‹ L'abbé Constantin (volume 4)Chapitre 9 sur 36 · I : : .ClOOglC · texte numérisé non relu

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Imaginez une sorte de petite féerie en trois actes et dont le succès irait grandissant de tableau on tableau :

1° Une promenade à cheval, le matin, à dit heures, au Bois, avec les deux merveilleux grooms importés d'Amérique ;

2° Une promenade à pied, à six heures, dans l'allée des Acacias ;

3° Une apparition à l'Opéra, le soir, à dix heures, dans la loge de madame Norton.

Les deux nouvelles furent immédiatement remarquées et appréciées, comme elles méritaient de î'être, par les trente ou quarante personnes qui constituent une sorte de tribunal mystérieux et qui zendent, au nom de tout Paris, des arrêts sans appel. Ces trente ou quarante personnes ont, de temps en temps, la fantaisie de déclarer délicieuse telle femme manifestement laide. Cela suffît Elle paraît délicieuse à dater de ce jour.

La beauté des deux sœurs n'était pas discutable. On admira, le matin, leur grâce, leur élégance et leur distinction ; on déclara, dans l'après-midi, qu'elles avaient la démarche précise et hardie de deux jeunes déesses ; et le soir, ce ne fut qu'un cri sur l'idéale perfection de leurs épaules. La partie était gagnée. Tout Paris, dès lors, eut pour les deux sœurs les yeux du petit marmiton de la rue d'Amsterdam ; tout Paris répéta son Manette l bien entendu

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avoc les variantes et les développements imposés par les usages du monde.

Le salon de madame Scott prit immédiatement tournure . . . Les habituée de trois ou quatre grandes maisons américaines se transportèrent en masse chez les Scott, qui eurent trois cents personnes à leur premier mercredi. Leur cercle, très rapide^ ment, s'accrut ; il y avait un peu de tout dans leur clientèle : dei» Américains, des Espagnols, dea Italiens, de? Hongrois, des Busses et même dea Parisiens.

Lorsqu'elle avait raconté son histoire à l'abbé

Constantin, madame Scott n'avait pas tout dit

on ne dit jamais tout. Elle se savait charmante, aimait qu'on s'en aperçut, et ne haïssait pas qu'on le lui dit En un mot, elle était coquette. Auraitelle été Parisienne sans cela? M. Scott avait en sa. femme une pleine confiance et lui laissait una

entière liberté. H se montrait peu C'était un

galant homme qui se sentait vaguement embarrassé d'avoir fait un tel mariage, d'avoir épousé tant d'argent Ayant le goût des affaires, il se plaisait à se consacrer tout entier à l'administration des deux énormes fortunes qui étaient dans ses mains, à les grossir sans cesse, à dire tous les ans à sa femme et à sa belle-sœur :

— Tous êtes encore plus riches que l'année dernière

Non content de veiller avec beaucoup de prudence et d'habileté aux intérêts qn'il avait laissés en Amérique, il se lança, en France, dans de grandes affaires, et réussît a Paris comme il avait réusai a New-York. Poor gagner de l'argent, il n'y a rien de tel que de n'avoir pas besoin d'en gagner.

On fit la cour à madame Scott, on la loi fit énormément .... on la lui fit en français, en anglais, en

italien, en espagnol car elle savait ces quatre

langues et voilà encore un avantages que les

étrangères ont sur ces pauvres Parisiennes, qui, généralement, ne connaissent que leur langue maternelle et n'ont pas la ressource des passions ïnternatïonnales. i

Madame Scott ne prit pas de bâton pour mettre les gens dehors. Elle eut, en même temps dis, vingt, trente adorateurs. Nul ne peut se vanter d'une préférence quelconque, à tons elle opposa la même résistance aimable, enjouée, riante .... H fut clair qu'elle s'amusait du jeu et ne prenait pas un instant la partie aux sérieux. Elle jouait pour le plaisir, pour l'honneur, pour l'amour de l'art M. Scott n'eut jamais la moindre inquiétude ; il avait parfaitement raison d'être tranquille Bien plus, il

jouissait des succès de sa femme ; il était heureux de la voir heureuse. II l'aimait beaucoup.... un peu plus qu'elle-même ne l'aimait Lui, elle l'aimait bien, et voila tout H y a une grande distance entre

bien et beaucoup quand ces deux adverbes sont placés après le verbe : aimer.

Quant a Bettina, ce fat autour d'elle une course fantastique, une ronde infernale ! Une telle fortune I une telle beauté! Misa Percival était arrivée à Paris le 15 avril; quinze jours ne s'étaient pas écoulés que les demandes en mariage commençaient à pleuvoir. Dans le cours de cette première année, — Bettina s'était amusée à tenir fort exactement cette petite comptabilité, — dans le cours de cette première année, elle aurait pu, si elle l'avait voulu,

se marier trente-quatre fois et quelle variété de

prétendants !

On demanda sa main pour un jeune exilé qui, dans de certaines éventualités, pouvait être appelé à monter sur un trône, tout petit, il est vrai, mais sur un trône cependant.

On demanda sa main pour un jeune duc, qui ferait grande figure à la cour, lorsque la France, — et cela était inévitable 1 — reconnaîtrait ses erreurs et s'inclinerait devant ses maîtres légitimes.

On demanda sa main pour un jeune prince qui aurait sa place sur les marches du trône, lorsque la France, — et cela était inévitable ! — renouerait la chaîne des traditions napoléoniennes.

On demanda sa main pour un jeune député républicain qui venait de débuter très brillamment a la Chambre, et à qui l'avenir réservait les plus brillante*

destinées, car la République était fondée maintenant en France sur dea bases indestructibles.

On demanda sa main pour un jeune Espagnol de la plus haute volée, et on lui donna à entendra que la soirée de contrat aurait lieu dans le palais d'une reiue qui ne demeure pas très loin de l'arc de

l'Etoile On trouve, d'ailleurs, sou adresse dans

1' Almanack Bottin car il y a des reines aujourd'hui qui ont leur adresse dans le Bottin, entre un notaire et un herboriste. H n'y a que les rois de France qui ne demeurent plus en France.

On demanda sa main pour le fils d'un pair d'Angleterre et pour le fils d'un membre de la Chambre des seigneurs de Vienne; sa main pour le fils d'un banquier de Paris et pour le nia d'un ambassadeur de Russie ; sa main pour un comte hongrois et pour un prince italien .... et aussi pour de braves petits jeunes gens qui n'étaient rien, n'avaient rien, ni nom, ni fortune. Mais Bettina leur avait accordé un tour de valse, et, se croyant irrésistibles, ils espéraient avoir fait battre son petit cœur.

Bien, jusqu'à présent, ne l'avait fait battre, ce petit cœur, et la réponse pour tous avait été la même :

— Non I . . .non I . . .Encore non ! . . .Toujours non !

Quelques jours après cette représentation à' Aida, les deux sœurs avaient en ensemble une assez longue conversation sur cette grosse, sur cette éternelle question de mariage. Certain nom avait été prononcé

'Gobgle

par madame Scott, qui avait provoqué de la part de miss Percival le refus le plus uet et le plus énergique.

Et Suzie, eu riant, avait dit à sa sœur :

— Vous serez bien forcée, cependant, Bettina, de finir par vons marier . . .

— Oui, certainement ! Mais je serais si fâchée,

Suzie, de me marier sans amour! ... .H me semble que, pour me résoudre à une chose pareille, j'aurais besoin de me voir tout à fait en danger de mourir vieille fille et je n'en suis pas là 1

r- Non, pas encore.

— Attendons alors, attendons !

— Attendons 1 . . . . Mais, parmi tous ces amoureux que vous traînez après vous depuis un an, il y en avait de bien gentils, de bien aimables, et il est vraiment un peu étrange qu'aucun d'eux

— Aucun I ma Suzie ; aucun, absolument I

Pourquoi ne vous dirais-je pas la vérité ? Est-ce leur faute? Ont-ils été maladroits? Auraient-ils pu, en s'y prenant mieux, trouver le chemin de mon cœur? Ou bien est-ce ma faute à moi? Oe chemin de mon cœur serait-il, par hasard, une vilaine route escarpée, rocailleuse, inaccessible, et par où personne jamais ne passera? Serais-je une méchante petite créature, sèche, froide, et condamnée à ne jamai^aimer ?

— Jè%e- crois pas ....

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