XI
Lorsque la raison, de son côté, éclairée par la foi, cherche soigneusement , pieusement et prudemment, elle saisit, par un don de Dieu, quelque intelligence et même très fructueuse des mystères, tant par l'analogie des choses qu'elle connaît naturellement, que par le rapport des mystères entre eux et avec la fin dernière de l'homme; mais elle ne devient jamais apte à les percevoir comme les vérités qui constituent son objet propre. Car les mystères divins surpassent tellement par leur nature l'intelligence créée , que, bien que transmis par la révL^ation et reçus par la foi, ils demeurent encore couverts du voile de lu foi elle-même,
APPENDICKS.
luta maneant, qiiamdiu in hac mortali vita pere^rinamur a Domino: u per fidem « enim ambulamus, et non « per speciem (II. Cor.
Verum etsi fides sit supra rationem, nulla tamen unquam inter fidem et rationem vera dissensio e?se potest : cum idem Deus, qui mysteria révélât et fidem infundit, animo hnmano rationis lumen indiderit; Deus autem negare seipsum non poFsit, nec verum vero unquam contradicere. Inanis autem hujus contradictionis species inde potissimum orilur, quod vel fidei dogmata ad mentem Ecclesise intellecta et exposita non fuerint, vel opinionum commenta pro rationis efîatis habeantur. Omnem igitutassertionem veritati illuminatae fidei contrariam omnino fahara esse definimus (Conc. Lat, Y. Bulla Apostoliciregiminis). Porro Ecclesia, quae, una cum apostoiico munere docendi , mandatum accepit fidei depositum custodiendi, ji-s etiam et officinm divinitus habet ialsi nominis scientiam proscribendi, ne qiiis dec'piaturperphilosophiam et inanem failaciam (Ci»loss. II, 8). Quapropter omnes chistiani fidèles hujusmodi opiniones , quae fidei doctrinae contrariae
et comme enveloppés d'une sorte de nuage, tant que nous voyageons en pèlerins dans cette vie mortelle, hors de Dieu ; « car nous marchons ■^ guidés par la foi et non par « la vue ill. Cov.S). 7). »
Mais quoique la foi soit audessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de véritable desaccord entre la foi et la ra'son; car c'est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi/qui a répandu dans l'esprit humain la lumière de la raison, et Dieu ne peut se nier lui-même, ni le vrai contredire jamais le vrai. Cette vaine apparence de contradiction vient principalement ou de ce que les dogmes de la foi n'ont pas été compris et exposés suivant l'esprit de l'Eglise, ou de ce que les écarts d'opinions sont pris pour des jugements de la raison. Nous déclarons donc toute proposition contraire à la vérité, attestée par la foi, absolument fausse (Concile de Latran V, Bulle Apostolici re giminis). De plus, l'Eglise, qui a reçu, avec la mission apostolique d'enseigner, le mandat de garder le dépôt de la foi, tient aussi de Dieu le droit et la charge de proscrire la fausse science, afin que nul ne ?oit trompé par la phdosophie et la vaine sophistique (Coloss.
II, 8). C'est pourquoi tous les chrétiensfidèles non seulement ne doivent pas défendre comme des conclusions certaines de la science les opinions qu'on
esse cognoscuatur, maxime si ab Écclesia reprobatae fueriût, non solum prohibentur tanqnam légitimas scientiae conclusioaes defendere, sed pro erroribus potius, qui fallacem veritalis speciem prae se ferant, haberetenentur omnino.
Neque ?oIum fîdes et ratio inter se dissidere uqquam possunt, sed opem quoquesibi mutuam ferunt, cum recta ratio fidei fuQdamenta demonstret, ejusque lumine illustratarerum divinarum s^ientiam excolat: fides vero rationem ab erroribus liberet ac tueatur, eamque muitiplici cognitione instruat. Quapropter tantum abest ut Ecclesia humaQarum artiura et disciplioaium eulturaB obsistat. ui banc multis mitdis juvet atque promoveat. Noa ei im commoda ab iis ad hominum vitam dimanantia aut ignorât aut des[)icit : fatetur imo eas, quetnadmodum a Dt'O, scientiarum Domino, prolectae sunt, ita si rite pertractentur, ad Deum, juvaiile ejus gralia, perducerc. Nec sane ipsa vetat ne hujusmodi disciplinae in suo quaeque ambiiu propriis utaiitur principiis et propria methodo ; ?ed justam banc libertatem agniiscens. id sedul.» cavet ne diviuae doctrinae repugnaQdo errores ia se suscipiant, aut fines proprios
sait être contraires à la doctrine de la toi, surtout lorsqu'elles ont été réprouvées par l'Eglise : mais encore ils sont obligés de les tenir bien plutôt pour des erreurs qui se couvrent de l'apparence trompeuse de la vérité.
Et non-seulement la foi et la raison ne peuvent jamais être en désaccord, mais elles se prêtent aussi un mutuel secours; la droite raison démontre ks fondements de la foi, et, éclairée par sa lumière, elle cultive la science des choses divines; la foi délivre et prémunit la raison des erreurs, et l'enrichit d'amples connaissances. Bien loin donc que l'Eglise soit oppcsée à l'étude des arts et sciences humaines, elle la favorise et la propage de mille manières.
Car elle n'ignore ni ne mé[)rise les avantages qui en résultent pour la vie des hommes; bien plus elle reconnaît que les stiences et ks arts venus de Dieu, le iMaitre des sciences, s ils sont dirigés conveiiabiemnnt, conduisent à Dieu, avec 1 aide de sa grâce; et eile ne défend pas assurément que chacune de ces sciences, dans t-a sphère, ne se serve de ses propres prin ipes et de sa méthode p.irticulière ; mais, tout eu recoiin.iissant cette ju-te liberté, elle veille avec soin pour les empêcher de tomber da'is l'erreur en se mettant en opposition avec la doctrine divine, ou en dépas-
APPEÎIDICKS.
transgressée, ea, quse suiit fidei, occupent et perturbent,
Neque enim fidei doctrina, quam Dans revfelavit, ■velut philosophicum inventum proposita est humanis ingeniis perficienda, sed tanquam divinum depositum Christi Sponsse tradita, fideliler cusiodienda et infaillibiliterdeclaranda.Hinc sacrorum quoque dogmatum in sensus perpetuo est retinendus , quem semel declaravit sancta Maier Ecclesia, nec unquarn ab eo sensu, altioris intelligentiœ specie et nomine, recedendum. Crescat igilur et multum vehementerque proficiat, tam singulorum, quam omnium, tam unius hominis, quam totius Ecclesiae, setatum ac sœculorum gradibus, intelligentia, scientia, sapientia: sed in suo dumtaxat génère, in eodem scilicet dogmate, eodem sensu , eademque sententia (Vinc. Lir. Gommon. n. 28 j.
GANONES
De Fide et Ratione.
I. Si quis dixerit in revelatione divina nulla \era et proprie dicta mysteria contineri, sed universa fidei dogmata posse par rationem rite excultam e naturalibiis
?ant leurs limites propres pour envahir et troubler ce qui est du domaine de la foi.
Car la doctrine de la foi que Dieu a révélée n'a pas été livrée comme une invention philosophique aux perfectionnements de l'esprit humain, mais elle a été transmise comme un dépôt divin à l'Epouse du Christ pour être fidèlement gardée et infailliblement enseignée. Aussi doiton toujours retenir le sens des dogmes sacrés que la sainte Mère l'Eglise a déterminé une fois pour toutes, et ne jamais s'en écarter sous prétexte et au nom d'une intelligence supérieure de ces dogmes. Croissent donc et se multiplient abondamment, dans chacun comme dans tous, chez tout homme aussi bien que dans toute l'Eglise, durant le cours des âges et des siècles, l'intelligence, la science et la sagesse; mais seulement dans le rang qui leur convient, c'està-dire dans l'unité de dogme, de sens et de manière de voir (Vincent de Lérins, Common.