‹ L'Abbé BautainChapitre 27 sur 64 · CONFÉRENCES AU CERCLE CATHOLIQUE ET A NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES AU CERCLE CATHOLIQUE ET A NOTRE-DAME

Laractèr»^ pariiculier de la vin d^3 i'abbé Bantairi. — Conférences an Cerr]*" ("atholiquf (1h Pai'i-, — Station de l'A vent 184? à Notre- Uame sur la R-.ligion et la Liberté. — Candidature à l'Assemblée constituante de 1848.

Nous parcourrons dans ce 5® livre les dix-huit années que vécut encore l'abbé Bautain après l'échec que subit sa congrégation. 11 partagea cette partie considérable de sa vie entre Paris et Juilly. Il était lié à Juilly par la présence de ses fidèles amis qui dirigeaient le collège, et par les soins assidus qu'il donnait à la congrégation des Dames de Saint-Louis dont

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l'état de prospérité était pour lui une ron^olntion. Mais on peut dire que sa demeure principale élait à Paris, où nous le verrous pendant sept années vicaire général de Mgr Sibour, et plus tard, pendant les quatre dernières années de sa vie, prenant activement part à l'administration de Mgr Darboy, avec le titre de vicaire général honoraire. Nous croyons que cette dernière période de ses travaux achèvera de peindre l'homme.

On a remarqué, non sans quelque étonnement, qu'un ecclésiastique d'une si grande portée d'esprit, de science et de vertu, un homme si fort en vue par ses éminentes qualités n'ait pas été porté aux premiers rangs dans le clergé de France et soit demeuré au second rang comme simple prêtre. Un illustre prélat en faisait naguère la rembarque dans la chaire de Sainte-Geneviève (1).

Ce résultat eut une double cause. La première est

(1) Voiri un extrait intéressant He l'éloquent discours que mouT-eigneur Frepp»*], evêque d'Angers, pr.»iMinça dans 1 église Saiutp-Geuevièvr, le Ibjiiiilet ;87t, a l'orcaslon de l'iMirciduciion de la cause de béatification du P. Liliermann, lequel e ait uu juif alsacif n Ciiovtrii et nue le Grand Vicaire Liehei maiin. .i instruit et qui est devenu le loiid^tenr de ia Cf-ngregation dévouée à la convfision des nègres d'Atriqiie.

« Dieu qui veut le salut de t(•u^ les hommes a des mo- Tnents de grâces particulières p- ur les peuples cimme jiour les individ'is Au commeucem. ot de ce siècle, il semblait qne lune des heures solennelle^ eut sonné pour les débris de la ûHti'.n juive; et l'Alsace cathobque ;»ll.ut devenir le théâtre d'un fnouvement tel nu'il o s en est[)eut-être pas pro- -;uiL dans l'Mi-tolre lepuis les prenjier> temps de I Egb-e. On • nt dit qu'au rontHCt dft ces populations alsaciennes develiues piir leurs vertus uue preuve vivante de la divinité du

celle que l'on indique d'une manière vague et générale en disant: Cela fui relïet des circonslances. Oui, sansdouleje différend (le M. Baulain à Strasbourgavec son évéque,ou pour mieux dire les passions qui firent naître ce différend et qui lui survécurent après même que le Saint-Siège eut témoigné sa satisfaction, ont pesé sur la vie de l'abbé Bautain. Oui, sans doute encore, le Promoteur de Paris avec son esprit net et ferme, avec sa volonté droite, tout d'une pièce et ne sachant biaiser, a pu susciter contre lui plus d'une

Christianisme, Israël seoiî^if 1p vi !p rîe ses nrttiques frappa es d'iriipui-sâuce et fie stérilité. Des homiues d^- cœur et d lutciiigt^DCP, su(>'ireDt daas son seiQ et.... sh tour aèrent vers (a croix, pour adoier Celui qne leurs pères avaient biasph' me. Ce fut, parmi leurs frer«"S te sitoal d'un ébraûiedieut piofou'l. P.<ur hàiei- le ret< ur <ie ce- àme- afïaaiées <îe lumière et de vérité la Ptovi.iefice suscita dan» l< s rangs dfi sa-erdo-e cathohque deux h -mm^s ^mioct*, bi^-ii qu'à des titr< s di\ers. . le premier esprit dMile. orateur lu illant» écrivain lecoud, prêtre 'ait pour ie premier rang^ bien que }< s cir» onstauces l' lient maintenu au second, coiiTerti du Rationalisme, et dep lis lors dévoué au triomphe de la foi jiisiiu'a douter mMllifur^eu-cment ''e 1.1 raison eile-nième; le S!« oud theologen de marque, a l'e-prit méthoiiique et su-, snchint al'ier Téiégance de li Uvan- à la richesse du foad aussi ferme sur la doctrine qu'intrépide devant les pouvoirs de la terre.

C'est rh"nneur de l'Alsace d'avoir <té, il y a cinq'îant^ ans, le herceu.i de rleux écoles -u la Philosophie et ïa Théologie, l'eioqiieuce et réru<Hiion ont briile d un tel éeia* , et il n'est que juste (le saluer dans c- mouvement d^dee^ l'und. s plus consider*aldes de notre temps, les gloires rivales de Lieber- RiauD et de H.iutain. »

Un se S'-uNient peut être que nous avons indiqué plus haut (c. : 11) que l'ahhé Liebei'mann, grand vicaire de Strasbourg, avait elé formé a l'ectde de l^^onselglJeur Colmar dont il etail 1 imi, et qu'il fut Je supeieur du séminaire de .Mayeru e. C e>t donc a ce saint evêque que remonterait la double iaftMeoce signalée par moBseigueor i'é\èque d'Angers.

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opposition. Mais nous croyons que ces circonstances auraient été balancées par d'autres qui auraient pu favoriser son élévation. Ainsi, sous Louis Philippe, l'abbé Bautain eut plus d'une fois, parmi les ministres,desamisdévoués qui non-seulement l'auraient aidé, mais qui plus d'une fois lui proposèrent en vain rÉpiscopat. Sous l'Empire également il y eut tel moment où il était fortement appuyé.

Il y eut donc autre chose encore que les circonstances ; il y eut une cause plus profonde qui maintint l'abbé Bautain au second rang, et cette cause était en lui. Nous voulons dire, en parlant ainsi, que la volonté de Dieu ne l'appelait pas aux premiers rangs dans l'Église par les dispositions mêmes qu'elle lui donnait. L'abbé Bautain était très-consciencieux. En toute décision grave qu'il devait prendre, il cherchait une indication de la Providence, ou la volonté de Dieu, que des paroles ou des invitations humaines ne sutïîsaieut pas à lui indiquer. Il avait aussi une répugnance naturelle pour les embarras multipliés que l'administration moderne i inpose même aux successeurs des apôtres. En outre les cérémonies et les pompes extérieures n'avaient point d'attrait pour cet homme en qui dominait l'amour des vues de l'intelligence. On l'a mal connu si on l'a accusé d'ambition pour les honneurs. Au moment de sa conversion il s'était consacré à la diffusion de la parole de vérité, et il fut fidèle à sa vocation jusqu'à son dernier soupir.

Le ministère de h parole fut la préoccupation

constante de toute la vie de l'abbé Baatain jusqu'au moment où une extinction de voix en 1863 vint lui interdire la chaire. Quelles qu'aient été ses occupations et ses préoccupations, il ne s'est jamais refusé aux demandes qu'on lui adressait. Les Avents, les Carêmes, les retraites, les fêtes, les simples dimanches, il était toujours prêt; et toujours ses sermons étaient préparés, médités. Un grand nombre de villes de France, presque toutes les paroisses de Paris, comme les plus petites paroisses des environs de Juilly et du diocèse, l'ont vu venir accomplir ce devoir, el un grand nombre d'àmes ont profité de sa parole évangélique. Il prêchait avec simplicité, et ne cherchait que l'édification. Sa parole facile se mettait au niveau de son auditoire, et s'il savait être philosophe et lettré devant les auditeurs cultivés, il savait aussi bien devenir populaire avec les habitants des campagnes; et nous avons souvent été charmés de sa grâce naïve au milieu des plus jeunes enfants.

La journée de l'abbé Bauiain, soit à Juilly, soit à Paris, soit même qu'il fût en séjour chez des amis, était toujours partagée d'une manière uniforme. Il se levait de bonne heure, commençait sa journée par une heure de méditation, ayant à la main ou l'Évangile, ou les Épilres de saint Paul. Puis, avant ou après la messe, il donnait régulièrement trois heures à l'étude ou à la rédaction de quelque ouvrage. L'après-midi était réservée aux affaires, aux visites nécessaires, aux réceptions. Si le loisir et la saison le permettaient, il aimait à prendre un livre et à

passer plusieurs heures en plein air. Il fut toujours très-sensible aux beautés de la nature; il en jouissait dans la solitude, y trouvant un alimenta ses élévations vers Dieu. Le soir, il se délassait des travaux du jour par la conversation ; puis lisait son office et disait son chapelet. Nous l'avons toujours connu ainsi, menant une vie sérieuse, calme et régulière. 11 avait une âme forte, une grande intelligence, une raison ferme, un esprit fin, un caractère égal, un tempérament bien équilibré. Mens sana in cor pore sano.

Avant de parcourir la période qui doit nous occuper et qui date de la fin de 1849, nous mentionnerons trois incidents qui l'ont précédée, et que nous av)ns réservés pour ne pas briser le fil de notre narration.

Un Cercle catholique fut établi à Paris en 1842 pour la jeunesse studieuse. L'abbé Bautain, qui en avait été l'un des promoteurs, fut invité à faire des conférences philosophi-iuesaux membres du Cercle; il s'acq litta de cette tâche pendant trois hivers, de 1842 à 1846, avec un remarquable succès. Il prit pour sujet l'Anthropologie ou la connaissance de l'homme, son origine, sa nature, sa loi, son terme. La forme était celle d'une causerie, sérieuse au fond, mais aisée, spirituelle, et qui fut charmante par suite de la cordiale sympathie existant entre l'orateur et ses auditeurs, toue anifnés d'une même foi, et d'une ardeur égale au milieu du mouvement de ce tempslà. Le conférencier montra bien qu'il avait profilé

de l'enseignement reçu à Rome ; car il s'appuya sur la doctrine de Saint-Thomas dont il développait les textes. 11 était heureux de se trouver sur une base solide, dont il ne s'était jamais écarté sciemment, alors même que l'expression lui en avait manqué.

Le Correspondant du 15 juillet 1843 publia un sommaire de la preaiière année de ses conférences..

Mgr Affre^ archevêque de Paris, nomma l'abbé Hautain, chanoine honoraire et lui demanda en 1847 de prêcher la station de l'A vent à Notre-Dame. D'accord avec l'illustre prélat, qui allait être une si Doble victime de la fausse liberté, le conférencier choisit pour sujet à traiter la Religion et la Liberté. L'archevêque voulut bien assister aux conférences, après en avoir vu et approuvé les plans. Le moment était bien favorable. Rome venait d'ouvrir une généreuse voie, et on avait entendu dans la basilique de Saint-Pierre le panégyrique du grand O'Connell piésenté comme un type admirable du libre chrétien. Les peuples ne se montrèrent pas dignes du grand cœur de Pie IX. Cependant à la fin de 1847, tout conviait l'orateur chrétien à montrer l'idée même de la liberté puisée dans le dogme catholique, sauvegardée contre elle-même par la morale religieuse, favorisée dans son légitime développement par la constitution et la discipline de l'Église. Mais déjà la lempéte grondait, et le coup de foudre du 24 février 1848 empêcha l'abbé Bautain de prononcer son dernier discours. « Ces conférences, » nous dit M. La-

mazou (1), « furent suivies par les hommes qui professaient en politique les opinions les plus radicales, et c'est à elles qu'on doit en partie les sympathies dont l'Église et le clergé de France furent entourés à cette époque critique de notre nistoire. » Ces Conférences, reproduites d'abord par rf/wiî^er^, furent plus tard publiées par l'auteur en un volume se terminant par un appendice sur la nature et la distinction des deux puissances (2).

Nous ne voulons pas manquer de mentionner ici un incident particulier de la vie de l'abbé Bautain, quoiqu'il puisse paraître de peu d'importance. Nous voulons parler de sa candidature à l'Assemblée constituante de 1848.

Il prêchait la station quadragésimale à la cathédrale de Meaux, lorsque l'Évêque l'invita à se porter candidat pour l'Assemblée constituante. On pensait qu'à ce moment où tout était mis en question dans l'état du pays, le clergé ne devait pas rester étranger aux élections, et qu'il serait important, au contraire, que quelques représentants fussent pris dans son sein. « Personne ne serait plus propre que vous, » lui écrivait-on, «à faire entendre le langage de la raison et de la religion, au milieu du débordement d'opinions dont la prochaine Assemblée sera le

^ (l) V. Notice nécrologique dans la Semaine religieuse de Paris de la fin d'octobie 1857, tirée à part en brochure et précédée d'une lettre de M. Guizot.

(2) Chez Hachette, in- 18 anglais, 1865.

théâtre. » On ne se flattait pas trop du succès, on espérait au moins l'aflirmation d'une minorité fort honorable.

M. Bautain se rendit au désir de son Évêque, et il publia le 25 mars une circulaire pleine de franchise et de bon sens, disant ce qu'il prétendait faire, et pourquoi, étant prêtre, il demandait une telle mission. Il terminait en protestant que, s'il était élu, il en serait reconnaissant, et que s'il échouait, il remercierait Dieu, à l'exemple d'un grand citoyen de l'antiquité, de ce qu'on aurait trouvé d'autres citoyens plus dignes que lui.

Il dut se mettre en tournée électorale, et parler dans plusieurs assemblées préparatoires. Il y eut plus d^un curieux incident, où l'esprit de repartie de l'ancien normalien fut fort applaudi. Un jour un individu se levant parmi la foule demanda au candidat quelles étaient les vertus d'un vrai républicain. Il lui fut répondu sans hésitation au milieu de l'hilarité de toute la salle : «.Je serais fort embarrassé de répondre à la demande qui m^est faite, parce que je n'ai jamais rencontré jusqu'ici un vrai républicain. »

A Fontainebleau la réunion fut très-orageuse, parce que le pnLsident répondit violemment au candidat qui parlait en favour de la libert»^ d'enseignement. Le partisan de l'enseignementt national repoussait au nom de la liberté tout enseignement des congrégations religieuses. Le tumulte fut tel qu'aucun des deux lutteurs ne pnt parvenir à se faire écouter. On voulut prolonger ia [Joléniiquedai) ■ i In-

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dépendant de Seine-et-Marne^ mais une réplique Dette et calme que M. Hautain fit insérer dans ce même journal, le 16 avril 1848, mit fin à l'incident.

A Meaux, ce fut le vendredi saint, en descendant de la chaire où il venait de prêcher la Passion, que Tabbé Baulaindutse rendre à l'assemblée populaire. Depuis plusieurs jours on colportait dans la ville des lettres de Strasbourg qui étaient, disait-on, accablantes pour le candidat à la Constituante. Il n'en put avoir connaissance que peu d'instants avant de se présenter au public. Il jeta un coup d'œil sur ces lettres, et annonça qu'il allait les lire et les réfuter ligne par ligne, mot par mot. On l'accusait de versatilité, d'ambition, et d'ignorance dans la politique; il n'eut pas de peine à montrer l'inaaitôet la malveillance de ces accusations, venant 1(3 deux protestants naturellement hostiles à un prôlre catholique. Mais il avait réservé pour la fin le mot qui renversa l'échafaudage dressé contre lui par les deux correspondants de Strasbourg. « Étant professeur à l'académie de Strasbourg, dit M. Bautain, j^ai eu le malheur de refuser l'un de ces messieurs à son examen de baccalauréat, et de contribuer à faire échouer l'autre dans la députation du Bas-Rhin. » La cause était gagnée.

Du reste, M. Bautain ne réussit pas à être élu membre de l'Assemblée constituante, ce q l'on pouvait bien prévoir dans un département peu religieux, et le résultat ne pouvait aucunement affliger le candidat.

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