‹ L'abbé de ChoisyChapitre 27 sur 56 · LE BET01JB BC BAL · texte numérisé non relu

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— Eh bien ! M. l'abbé, après vous avoir vu sortir avec monseigneur, je me suis élancé à mon poste derrière la voiture de madame de Choisy votre mère, qui partait elle-même avec mademoiselle Diane d'Herfort. Elles arrivent, elles sont là !

— Mademoiselle Diane, reprit Monsieur, fort bien, Choisy, je comprends. Peste î tu ne t'adresses pas mal.

— Faut-il dire à ces dames que vous êtes ici? demanda le laquais sur le seuil de la chambre.

— Non, cela est inutile,'/ais plutôt du feu, monseigneur gèle de froid.

Pendant que le laquais obéissait à l'abbé, Choisy pencha la télé à la fenêtre, il vit sa mère et Diane qui traversaient la grand'cour. La vue de mademoiselle d'Herfort en robe de bal lui perça le cœur, il ne remarqua pas sans une mortelle douleur qu'elle rentrait sans son bouquet.

— Ils se seront compris tous les deux, ils se seront parlé du regard même au sein de cette foule, fit-il en considérant avec dépit les ajustements féminins qui le recouvraient. Ah! maudit soit le jour où je m'avisai de prendre cet indigne travestissement! Monseigneur,

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ajouta Choisy en arrêtant sur le prince un regard plein de pitié, savez-vous pourquoi mademoiselle d'Herfort me dédaigne? Moi je le sais et m'en vais vous le dire. Elle ne m'a connu que sous cette livrée de folie, indigne de vous et de moi ; en attendant que je sois la risée de tous les cercles, elle me raille, me méprise! Avis à vous, monseigneur, que le cardinal, dans sa honteuse politique, voudrait avilir aussi! Ah! vous ignorez pourquoi sa tolérance encoura§f& chez vous de pareilles mascarades, eh bien ! apprenez que Mazarin a peur de voir revivre en votre personne le Gaston du temps de Louis XIII ! Il veut vous efféininer, vous, Philippe d'Orléans!

En parlant ainsi, le front du jeune homme s'était relevé, ses mains impatientes arrachèrent bientôt ses bracelets et déchirèrent ses dentelles.

— Que faites-vous, Choisy, s'écria le prince alarmé de ce transport, êtes- vous fou ?

— Je ne suis pas fou, monseigneur, mais je m'aperçois bien tardivement que nous jouons tous deux un rôle de comédie. Vous, parce que vous devez être un jour un héros, et qu'on fait de vous une demoiselle ; moi, parce que j'aime, et que sous cet habit le ridicule

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et la honte me tuent ! Ah ! je fais justice ici de ces vaines parures, monseigneur, imitezmoi!

£t Choisy, jetant au feu tous ses rubans, regarda la flamme qui les consumait avec une joie railleuse.

— Fort bien, dit Monsieur, mademoiselle Diane te raille, dis-tu, et Mazarin prétend se jouer de moi sous ce costume. £h bien ! Tabbé, je serai plus reconnaissant que toi envers ces habits, car c'est à eux que je dois d*avoir joué Mazarin lui-même.

— Mazarin?

— Oui, sache donc que j*ai entendu chez le cardinal, grâce à cette robe, un secret, un secret d'État.

— Que dites-vous?

— Je dis que le jour où je le voudrais je pourrais perdre Mazarin.

— Mais vous vous étiez donc introduit dans son cabinet?

— Oui, sous celte robe de femme, profitant d'une issue qui servait jadis à nos jeux, mon cher Choisy , j'ai appris ce que je voulais savoir, un secret que la reine mère seule possède.

— Eh bien., ce que vous ne savez pas,

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moiueigDear, et œ qoe je dois tods apprendre, c*est qu'à l'heure qu'il est, tous êtes sauvé, le cardîDal me croit seul coupable.

— Toi?

— Oui, moi.

— Comment cela?

— Il s'agissait de sauver mademoiselle d'Herfort sur qui les soupçons de Mazarin étaient tombés; il l'avait fait venir, elle était là émue, palpitante devant son juge. Le cardinal menaçait, il fallait la sauver ; je me suis offert à son ressentiment, à sa haine. Et maintenant, pour prix de ce service, elle me trahit, elle m'abandonne lâchement ; en un mot, elle en aime un autre.

— Qui donc?

— Le roi !

— Mon frère ! dit Monsieur. Ah ! Ghoisy, je comprends maintenant retendue de ton chagrin! Une lutte av^ec le roi! Oh ! tu es bien malheureux !

En ce moment méme^ un coup léger retentit à la porte de l'appartement ; une voix de femme appela l'abbé par son nom. Ghoisy tressaillit, son trouble n'échappa point à Monsieur.

— Tenez, mon cher abbé, reprit-il, je com-

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mence à croire que vous êtes moins à plaindre. Seulement, comme un rendez-vous à trois est gênant, vous aurez bien la bonté de m'indiquer quelque porte secrète. 11 n'y a pas que M. le cardinal qui en ait.

— Oh! merci, merci, monseigneur, reprit l'abbé en reconduisant Monsieur par un passage caché, oh ! merci, vous êtes bon !

— Parce que vous êtes heureux, n'est-ce pas? En fait de bonté, le hasard est souvent notre premier et notre meilleur ministre. Adieu donc, et bonne chance !

Monsieur s'esquiva en assurant de nouveau l'abbé de sa protection. Quand Ghoisy rentra, il se trouva vis-à^vis de Diane d'Herfort.

Le visage de la jeune fille exprimait alors une véritable inquiétude, on eût dit qu'elle avait peur.

— Ghoisy, lui dit-elle, pardonnez-moi. Je vous savais de retoi^r, ;^t ilfdy a que vous qui puissiez me tirer d'^he grave alarme.

— Parlez, répondit Vabbé avec calme, que me demandez-vous ? j'écoute»

— J'ai recours à vous, Ghoisy, pour me préserver d'un grand péril ; ce billet adressé par moi à Sa Majesté, ou plutôt cette réponse...

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Mademoiselle d'Herfort s'arrêta , elle comprenait elle-même la témérité de sa demande. Le coap de foudre qui devait tomber sur elle ne retentit même pas, et Choisy reprit douce^ ment :

— Votre billet? le voici, mademoiselle.

Et en même temps l'abbé tira de son seiti la lettre de Diane ; il lui en montra l'adresse^ puis il s'approcha du feu et il y jeta l'écrit.

— Que faites-vous? s'écria-t-elle en proie à la honte et à l'angoisse.

— Rien, je brûle cette lettre.

— Mais vous l'avez lue ?

— Non, Diane, c'était votre secret, je Tai respecté. Seulement, ajouta Choisy avec amertume, il ne m'a pas^ été difficile de deviner ce qu'il contenait.

— Mon Dieu!

— Un pareil billet entre les mains de la reine ! Diane, vous étiez perdue !

— Perdue ! reprit-elle, oh î cela est vrai !

— Et c'est à moi, malheureuse enfant, que vous faites un tel aveu 1 Vous exposer ainsi, vous, si jeune, si faible, au ressentiment d'une reine, à l'oubli de vos devoirs !

Diane garda le silence.

— Encore , si ce fol amour , poursuivit

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CIloisy, devait vous rapporter autre chose que le remords et le déshonneur ! Mais vous allez vous-même au-devant du chagrin et des regrets, vous paraissez croire à l'amour d'un homme qui vous écrit : « Je vous aime ! » parce que cet homme est le premier de nous tous. Apprenez donc, déplorable enfant, qu'il en écrivait autant cette semaine à mademoiselle du Lude et à mademoiselle de la Mothe*Hon« daneourl! Oh! vous ne savez pas, vous, ce qu'est le caprice royal , volant doré qui re«bondît chaque matin sur une raquette de prince, hochet dont la Vallière a compris bien vite la vanité ! Diane, vous êtes dans l'âge oà la tète emporte le cœur, où les pelouses et les bassins de Marly font rêver de l'amour d'un roi ! Mais oubliez-vous donc , imprudente , que la politique de Mazarin lui-même écarte du roi les séductions et les pièges? Oublîez-vouè que Louis est Tépoux d'une autre? Êtes-vous jalouse des larmes de la Mancini? Croyez-moi, un pareil amour des deux parts serait un amour odieux et criminel. Vous si jeune, si bdle, devenir si vite une vile courtisane de la faveur ! vous que j'aime , que j'aimerai toujours, tendre les bras à de pareilles chaînes ! Ah! Diane, avez-vous donc oublié nos ser-

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