‹ L'abbé DanielChapitre 10 sur 51 · X. Appréciation de ses compatriotes · texte numérisé non relu

X. Appréciation de ses compatriotes

Ses compatriotes ont su apprécier ses principes de fidélité, de loyauté et d'indépendance, car les honneurs qu'il a reçus pendant sa vie démontrent bien cette appréciation. On lui a décerné la croix de la légion d'honneur en 1879, le prix Vitet, pour l'ensemble de son œuvre littéraire en 1890, et, en 1896, il fut élu membre de l'Académie. Il occupa le fauteuil qu'avait occupé Alexandre Dumas fils, et prononça le 9 décembre 1897 le discours d'usage, auquel répondit Paul Bourget. André Theuriet est un écrivain élégant, naturel, d'un goût raffiné, habile surtout à nous faire sentir le charme de la campagne.

XVlll INTRODUCTION

Une belle place lui est assurée parmi les écrivains distingués des auteurs français du XIXe siècle.

Questionnaire

i. Quelles qualités trouvons-nous dans André Theuriet? 2. Qu'aimait-il surtout? 3. Décrit-il aussi bien les scènes parisiennes que les scènes de province? 4. Comment Theuriet a-t-il signalé son dévouement à la patrie? 5. A-t-il jamais fait partie de quelques-unes des nombreuses écoles littéraires de son temps? 6. De quelle façon la reconnaissance de ses compatriotes s'est-elle manifestée envers lui? 7. De qui a-t-il occupé le fauteuil en entrant à l'Académie française? 8. Comment s'appelle le littérateur distingué qui a répondu au discours d'usage de Theuriet? 9. Nommez quelques ouvrages que vous avez lus, soit de Dumas fils, soit de Bourget. 10. Quel rang André Theuriet occupe-t-il parmi les hommes de lettres français de son siècle?

A consulter: Besson, Emmanuel: André Theuriet, sa vie et ses œuvres, 1833-1889, 2e édition; Paris, Lemerre, 1890. Deschamps, G.: La vie et les livres, vol. V, Paris, 1900; pages 239-246. Carez, François: Auteurs contemporains, Liège, 1897; pages 129-170. Broc, Vicomte de: Paysages poétiques et littéraires, Paris, 1904; pages 229-262.

J.G.,Je.

io Septembre 183- Avant-hier j'ai eu vingt ans, et j'ai quitté le séminaire pour n'y plus rentrer. Mon cœur est plein de joie, et une douce fièvre1 m'agite depuis que je suis revenu dans mon cher pays mi-poitevin2 et mi-tourangeau.2 J'ai refait connaissance avec mon petit domaine des Bruasseries. J'ai 5 revu les Templiers,3 où habite mon oncle, et où j'ai retrouvé Denise, grandie et plus belle encore que l'an dernier. — Elle a maintenant dix-sept ans. — Ce matin j'ai traversé le pré qui sépare les Bruasseries des Templiers; je me suis glissé jusqu'au pied de la tourelle aiguë qui regarde Éta- 10 bleaux. De là on aperçoit toute la vallée. Étableaux, à droite, s'étage sur son coteau rocheux. Au-dessous, par delà les molles rondeurs des châtaigniers, l'Égronne, sinueuse et lente, chemine par les prés, tantôt cachée sous les aulnes, tantôt découverte et presque aveuglante de 15 clarté. A gauche, tout au fond, le bourg de Pressigny s'étale en éventail, et la rivière baigne ses dernières maisons. Le soleil montait dans un ciel d'un bleu immaculé4 et illuminait toute la vallée. Quelle fête pour les yeux ! quel beau temps, et quelle joie de vivre ! 20

1 émotion.

2 Poitou et Touraine, deux anciennes provinces de France.

3 nom d'une ferme, ancienne maison de l'ordre des Templiers.

4 sans tache.

L'autre soir, quand je suis allé faire mes adieux à l'abbé Bonneau, notre supérieur, je l'ai trouvé, comme d'habitude, enfermé dans la bibliothèque. «Eh bien, mon enfant, m'a-t-il dit en relevant sa tête déjà blanche, vous

5 nous abandonnez?)) Je l'ai remercié de ses bontés pour moi, puis je lui ai exposé1 que je ne me sentais pas une vocation assez décidée pour l'état ecclésiastique, et que j'essaierais de faire mon salut, tout en vivant dans le monde. «Mon enfant, m'a-t-il répondu de sa voix lente, vous parlez

io de ce que vous ne connaissez pas: le monde soumet les cœurs à de rudes épreuves, et vous êtes de ceux qu'il aime surtout à faire souffrir. Du reste, a-t-il ajouté en me tendant la main, Dieu saura ramener ses brebis. Je ne vous dis pas adieu, mais au revoir, car, si j'en crois mon cœur,

15 vous nous reviendrez.))

Pauvre abbé ! Il y a deux jours à peine que la lourde porte s'est refermée derrière moi, et aujourd'hui le séminaire m'apparaît déjà comme un pays si lointain et si étrange !

QUESTIONNAIRE

Page 1