‹ L'abbé DanielChapitre 20 sur 51 · Il n'était pas du pays · texte numérisé non relu

Il n'était pas du pays

9. Tout cela est pauvre à faire pleurer. 10. Je pris congé de la veuve.

Dix jours après.

Que la paix du Seigneur s'étende aussi sur elle durant les siècles des siècles ! . . . La femme de Peyré a suivi son mari à sept jours d'intervalle. Je l'ai enterrée près de lui. Elle s'était alitée1 le lendemain de l'événement. Elle ne mangeait plus, elle ne parlait plus. Le médecin l'avait 5 condamnée dès le premier jour. La vue de son fils lui semblait indifférente. Pourtant, à l'heure suprême, comme elle tenait la main de Daniel, elle le regarda avec une tendresse inexprimable, puis mit cette main dans la mienne sans mot dire. J'ai accepté ce legs. 10

Mai 184-.

Voici que j'occupe une nouvelle chambre. J'ai cédé à Daniel la mienne, qui est plus aérée et plus gaie. Il me semble que j'ai changé de presbytère et même de paroisse. La sérénité est revenue en moi depuis que je loge cet enfant sous mon toit. Je pense encore souvent aux Tem- 15 pliers, mais maintenant sans amertume et sans péril. Si Denise a une petite fille, moi j'ai un garçon. Nos destinées ne sont plus si différentes. Béni soit Dieu qui m'a envoyé cet enfant !

Mon petit Daniel est encore un peu farouche; il n'est 20 pas apprivoisé. C'est un oiseau que j'ai pris tout emplumé, et qui voit bien qu'il n'a pas été élevé ici. Il est comme ces fleurs qu'on transporte tout en boutons déjà,

1 la maladie l'obligea de garder le lit. 3i

et qui sont quelque temps avant de se ravoir;1 mais, tout sauvage qu'il est, il met ma maison en fête.2

Et, tandis que je satisfais ainsi mon cœur et que je savoure cette paternité inespérée, on me loue, on me vante,

S on me bénit dans ma paroisse. ((Ah ! monsieur le curé, que c'est bien ce que vous faites là ! Le bon Dieu vous le rendra ! 3)) Je m'en humilie devant Dieu tous les soirs. Ils me laissent prendre cet enfant, ils me le donnent; il est à moi ... un enfant vivant et beau! Je puis le

io nourrir, le loger, le garder dans ma maison, et ils ne me

demandent rien en retour d'un pareil trésor, et je ne suis

pas leur débiteur ! Au contraire, c'est moi qu'on remercie

et qu'on loue !

Ah ! nul ne sait tout le calme, tout le bonheur que ce

15 jeune hôte m'apporte dans ses mains ouvertes et tendues. . . . J'ai un enfant !

QUESTIONNAIRE

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