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INCIDENT RELATIF A LA PORTEE DE LA RAISON

La congrégation de VIndex et iM. Bonnety, rédacteur de> Annales philosophiques. — Lettre du P. Modena au Nonce ie Sa Sainteté ;i Pari?. — Les quatre propositions du 1'^ juillet 1855,

Nous ne saurions passer sous silence un incident religieux qui eut lieu en 1855 et qui, bien qu'étranger à sa vie, touche à l'abbé Bautain sous plus d'un rapport,

La congrégation de VIndex à Rome, dont le cardinal d'Andréa était président, formula quatre propositions sur les rapports de la foi et de la raison, et elle les fil présenter à la signature de M. Bonnetty, rédacteur des An haies de philosophie. Cela eut-il lieu par suite d'une pi ovocation Of l'arciievêque de Paris? nous ne saurions l'atTirmer, niais on pourrait le penser en libanl un inandement de Mgr Sibonr, du

12 décembre I800, qui fait part à MM. les curés des quatre propositions, « se rapportant, dit-il, à des écrits qui ont paru, et à des controverses qui se sont élevées principalement dans notre diocèse. »

Nous allons trans^^ire ces propositions, car elles se rattachent aux diverses déclarations sur la même matière, qui ont été signées par l'abbé Bautain : le 18 novembre i83o entre les mains de Mgr de Trévern, le 8 septembre 1810 devant Mgr Roess, et le 16 juillet 1844 sur la demande de la Congrégation des évêques et réguliers à Rome.

Mais nous croyons utile, pour faire toujours mieux connaître les procédés courtois dont on use à Rome à regard des écrivains catholif]ues, de transcrire ici la lettre que le P. Modena, secrétaire de la congrégation de V Index, adressait à Mgr Sacconi, Nonce apostolique à Paris.

« Excellence Révérer dissime,

a Je suis obligé, en raison de ma charge, défaire part à Votre Excellence de ce qui dans la dernière séance de la congrégation de V Index a été délibéré à regard de l'ouvrage périodique dirigé et publié par M. Bonnetty. »

« Connaissant par beaucoup de preuves l'intention et l'esprit du rédacteur, qui n'est pas seulement orthodoxe, mais encore dévoué au Saint-Siège, et qui a bien mérité de la Religion par ses nombreux travaux et par les incessantes fatigues aux-

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quelles il se livre depuis longtemps pour le soutien des saines doctrines, on a voulu user envers lui des égards bienveillants et distingués, pratiqués d'autres fois, dans des cas semblables, envers des écrivains éminents, en ne promulguant pas, au détriment de leur réputation, des jugements qui déclareraient ou erronées ou suspectes, ou dangereuses, leurs opinions. Mais, d'autre part, c'est un devoir sacré et obligatoire de prévenir, avec toute la vigilance et les soins possibles, les occasions d'achoppement auxquelles d'autres personnes pourraient être exposées à raison, sinon des théories, dn moins certainement des conséquences prochaines ou éloignées que quelques-uns pourraient en déduire, surtout en matière de foi. On a donc adopté l'exoédient de prescrire à l'auteur sus-loué une formule de déclaration tellement explicite et nette qu'elle ne laisse aux lecteurs de cette Revue lieu à aucun doute, ni quant aux principes, ni quant à l'application qui doit en être faite. »

« Cette formule est renferm.ée dans les quatre propositions que je vous transmets dans la feuille ci-annexée, en priant Votre Excellence au nom de la Sacrée Congrégation d'agir avec bonté et efficacité afin que M. Bonnetty la ratifie de sa propre souscription, et que celte pièce me revienne par votre entremise. Je ne doute pas qu'elle ne trouve docile l'auteur mentionné, d'autant plus que lui-n)ème de vive voix et par écrit a protesté qu'il voulait en tout suivre non-seulement les ordres, mais encore les

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avertissements et les indications qui lui seraient communiqués au nom du Saint-Siège. »

« Dans l'attente, etc.

Fr. Ange Vincent Modena, de l'ordre des Frères Prêcheurs, secrétaire de la CongrégdiûondeV Index. y>

« Rome, secrétairerie de l'Index, 3 juillet 1855. »

Voici les quatre propositions :

« 1° Quoique la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais exister entre elles aucune opposition, aucune contradiction, puisque toutes deux viennent de la seule et même source immuable de la vérité, de Dieu très-bon et très-grand, et qu'ainsi elles se prêtent un mutuel secours. Œncy clique de Pie IX du 9 novembre 1846). »

« 2° Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme, la liberté de l'homme. La foi est postérieure à la révélation: on ne pf^ut donc convenablement l'alléguer pour prouver l'existence de Dieu contre l'athée, pour prouver la spiritualité et la liberté de l'âme raisonnable contre un sectateur du naturalisme et du fatalisme. (Proposition souscrite par M. Bautain, le 8 septembre 1840j. »

3° L'usage de la raison précède la foi et y conduit l'homme, par le secours de la révélation et de la grâce. (Proposition souscrite par M. Bautain, le 8 septembre 1840). »

« 4^ La méthode dont se sont servis saint Thomas, saint Bonaventure et les autres scholastiques après eux ne conduit pas au rationahsme, et n'a pas été cause de ce que, dans les écoles contemporaines, la Philosophie est tombée dans le rationalisme et le panthéisme. En conséquence, il n'est pas permis de faire un crime à ces docteurs et à ces maîtres de s'être servis de cette méthode, surtout en présence de l'approbation ou au moins du silence de l'Église. (Proposition contraire à diverses propositions de M. Bonnetty.) »

M. Bonnetty, en date du 12 juillet 1855, souscrivait en ces termes: « J'adhère volontiers, de cœur et d'âme, aux susdites propositions. » Elles Annales de philosophie (26® année, 4® série. 12® livre) inséraient toutes les pièces à l'appui (1).

Nous n'avons pas besoin d^ajouter des réflexions à l'exposé de cet incident, qui a eu son importance dans la controverse relative à la raison et à la foi.

(1) Voir aussi dans le Correspondant (année 55-5G) un remarquable article de M. Th. Foisset, intitulé : L'Eglise et la Raison, ou l'auteur en rendant compte de cette atï^iire montre que tel a toujours été l'enseignement de l'Eglise.

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