‹ L'Abbé BautainChapitre 30 sur 64 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

J/AcafJémie trançaisp. — Ecrits : L'Esprit. La belle Saisoii à la campagne. — Appréciation (jes trois grands confiTenciers de Notre-Dame. Lettre au Samt Hère. — R^^ponse de Pie IX, — L,es Ptmes de Saint-Louis deviennent institution dioc^'^aioe dut Me -ux. — L^-s Dames de Saint- Loui- en I; land' . Kciit^ : L s paraboles, La chrétienté^ Le chrétien de nos jours. — Parai vsie du lar^'ux.

En quittant les fonctiors qui l'avaient occupé à l'archevêché, l'abbé Baulain entrait clans la dernière phase de sa vie, vie de retraite et de calme, pendant laquelle cependant il prêta toujours son concours à toute œuvre à laquelle il pouvait être utile. Il conserva son domicile à Paris, tant à cause de son cours à la Sorbonne et de ses prédications, que pour être

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plus à portée de surveiller la publication de ses ouvrages.

A ce moment, plusieurs de ses amis et de ses admirateurs désiraieot pour lui les honneurs de l'Académie; un fauteuil était libre; et, sans nul doute, l'abbé Bautain, par sa renommée et par ses nombreux et remarquables écrits, pouvait être un candidat aussi sérieux, et plus sérieux même, que plusieurs autres. Il consulta plusieurs membres de la Compagnie avec lesquels il avait des relations d'amitié ; mais voyant que, pour réussir, il s'agissait de se soumettre à de nombreuses démarcheSj il renonça à toutes tentatives. Elles coûtaient, nous ne dirons pas à sa dignité, mais à l'engagement qu'il avait pris dans sa conscience de ne rien faire pour s'attirer des dignités ou des honneurs.

Il en était de même pour la Légion d'honneur. En 1840, M. Cousin, ministre, l'avait nommé chevalier. Depuis lors, l'Université avait-elle oublié de solliciter la croix d'officier de l'ordre pour l'ancien professeur et doyen de Faculté admis à la retraite? En vrai philosophe, l'abbé Bautain n'allait pas à la recherche des distinctions, et les distinctions ne venaient pas le trouver. Pour d'autres, ce pouvait être un mécompte : pour lui, la tranquillité de son àme n'en était aucunement troublée.

Pendant ce temps, l'infatigable écrivain, dont aucune préoccupation n'interrompait le labeur, donnait une nouvelle édition de sa Psychologie, sous le titre

plus accessible au public, de VEsprit humain; et il composait sou charmant ouvrage de La belle Saison d la campagne (1).

Il l'écrivait sous le charme dont il jouissait dans la belle retraite de Viroflay. Madame Dailly, veuve d'un ancien élève de Juilly, et aussi remarquable par sa piété que par la noblesse de son cœur, vénérait Tabbé Baulain et lui avait offert une sorte de solitude parmi les beaux ombrages de sou parc. C'était à quelques pas de Paris, et lorsque M. Bautain n'était pas à Juilly, il aimait à s'y retirer. Il disait, dans la préface de son ouvrage :

« Ce petit livre a été écrit à la campagne. Le lecteur s'en apercevra à l'odeur des prairies, des champs et des bois, qui s'en exhale presque à chaque page.... Les descriptions el les portraits ont été donnés par la nature, et la doctrine chrétienne, qui s'applique si admirablement à toutes les situations de la vie, a fourni les conseils spirituels. La parole de Dieu est le meilleur interprète de ses œuvres, et rien n'aide plus efficacement, non-seulement à les sentir et à les comprendre, mais encore à en profiter et à en jouir. »

Nous ne voulons pas taire, parmi les très-nombreux suffrages qu'obtint ce petit livre, celui de S. E. le cardinal Morlot, archevêque de Paris, et

(I) L'Esprit humain et ses facultés. Paris, 1858, chez Di<iier et Cie. ■: vol. \n-[l.

La belle Saison à la campagne, conseils spirituels, l^aris, 1858, chez Hachette. In IZ, plusieurs éditions.

SA VIK ICT SES (lîUVRES. 401

cela parce que l'éloignement de l'abbé Bautain de l'administration diocésaine a pu être interprété comme une défaveur.

« Veuillez être assuré, écrivait l'éminent prélat, que personne n'apprécie plus que moi le nouveau service que vous venez de rendre par la publication d'un ouvrage qui ne peut manquer d'avoir un nombre infini de lecteurs, comme personne ne professe pour l'auteur plus d'estime, de confiance et d'attachement. »

Les conférences de Notre-Dame établies après la révolution de 1830 par Mgr de Quélen avaient eu tout d'abord l'adhésion la plus vive de l'abbé Bautain, et nous avons dit (c. x) comment il en avait été occupé et préoccupé.

Or, ces conférences, confiées successivement aux PP. Lacordaire, de Ravignan et Félix, avaient jeté un grand éclat, depuis plus de vingt ans qu'elles duraient ; et, qui plus est, elles avaient été suivies avec un grand profit par un nombre toujours croissant d'hommes instruits et de jeunes esprits avides de cette haute parole de vérité.

L'abbé Bautain les avait suivies aussi souvent (jue ses occupations le lui avaient permis, et il partageait la joie et l'admiration du public chrétien. Nous avons toujours vu l'abbé Bautain écouter, trèsvolontiers les différents prédicateurs, et profiter pour son compte de leur parole comme le plus simple fidèle. Il n'aimait pas à les juger ; et quand il

le faisait, c'était pour relever leurs mérites, et non pour remarquer leurs défauts. 11 connaissait trop bien la responsabilité et les difficultés du ministère de la parole pour être exigeant ou sévère. C'était là, d'ailleurs, la pente de son àme, qui ne connaissait pas les petitesses de la jalousie, et qui, pénétrée de l'esprit de Jésus-Christ, était toujours plus frappée du bien que du mal dans tous les hommes avec lesquels il se trouvait en relation.

Il appréciait donc avec une grande sympathie les mérites de nos célèbres conférenciers, et il fit paraître dans rAmi de la Religion (1) quatre articles fort remarqués sur les trois grands orateurs. 11 remontait à l'origine de l'institution, en relevait la nécessité, la grandeur et les fruits; et s'appuyant sur la parole de saint Paul (I Cor., xii) qui montre la diversité des dons émanant d'un même Esprit, il faisait ressortir le charme et tous les attraits oratoires du P. Lacordaire, l'onction pénétrante de sainteté du P. de Ravignan, les lumineux développements de doctrine du P. Félix. L'homme tout entier se trouvait ainsi subjugué par le beau, le bon et le vrai. S'arrêlant avec une sympathie philosophique toute particulière sur le dernier conférencier, l'abbé 3autain, après en avoir magnifiquement analysé les mérites, terminait son quatrième article, en annonçant cependant qu'il présenterait à l'éminent conférencier quelques observations sur une définition de

(I) Voir les d«" des 8 et 17 avril, il mai* et 9 juin 1859.

la liberté métaphysique. Après réflexion, il s'en tint Jà, et il fit bien, croyons-nous ; car une discussion philosophique ou théologique sortait du cadre de son appréciation des conférences de Notre-Dame ; et ses belles pages, expression d'une noble et forte émotion, auraient dégénéré en une question d'école.

Tandis que l'abbé Bâutain menait ainsi une vie calme et studieuse, son nom était Fobjet de fâcheuses appréciations qui venaient mêler leur amertume à sa paix.

La nonciature à Paris était assiégée par des accusations contre l'attitude et l'orthodoxie du grandvicaire. Mgr Sibour lui-môme, faisant son voyage ad limina, se croyait obligé d'attester à Sa Sainteté les vertus et le zèle ecclésiastique de son promoteur.

Mais enfin, en 1859, deux ans après la retraite de l'abbé Bautain, il apprit qu'on faisait parvenir à Rome des bruits hostiles sur son compte. On le représentait au Pape comme un gallican forcené, qui avait exercé un ascendant marqué sur Mgr Sibour, et qui avait encouru, par conséquent, la responsabilité des mesures les plus censurées de radminislration du prélat.

L'abbé Bautain ne put se retenir , et i 1 écrivit avec effusion au Saint-Père. Il lui disait que depuis plusieurs années, tout en ayant le cœur rempli d'amertume, il avait gardé le silence par un sentiment d'honneur et de délicatesse, car il n'avait pas voulu

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se justifier soi-même, en détournant les accusations sur son supérieur vivant ou mort ; mais qu'aujourd'hui, ayant été iulormé par une voie sûre que Sa Sainteté avait paru sensible aux insinuations malveillantes qui étaient parvenues jusqu'à Elle, il en éprouvait une peine profonde qui ne lui permettait plus de se taire. Il assurait le Saint-Père qu'il s'était toujours efforcé d'empêcher tout acte de l'administration diocésaine qui aurait pu déplaire à Rome, et qu'il était connu comme le plus romain parmi les membres du conseil à Paris. Pour la liturgie, en particulier, il avait toujours dit, depuis son ordination, le bréviaire romain, et n'en connaissait point d'autre. Il rappelait enfin au Saint-Père les actes de sa soumission filiale au Saint-Siège depuis bien des années, protestant qu'il y avait toujours été fidèle ; et il en appelait au témoignage du P. Perrone, puisqu'il ne pouvait plus invoquer l'affection des défunts cardinaux Lambruschini et Mezzofante qui se seraient portés ses garants. Il finissait en disant qu'il ne voulait formuler aucune plainte, mais qu'il réclamait humblement et du fond du cœur sa part dans l'affection du Père commun des fidèles.

Cette lettre fut portée à Rome par Mgr Jules Level, supérieur de Saint-Louis-des-Français qui venait quelquefois en France, et ne manquait jamais d'apporter son affectueux hommage à son ancien supérieur et de fraterniser avec ses vieux amis de Juilly. Il se chargea en outre d'offrir à Sa Sainteté Pie IX les deux derniers ouvrages de l'abbé Bautain.

Voici la réponse reçue de Rome quelques semaines plus tard :

« A notre cher fils, L. Bautain, prêtre à Paris.

« Cher fils, salut et bénédiction apostolique.

Nous avons reçu avec plaisir les deux ouvrages : La belle Saison à la campagne et la Chrétienne de nos jours, que vous avez composés et publiés dans le but d'augmenter et d'exciter la piété des fidèles, et que vous nous avez envoyés dernièrement avec une lettre. Continuellement préoccupé des autres soins très-graves et des sollicitudes du ministère apostolique, nous n'avons pas eu le loisir de les parcourir, mais en lisant la lettre qui accompagnait votre présent, nous avons remarqué, cher Fils, que votre cœur était tourmenté d'une douleur trop grande, à cause des choses qu'on vous a dit nous avoir été rapportées survotre compte. Nous avons au contraire la confiance que les témoignages de foi, de dévouement et de respect que vous avez donnés au Siège apostolique, et que vous rappelez dans votre lettre, sont connus de beaucoup de personnes. Et puisque, comme vous Nous l'écrivez, vous pouvez vous appuyer sur l'excellence de vos intentions, jouissez de cette grande consolation de l'âme. Que votre piété, qui trouve une consolation dans un signe de Notre affection paternelle, s'efforce donc de conserver et de nourrir de toute manière, ces mêmes sentiments de dévouement filial et de respect, par lesquels il

faut par dessus tout s'attacher au centre de Tunité catholique. »

«Nous vous rendons enfin beaucoup de grâces pour les livres dont vous Nous avez fait présent, et Nous prions ardemment le Dieu tout-puissant de vous réjouir par la prospérité de l'âme et du corps. »

« Gomme gage de cette prospérité, Nous ajoutons la bénédiction apostolique, que Nous vous envoyons, cher fils, du fond du cœur et avec amour.

«Donné à Rome à Saint-Pierre, le 26 novembre de l'année 1859 et de notre pontificat la 14«».

Plus PP. IX.

Parmi les œuvres de l'abbé Bautain, la plus chère à son cœur était la Congrégation des Dames de Saint-Louis, qu'il avait fondée en 1842 à Juilly. Nous avons déjà dit (c. xvii) que l'on avait acheté, pour l'établir, une première maison favorablement située prés de l'église paroissiale. Bientôt il avait fallu l'agrandir en y ajoutant deux ailes et une chapelle, et l'on y fonda un pensionnat de demoiselles, qui se développa considérablement. On fit bientôt après l'acquisition d'une propriété située eu face, et qu'on réunit à la première par un tunnel sous la rue, pour un uuvroir d'orphelines et pour des dépendances et jardins.

L'abbé Bautain était heureux de la prospérité de cette fondation dirigée par madame la baronne de Vaux, supérieure générale, avec autant de fermeté que d'intelligence. Cette maison, dont l'éducation était

simple et les éludes fortes, est devenue, à l'époque de la mort du fondateur, Cours normal pour les élèves institutrices laïques du déparlement. Mais une pensée préoccupait l'abbé Bautain dans ses dernières années. Que deviendrait après lui cette œuvre si modeste et si utile ? A l'origine, les Dames de Saint-Louis devaient être une dépendance de la compagnie des Pères de Saint-Louis, et leurs Règles avaient été présentées à Rome et bénies par le Saint- Père sous cette forme. Or, la communauté des Pères n'avait pas eu de suite, tandis que celle des Dames avait réussi. Il fallait assurer leur avenir.

Aux yeux de M. Bautain, la marche la plus simple était toujours la meilleure. Il se rendit auprès de l'évêque de Meaux, lui demanda de vouloir bien accepter comme diocésaine la Congrégation des Dames de Saint-Louis, et il se démit entre les mains du Prélat de son titre de supérieur.

L'évêque, témoin du bien que ces pieuses filles opéraient dans le diocèse, accepta, et chargea l'abbéBautain de continuer les fonctions de supérieur, comme son représentant. Quelques années plus tard, les Régies et constitutions de la congrégation, régulièrement fixées et approuvées par Monseigneur, furent imprimées.

Dès les premières années de son existence, le couvent des Dames à Juilly avait reçu un certain nombre de Sœurs de nationalité irlandaise; les premières venues en avaient attiré d'autres. L'évêque du dio-

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cèse de Clogher, dans le nord de l'Irlande, en ayait réclamé quelques-unes pour la ville importante de Monaghan. On acquiesça à son désir, et on fonda ainsi à l'étranger une succursale dont le but principal serait toujours l'instruction chrétienne de la jeunesse, surtout dans la classe pauvre. En Irlande on appréciait beaucoup les qualités de l'esprit français tout à 1^ fois dévoué, net, ferme, et régulier même jusqu'à la minutie dans les choses extérieures. On aimait donc à joindre à l'esprit de foi, et au zèle ardent de la catholique Irlande, les précieux et particuliers avantages de l'esprit français. Il était entendu que les jeunes aspirantes irlandaises seraient formées à la maison-mère de Juilly.

Appelé avec instance en Irlande pour visiter ses filles spirituelles, le Supérieur s'y rendit au mois d'août 1859, en visitant sur son passage Londres, Edimbourg et Glascow. Il fut accueilli avec bonheur à Monaghan, et put constater tout le bien que promettait le nouvel établissement. Il ne quitta pas l'Irlande sans avoir vu Dublin et Cork, et rapporta de son voyage les plus favorables impressions.

Mais des mécomptes, qui accompagnent souvent les^meilleures choses, attendaient l'abbé Bautain.

Des difiQcultés relatives à la juridiction ecclésiastique ne tardèrent pas à s'élever. L'évéque de Monaghan voulut avoir sous sa dépendance les nouvelles Sœurs qui accouraient au nouveau couvent de Saint- Louis. Il ne consentait pas qu'elles fussent souniise.s à une Supérieure, étrangère et à un Évéque fran-

SA VIE KT SK^ UULVKKS. 409

çais. Le couvent devint donc une œuvre irlandaise ; la succursale fut transformée en maison indépendante.

Si ce fut une déception pour l'abbé Bautain, il s'en consola devant Dieu. Un rejeton de son œuvre devenait un arbre, une même sève entretiendrait sa vie et lui ferait porter les mêmes fruits.

Nous ne sommes point entrés dans le détail des nombreuses prédications de l'abbé Bautain ; c'eût été long et sans objet pour notre but. Mais nous tenons à mentionner ici qu'en janvier 1860, il alla prêcher uu sermon pour une bonne œuvre à Rouen. C'était pour répondre à une invitation de Mgr de Bonnechose, qui voulut le recevoir à l'évêché, et lui témoigna de toute manière ses affectueux sentiments.

Nous avons montré plus haut le bon accueil que le supérieur de saint Louis des Français, Mgr Level, trouvait auprès de son ancien père ; nous croyons répondre au cœur de l'abbé Bautain, en montrant ici quel respect et quelle déférence il sut montrer envers l'éminent archevêque de Rouen.

En octobre, l'abbé Bautain publiait une cinquième édition de ses paraboles deKrummacher (1), édition augmentée d'un bon nombre de ces charmantes compositions. 11 n'avait fait, comme traducteur,que suivre la marche de l'auteur avec lequel il était en grande sympathie de cœur et d'esprit. L'un et Taulre trouvaient une jouissance et un repos, au milieu des labeurs et des peines de la vie, à recevoir les douces

(1) Paraboles de Krummacher, d« éditioD. Paris chez Dézobry et Magdeleine. Strasbourg chez Derivaui. In- 12.

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inspirations d'un monde supérieur à travers les gracieuses formes de la nature.

Mais ce qui l'occupa principalement à l'époque où nous sommes parvenus, ce fut son ouvrage intitulé La chrétienm de nos jours, suivi bientôt après d'un autre : Le chrétien de nos jours (1). Depuis longtemps, et on peut dire depuis qu'il fut prêtre, et toujours plus à mesure qu'il avançait en âge, l'abbé Bautain était recherché comme conseil ou directeur spirituel par beaucoup d'âmes, que ses sermons ou les circonstances mettaient en rapport avec lui. Les personnes du monde, souvent perplexes entre les exigences de leur foi plus ou moins éclairée, et les difficultés de leur position, trouvaient en lui un directeur savant, pieux, fort habile à pénétrer les mystères du cœur humain, et connaissant bien les usages du monde. Il n'en fallait pas davantage pour lui donner une clientèle nombreuse et surtout choisie. Ce sont ces personnes qu'il avait en vue en publiant La belle saison à la campagne, et c'est pour elles qu'il écrivit La chré^enne et Le chrétien de nos jours.

Il rédigea ces ouvrages sous forme de lettres adressées à de jeunes personnes, à des femmes récemment mariées, à des mères de famille, à des personnes arrivées à un âge avancé. Il ne faisait pas de portraits particuliers, mais des tableaux de diverses situations difficiles que sou expérience lui avait fait

(l) La chrétienne de nos jours, — Le chrétien de nos jours. Paris, chez H^ichette, 2 vol. in-l2 l8bl-62.

rencontrer et qu'il groupait d'une manière convenable pour exposer les vraies solutions que la sagesse inspire.

A la fin du second volume de La chrétienne de nos jours, il présente, comme modèles de la vieillesse chrétienne, les portraits de madame Schwetchine et de mademoiselle Louise Humann ; c'est dans la vie de cette dernière qu'il raconte sa propre conversion : nous en avons donné de longs extraits au C. III du présent ouvrage.

Le chrétien de nos jours est conçu d'après le même plan, et on y trouve des pages fort intéressantes adressées à des adolescents, à des étudiants de nos diverses Facultés, à des militaires, etc. Les lettres sur la vocation, sur le duel, sur le mariage chrétien sont remarquables. Nous citerons aussi les lettres sur le riche oisif, sur le vieillard mondain, etc.

On reprocha à Tabbé Bautain de ne s'adresser qu'aux gens du monde. Il répondit simplement qu'il n'avait pas écrit d'après un plan imaginaire, mais qu'il parlait de ce qu'il avait connu, ne se croyant pas une autre mission. 11 cultivait sa part de la vigne selon ses aptitudes, laissant à chaque ouvrier sa besogne. C'est pourquoi il s'était adressé aux personnes pieuses embarrassées par l'esprit du monde, et non aux chrétiens parfaits ou aux incrédules.

Cependant l'âge et le long usage de la parole en public avaient fini par altérer sa voix. Et au commencement de janvier 1863, le professeur de la Sûr-

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bonne, qui plus d'une fois par des efforts soutenus avait surmonté les obstacles, ne put les vaincre. Après une dernière conférence d'une heure, il se trouva paralysé du larynx. Depuis ce moment, et durant les quatre ans et demi qu'il vécut encore, l'abbé Bautain ne put parler qu'à voix basse.

Il s'efforça dès lors de suppléer par la plume à l'impuissance de la parole. Cependant il mettait encore sa voix presque éteinte au service des plus modestes auditoires, quand il passait un dimanche à la campagne. « Le sacerdoce nous a faits les serviteurs de l'Évangile », aimait-il à dire aux prêtres qui l'entouraient, et c'est ainsi qu'il savait joindre l'exemple au précepte (1).

Il disait ailleurs (2) : « La privation de la parole est bien pénible, sans doute, à celui dont la vie a été presque exclusivement consacrée à la parole, mais cette privation n'est pas cependant sans douceur et et sans avantages moraux à la fin de l'existence, et quand on a tant parlé. »

L'abbé Bautain, par sa dernière leçon à la Sorbonne, venait de terminer l'exposition du Décalogue, troisième partie de son plan général, et il ne put traiter la quatrième partie, touchant les vertus et les vices.

Profitant des loisirs que lui donnait son infirmité,

(l) V. V introduction par monseigneur l'évèque de Verdun, au livre des Méditations chrétiennes de l'abbé Bautain. — Paris, chez Bray et Retaux, in- 12 1873.

(•2) Préface de la Législation primitive de la Religion (ioédil).

SA VI I-: ET SES OiUVlŒS. 4Hi

ii écrivit soigneusement les quarante-six conférences qu'il avait consacrées à la première table de la Loi, et il en forma deux volumes, sous le titre de la Législation primitive de la Religion. Il partait de la révélation que Dieu fit de son Être et de son nom sur le Sinaï ; il traitait ensuite des divers noms de Dieu, de l'adoration en esprit par la foi, l'espérance et la charité, du culte extérieur, du sacrifice, de la prière, des abus du nom de Dieu, de la sanctification du jour du Seigneur et de toutes les conséquences qui en dérivent. Cet ouvrage remarquable est resté inédit jusqu'ici. Pour la suite du Décalogue etsa perfection par l'Évangile, il ne nous a laissé que des rédactions imparfaites ; et pour le traité des vertus et des vices les sommaires qui devaient être développés.

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