où les Ordonnances royales avaient eu pour objet de disperser les collèges des Jésuites. Juilly, qui s'éteignait sous les quelques demeurants de l'ancien Oratoire, fut alors relevé.
(1) L'abbé Martin de Noirlieu.
Un grand nombre de familles légitimistes du Midi, amies des nouveaux directeurs, y placèrent leurs enfants ; et après la révolution de 1830 le collège de Juilly devint florissant.
M. de Lamennais y demeurait entouré de ses disciples; on y rédigeait le journal V Avenir.
Après la chute de cette retentissante école, MM. de Salinis et de Scorbiac, fondateurs du journal scientifique V Université catholique, soutinrent avec honneur le lustre de l'antique maison. Cependant, après douze ans de travaux, ces éminents ecclésiastiques aspiraient au repos, et envisageaient avec une grande satisfaction la perspective de se décharger du poids d'une semblable entreprise en la confiant à un homme capable, entouré de jeunes prêtres dévoués. Aussi avaient-ils mis beaucoup de suite pendant prés d'une année pour atteindre leur but.
L'abbé Bautain, de retour à Strasbourg, soumit le projet aux réflexions de ses amis. On pria, on délibéra.
L'obligation où se trouvait l'abbé Garl d'envoyer ses élèves au collège royal lui répugnait souverainement ; et après les nombreux projets de loi sur la liberté de l'enseignement secondaire, qui avaient tous échoué, on ne prévoyait plus un succès probable dans l'avenir. L'acquisition d'un collège depuis longtemps célèbre et qui jouissait devant l'Université du libre exercice était tentante.
D'une autre part, si la prochaine installation d'un coadjuteur pour l'évêché de Strasbourg annonçait
pour nous le terme de la disgrâce et la réintégration dans les pouvoirs du ministère sacerdotal, cependant la position allait être bien délicate au milieu d'un clergé dont une partie s'était montrée hostile. Une voix autorisée suggérait d'ailleurs à l'abbé Bautain que la désaggrégation de la société de la Toussaint était une mesure bien désirable pour le rétablissement complet de la paix dans le diocèse.
Mademoiselle Humann, dont la présence aurait compensé tous les inconvénients, n'était plus là.
Tout concourait donc pour amener la décision qui fut prise, celle de quitter tout à fait Strasbourg et de se transporter à Juilly, où l'on trouverait le champ libre pour l'éducation de la jeunesse, une retraite favorable pour mûrir le projet de se former en congrégation régulière, et le voisinage de Paris, ressource majeure pour toute action religieuse et scientifique.
Le 23 août 1840, après une brillante distribution des prix à la rue de la Toussaint pour le pensionnat et l'école primaire, l'abbé Bautain, accompagné de l'abbé de Régny, partit pour Paris, où l'abbé de Bonnechoselesatlendait. lisse rendirent ensemble à Juilly auprès de MM. deScorbiac etde Salinis, qui venaient eux aussi de terminer l'année scolaire. En une séance, on convint des conditions de la cession de la propriété, et on conclut l'affaire. 11 fut arrêté que MM. de Bonnechose, Goschler et Jules Level viendraient au mois d'octobre prendre la direction du
collège, que MM. de Scorbiac et de Salinis demeureraient six mois dans la maison, pour opérer la transition, et qu'au printemps suivant les établissements de Strasbourg seraient fermés, pour que toute la société put se réunir à Juilly.
C'est ce qui fut exécuté. Au mois d'octobre 1840, M. de Bounechose prit le titre et les fonctions provisoires de directeur ou chef du collège; M. Goschler fut nommé censeur et préfet des études ; M. Level eut la charge d'administrateur ou économe.
L'abbé Ralisbonne, qui avait toujours manifesté sa prédilection pour le ministère des âmes, s'établit, d'accord avec ses frères, à Paris, et devint, auprès du vénérable abbé Desgenettes, sous-directeur de Tarchiconfrèrie de Notre-Dame des Victoires.
En ce moment, l'abbé Gratry, sollicité par d'anciens amis de donner son nom, ses titres universitaires et son incontestable talent au collège Stanislas, nous quitta définitivement.
Et MM. Cari et de Règny rouvrirent à Strasbourg leurs établissements, pour en suivre avec calme la transmission ou l'extinction.
Nous assistions, le 14 février 1841, dans la cathédrale de Strasbourg à la consécration épiscopale de Mgr Rœss ; Mgr Mathieu, archevêque de Besançon, était le prélat consécrateur.
Bientôt après, l'abbé Bautain, qui avait signé dès septembre 1840, entre les* mains du coadjuteur nommé, les propositions sur la raison (v. ch, pré-
cédeut), remonta dans la chaire de la cathédrale.
Mais son départ était proche. Il fit à l'académie une dernière conférence, le 12 mars, et vint s'établir à Juilly, en prenant en même temps un appartement à Paris, où il pouvait cultiver des relations utiles à son œuvre (1).
A cette même époque, l'abbé Garl, après avoir fait célébrer la première communion de ses enfants à la paroisse Saint-Jean, rendait à leur famille les élèves de son pensionnat, sauf vingt à vingt-cinq qui devaient le suivre à Juilly. Tout son personnel le suivait également:, et les vastes bâtiments de ce collège abritèrent facilement le mobilier et tous les souvenirs précieux que renfermaient les deux maisons de la rue de la Toussaint (2).
C'était, au mois d'avril, le tour de l'abbé de Régny, qui, après avoir terminé les affaires administratives, devait, avec l'abbé Mertian (3), fermer la marche.
Il eut le bonheur de voir la continuation de l'école primaire acceptée par Mgr Rœss, qui plaça h sa direction un professeur du petit séminaire (4). Les adieux des élèves à leurs maîtres furent touchants.
(1) La suite de son cours à la Faculté fut confiée, provisoirement par M. Villemain, ministre, à M. Bataille, professeur du collège Royal ; et, quelques années après, M.Bautain donna sa démission officielle.
(2) Ces immeubles furent vendus dans les années qui suivirent.
(3) Il emmenait avec lui Jean-Marie Breck, ce demeurant des anciens souvenirs qui venait terminer à Juilly (en juillet 1853) une existence de fidèle attachement.
(4) M. L'abbé Wilhelm.
316 l'abbé UAUTAIN, sa me et ses ŒUYRi-lS
parce que des deux côtés les paroles étaient dictées par le cœur.
Et, enfin, à peu de mois d'intervalle, les dames qui dirigeaient le pensionnat des demoiselles et l'école des petites filles, achevaient aussi leur œuvre, et venaient à Paris pour se dévouer, sous la direction de leurs pères spirituels, à d'autres œuvres de charité religieuse que nous devrons mentionner.
C'est ainsi que les adieux, et des adieux définitifs, étaient faits à Strasbourg par ceux que le zèle de l'abbé Bautain avait groupés dans une œuvre, multiple par ses applications, et une par son esprit.