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— Ni moi, non plnB mais, jusqu'à présent,
cependant, voilà mon histoire I Non, je n'ai rien
senti qui ressemblât à de l'amour Yous riez ....
et ponrquoi tous riez, je le devine "Vous vous
dites : " Voyez donc cette petite fille qui a la prétention de savoir ce que c'est que d'aimer I" Vous avez raison, je ne le Bais pas .... mais je m'en doute bien un peu. Aimer, n'est ce pas, ma Suzie, préférer à tous et à toutes une certaine personne?
— Oui, c'est bien cela.
— N'est-ce pas ne pouvoir se lasser de voir cette personne et de l'entendre? N'est-ce pas cesser de vivre quand elle n'est plus là, pour recommencer tout de suite à revivre, dès qu'elle reparaît?
— Oh I oh t c'est un grand amour, cela 1
— Eh bien ! c'est l'amour que je rêve ....
— Et c'est l'amour qui ne vient pas ?
— Pas du tout jusqu'à présent Et cependant
elle existe, la personne préférée par moi à tons et à toutes. . . .Savez- vous qui c'est?
— Non, je ne le sais pas mais je m'en doute
bien un peu
— Oui, c'est vous, ma -chérie, et c'est peut-être vous, méchante sœur, qui me rendez à ce point insensible et cruelle. Je tous aime trop. Complet, mon cœurl Vous l'avez pris tout entier, il n'y a plus de place pour personne- Vous préférer quel-
qu*nn I Aimer quelqu'un plus que TOUS t Je
n'eu Tiendrai jamais à bout 1
— Ohl que ai!
— Ohl que non! Aimer autrement peutêtre ?.. . mais plus, non. Qu'il ne compte pas la-dessus, ce monsieur que j'attends et qui n'arrive pas.
— Ne craignez rien, ma Betty. U y aura place dans votre cœur pour tous ceux que vous devez limer, pour votre mari, pour vos enfants, et cela,
sans que j'y perde rien, moi, votre vieille sœur
C'est tout petit, le cœur, et c'est très grand.
Bettina tendrement embrassa sa sœur ; pais* restant la, câline, la tête sur l'épaule de Snzie :
— Si, cependant, cela vous ennuyait de me garder ici près de vous, si vous aviez hâte de vous débarrasser de moi, savez-vous ce que je ferais? Je mettrais dans une corbeille les noms de deux de ces
messieurs et je tirerais au sort Il j en a deux
qui, à la rigueur, ne me seraient pas absolument désagréables.
— Lesquels deux ?
— Cherchez
— lie prince Romanelli I . . . .
— Et d'un! A l'autre!....
— M. de Montesan
— Et de deux ! . . . C'est cela même : oui, ces deuxla seraient acceptables, mais seulement acceptables.. . et ce n'est pas assez.
Voilà pourquoi Bettina attendait avec une extrême impatience le jour du départ et de l'installation à Longueval. ...Elle se sentait un peu lasse de tant de plaisirs, de tant de succès, et de tant de demandes en mariage. Lo tourbillon parisien, dès son arrivée, l'avait prise, et pour ne plus la lâcher. Pas une
heure de halte ni de repos Elle éprouvait le
besoin d'être livrée à elle-même, à elle seule, pendant quelques jours au moins, de se consulter et de B'interroger à loisir dans la pleine tranquillité et dans la pleine solitude de la campagne, de s'appartenir enfin
Aussi Bettiua était-elle toute guillerette et toute joyeuse, eu montant, le 14 juin, à midi, dans le train qui devait la conduire à LonguevaL Dès qu'elle se vit seule, dans un coupé, avec sa sœur :
— Ah I s'écria-t-elle, que je suis coûtante I Bespirons un peu. En tête-à-tête aveo vous pendant dix jours 1 car les Norton et les Turner ne viennent que le 25, n'est-ce pas ?
— Oui, seulement le 25.
— Nous allons passer notre vie à cheval, en voiture, dans les bois, dans les champs. Dix jours de liberté ! Et, pendant ces dix jours, pluB d'amoureux ! Et tous ces amoureux, de quoi, mou Dieu, étaient-ils
amoureux? De moi ou de mon argent I Le voila W mystère, l'impénétrable mystère t
La machine siffla, le train s'ébranla lentement. Une idée on peu folle passa par la tête de Bettina, elle se pencha par la portière et s'écria, en accompagnant ses paroles d'un petit saint de la main :
— Adien ! mes amoureux, adieu 1
Fois elle se rejeta brusquement dans un coin du coupé, prise d'un accès de fou rire.
— Ohl Snziel Susrie!
— Qu'est-ce qu'il y a î
— Un homme avec un drapeau rouge à la main . . H m'a vue ! Il m'a entendue 1 . . . Et il a en l'air si étonné I
— Vous êtes si déraisonnable 1
— Oui, c'est vrai, d'avoir ainsi crié par la portière.... mais pas d'être heureuse de penser que nous allons vivre seules, toutes les deux, en garçons.
— Seules 1 . . . . seules ! . . . . Pas tant que cela. Nous avons, pour commencer, deux personnes ce soir, à dîner.
— Ah 1 c'est vrai .... mais ces deux personnes-là,
je ne serai pas du tout fâchée de les revoir Oui,
je serai trèa contente de revoir le vieux curé, et surtout le jeune officier ....
— Comment 1 surtout?
— Certainement. . . . parce que n'était si touchant ce que ee notaire de Sonvigny nous a raconté l'antre
jour, c'est si bien ce qu'il a fait ce grand artilleur, quand il était tout petit, si bien, si bien, que je chercherai ce soir une occasion de lui dire ce que
j'en pense et je la trouverai I
Puïb Bettina, changeant brusquement le cours de la conversation :
— On a bien envoyé la dépêche télégraphique à Edwards hier pour les poneys ?
— Oui, hier, avant le dîner
■ — Oh I vous me laisserez lea conduire jusqu'au ohâteau, cela m'amusera tant de traverser la ville et de faire une belle entrée, arrondie, sans ralentir, dans
la cour, devant le perron I Dites... . voua voulea
bien?
— Oui, oui, c'est entendu, vous conduirez les poneys.
— Ah! que vous êtes gentille, ma Suzio I Edwards, c'était le piqueur. II était arrivé depuis
trois jours au château pour l'installation des écuries et l'organisation du service. H daigna venir luimême au-devant de madame Scott et de miss Percival. H amena les quatre poneya attelés sur le duc Il attendait dans la cour de la gare, et en nombreuse compagnie. On peut dire que tout Souvigny était là. Le passage des poneys à travers la grande rue de la ville avait fait sensation. Les habitants s'étaient précipités hors de leurs maisons et s'intarrogeant avidement :
— Qu' est-ce que c'est?
Quelques personnes avaient hasardé cette opinion :
— Un cirque ambulant peut-être
Mais de toutes parts on s'était récrié :
— Vous n'avez donc pas tu comme c'était tenu . . .
et la Toiture et les harnais qui brillaient comme
de l'or et les petits chevaux avec leurs roses
blanches de chaque côté de la tête.
La foule s'était entassée dans la cour de la gare, et les curieux alors avaient appris qu'ils allaient avoir l'honneur d'assister à l'arrivée des châtelaines de Longueval.
Il y eut ne certain désenchantement quand les deux sœurs se montrèrent, fort jolies, mais fort simples dans leurs costumes de voyage. Ces braves gens s'attendaient un peu à l'apparition de deux princesses de féeries, vêtues de soie et de brocart, étincelantes de .rubis et de diamants. Mais ils ouvrirent de grands yeux, quand ils virent Bettina faire lentement le tour des quatre poneys, en les caressant,, l'un après l'autre, légèrement de la main et en examinant d'un air entendu les détails de l'attelage. Il ne déplaisait pas à Bettina, — force est bien de le reconnaître, — de faire un certain effet sur toute cette foule de bourgeois ébahis.
Sa petite revue passée, Bettina, sans trop se hâter, ôta ses longs ganta de Suède et les remplaça par de gros gants de peau de daim pris dans la pochette
du tablier de la voiture. Puis elle se glissa en quelque sorte sur le siège, à la place d'Edwards, en recevant de loi les rênes et le fouet avec uue extrême dextérité et sans que les chevaux, fort excités, eussent eu le temps de s'apercevoir du changement de main. Madame Scott s'assit à côté de sa sœur. Les poneys piétinaient, dansaient, menaçaient de pointer.
— Mademoiselle fera attention, dit Edwards ; les poneys sont très en l'air aujourd'hui.
— N'ayez pas peur, répondit Bettina, je les connais.
Miss Peroival avait la main à la fois très ferme, très légère et très juste. Elle contint les poneys pendant quelques instants, les forçant à se tenir bien à leur place dans le rang; puis, enveloppant les deux chevaux de pointe d'une doable et longue ondulation de son fouet, elle enleva Bon petit attelage d'un seul coup, avec une incomparable virtuosité, et sortit magistralement de la cour de la gare, au milieu d'un long murmure d'étonnement et d'admiration.
Le trot des quatre poneys sonnait sur les petits pavés pointus de Souvigny. Bettina, jusqu'à la sortie de la ville, leur fit garder uue allure un peu serrée ; mais, dés qu'elle aperçut devant elle deux kilomètres de grande route, sans montée ni descente, elle laissa les poneys se mettre progressivement dans leur train .... et ils avaient un train d'enfer.
— Oh I comme je suis heureuse, Soziel s 'écria-toile Allons-nous trotter et galoper tontes seules
but ces routes-là Voulez-Tons, Suzie, conduire
les poneys? C'est un tel plaisir quand on peut ainsi leur permettre de marcher t Ils sont si allants et si sages I Tenez, prenez les rênes.
— Non, gardez-les ; cela m'amuse pins de tous toit vous amuser.
— Oh! quant a m'amuser, je m'amuse! J'aime
tant cela mener à quatre, aTec de l'espace pour
courir !. ..A Paris, même le matin, je n'osais plus. . .
on me regardait trop. . .cela me gênait Et ici. ..
personne ! personne I personne I
An moment où Bettina, déjà un pen grisée de grand air et de liberté, lançait triomphalement ces trois : " Personne ! personne ! personne ! " un cavalier se montrait, p'rouicant, au pas, à la rencontre de la Toiture.
C'était Paul de Lavardeng. . . .Il faisait là le guet depuis une heure pour avoir le plaisir de voir passer les Américaines.
— Vous tous trompez, dit Buzie à Bettina, voici quelqu'un.
— Un paysan .... Ça ne compte pas, les paysans ; ça ne demande pas ma main.
— Ce n'est pas dn tout un paysan. Begardez.