‹ L'abbé de ChoisyChapitre 37 sur 56 · BIU ANS D*AB8BIICB · texte numérisé non relu

BIU ANS D*AB8BIICB

— Choisy ! Comment, c'est toi ! s'écrièrent les trois convives étonnés.

— Moi-même , l'abbé de Choisy, ou plutôt la comtesse des Barres.

— Nous te croyions mort, reprit Louvigny.

— Nous pensions nous rendre à une invitation des plus galantes, dit Villeroy d'un air de désappointement.

— Voici ta lettre, dit d'Harcour.

— Qui diable eût pu songer, continua Louvigny, que c'était toi, mauvais plaisant?...

— Eh bien! messieurs, reprit l'abbé, m'en voudriez-vous? Il est vrai, c'est moi qui, pour vous conquérir, ai pris le parti de la ruse. Un ami de seize ans ! Dame ! cela est vieux , suranné, et l'on ne se déplace guère pour ces gens-là! Tandis que pour une châtelaine de province, une belle comtesse, une inconnue!...

— Ma foi, mon cher abbé, attrape-nous toujours de cette façon ! Un carrosse des mieux garnis qui nous est venu prendre à l'hôtel de Villeroy, un intendant comme on en voit peu, qui nous a payé nos 'frais de route, et nous a galamment emprisonnés dans ce boudoir, en nous disant que la comtesse ne tarderait pas à nous venir retrouver... enfin, des vins exquis et du gibier tel que le roi n'en mange pas à

Seize mets d'abseêèèe.

Profitant de la promenade et laissant ses hôtes admirer les magnificences de Crépon en pleine liberté, la comtesse des Barres n'avait pas tardé à rentrer dans le château par une allée dérobée ; personne ne l'accompagnait.

Il semblait vraiment qu'elle eût hâte de respirer plus à Taise. Une fois délivrée des galanteries obséquieuses de M. de la Pinsonnière, et de l'admiration provinciale de ces bonnes gens, elle gagna d'un pas rapide sa grande galerie, où elle trouva Bonju.

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payer sa conspûration de 8a télé ; quatre ans avant, on avait empoisonné Henriette d'Angleterre en pleine cour !••• Le roi a fondé les Invalides, il est vrai, mais on n'y a encore logé aucun ministre. Le règne des favoris est bien passé, le pauvre Lauzun pourrit depuis longtemps à Pignerol... Br^, mon cher abbé, la cour du grand roi devient dévote^ ajouta Lou- Vigny en prenant un maintien grave ; tu fais bien de ne pas te montrer à Versailles en jupes de femme. •• Mais c'est trop te parler d'un temps stérile, ennuyeux ; tu nous as promis de nous raconter tes aventures. Voyons, qu'as-tu fait depuis ce beau coup d'épée que reçut de toi en pleine poitrine un certain comte suédois?... Ne se nommait«îl pas le c<»nte d'Hosberg ? demanda Louvigny avec indifférence et en regardant plusieurs médailliMis pendus à la cheminée.

€hoisy tressaillit invokmtaîrenent au nom de d'Hosberg.

— Paix aux morts, messieurs ! reprit-il en essayant de sourire ; et permettez d'abord que j'exige de vous une promesse sacrée, solennelle...

— Nous sommes à tes ordres, reprirent les trois amis, qu'exiges-tu ?

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— Que durant le temps que vous comptez passer id, je ne sois pour vous que la comtesse des Barres; j*ai des ennemis, c'est le moins qu'il n'y ait pas ici de Judas...

— £n douter, Choisy, ce serait nous faire injure. Madame la comtesse, nous faisons entre vos mains serment de fidélité !

— Fort bien ; apprenez donc qu'en fuyant Paris après ce duel malheureux, je comptais bien prendre mes quartiers d'hiver en Italie...

— Le pays des femmes et du soleil! interrompit Villeroy, je le connais. Tu as vu, l'abbé, le pont des Soupirs à Venise, l'église de Saint-Pierre à Rome, le PausilippeàNaples, le Palais-Vieux à Florence? A tout cela je préfère une mauvaise chambre que j'avais à Venise sur le pont du Paradis. Un pont bien nommé, car j'étais en ce lieu logé aux anges , grâce à mon hôtesse, une charmante zitella !

— Vraiment ? demanda l'abbé, moi en Italie je n'ai guère trouvé que des Françaises.

— Tu plaisantes?

— Du tout; j'y ai rencontré mesdames d'Ardennes, d'£ibœuf, de Verpré, toutes trois anciennes danseuses de Sa Majesté il y a seize ans ! J'étais tour à tour le chapelain de l'une, l'ami de l'autre , mais en réalité me défiant

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de toutes, car un secret à la merci d'une femme !... Je tremblais que l'on ne m'arrêtât, j'étais poursuivi ! Dominé par la crainte, j'ai couru en Hollande, un pays où les fleurs et les patins finissent par ennuyer... De là je fus en Suéde, en Allemagne, que sais-je ? Voulezvous que je vous dise l'histoire d'une belle Hollandaise qui m'aima au point de me sacrifier toutes ses tulipes, ou celle de la petite Rosalie, que j'ai mariéeavec l'acteur du Rozan ?

— J'aimerais bien mieux que tu me nommasses l'original de ce médaillon. L'admirable personne ! M'en voilà amoureux rien qu'à la voir. Elle a les yeux de mademoiselle de Grancey ?

— Ce médaillon?... répondit Choisy d'un air contraint.

— L'abbé ! s'écria d'Harcour, tu joues au fin avec nous! Ton trouble, ta pâleur quand ta m'as vu jeter les yeux sur ce médaillon... Laisse là tes autres contes, et parle-nous de cette jolie peinture. Sans doute les femmes d'Amsterdam et de la Haye sont appréciables , mais comment trouver ailleurs qu'en France un ensemble pareil à celui de ce portrait? Ou le peintre est un flatteur, ou celte figure a dû l'arrêter dans tes voyages.

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•— €e portrait, reprit l'abbé avec embarras, ce portrait est celai d'une jeune femme...

— Ah ! elle était mariée? Raison de plus, cela devient piquant... pour nous trois surtout, qui sommes demeurés célibataires !

— Puisque vous l'exigez, repartit Ghoisy, je veux bien vous dire que cette personne...

— Eut des bontés pour toi ? Parbleu ! on s'enk doute. Ne vas-tu pas faire avec nous la demoiselle? De quel endroit venais-tu? où Fas-tu vue? Allons, parle! Par ma foi ! je commence à croire que tu t'es rouillé dans tes voyages, ou que tu crains de scandaliser nos chastes oreilles!...

— La dame en question, reprit Ghoisy piqué du sarcasme de d'Harcour, m'a rendu le plus signalé des services. C'était à Châlons, ma première étape d'importance en fuyant Paris ; j'avais hâte de me dérober à la vengeance du cardinal. J'étais alors en abbé ; cet habit me semblant devoir convenir plus que tout autre, après mon duel, à un malheureux qui, comme moi, brûlait de rentrer dans le giron de l'Église. Épuisé de fatigue, mourant de faim et de peur, je m'acheminais un soir, au grand trot, vers l'hôtellerie des jérmes du Toi, lorsque mon valet me cria, au d

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d'une rue, que les archers s'en venaient sur nous à bride abattue... C'étaient en e£fet des gendarmes rouges à qui l'on avait donné l'éveil. Piquer des deux, entrer dans l'auberge, puis sauier de ma monture, fut pour moi l'affaire d'un instant. Je demandai vite une cbambre à l'hôtelier tout en lui jetant ma bourse* Il n'en avait pas, et sa maison était pleine...

*— Au diable le rustre ! s'écria d'Harcour, quoi ! pas une mansarde, un grenier?

— C'était la veille d'une fête patronale, pour mon malheur. Me voyant aux prises avec le danger, je n'hésite pas, je parcours un corridor et je frappe au premier numéro venu...

— Bravo ! l'on t'ouvrit?

— Bu tout, on se barricada à l'intérieur, et Ton tira les verrous. J'entendis même une petite voix féminine qui disait : Mon Diml mais d'un son de voix si tremblant que j'en fus ému. Cependant il m'était facile de distinguer déjà à travers les vitres du corridor lies uniformes des archers, ils touchaient le mur de la cour. L'uif[ence du péril ne me laissant pas le choix du logement, je frappai de noui|taa au n° 7, c'était le numéro de cette diambi

« — Ouvrez, m'écriai'je, ouvrez, delgrâce,

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madame, je suis gentilhomme ! On me poursoit, on me traque, voulez-vons me sauver la vie?

«J'achevais à peine cette prière, que]la porte glissa miraculeusement sur ses gonds, et je me trouvai vIs-à-vis d'une belle jeune femme d(Hitla frayeur égalait au moins la mienne... Elle allait se coucher sans doute, et avait jeté sa mante sur ses épaules. Le désordre de cette toilette lui donnait un charme incomparable, et cependant je ne m*amusai guère à la contempler en ce moment*là. Je me jetai k ses pieds en l'assurant de mon respect, de ma reconnaissance.. • Je lui dis même mon nom afin qu'elle vit bien que ce n'était point un aventurier qui lui parlait... J'eus beau faire alors, rien ne put calmer ses appréhensions.

«1 — - Grand Dieu ! s'écria-t-elle, un homme chez moi, chez moi qui voyage seule ! Si l'on entrait ici à cette heure, que dirait-on? Monsieur, je suis mariée !

tt — Eh bien ! madame, répondîs-je, éclairé par une inspiration soudaiitie, on dirait... on dirait, parbleu ! que je suis votre mari ; cela est bien facile pour peu que vous consentiez vous-même à ne pas me démentir!

«Elle rougit, trembla, pulislevantsurmoide

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grands yeux tout étonnés, elle fit subir à ma personne un de ces examens rapides dans lesquels excellera toujours le regard d*ane femme. Je compris que je ne lui déplaisais pas, mais que mon costume n'était pas celui d'un mari. En un clin d'œil je me débarrassai de mon manteau noir et de ma calotte. La chambre n'avait qu'un lit, je m'y jette tout habillé. Elle, pendant ce temps, croyait rêver, elle n'avait peut-être jamais vu d'homme si prompt. J'avais seize ans de moins qu'aujourd'hui : on me trouvait fort passable. Bref, quand l'exempt entra, il trouva madame occupée à broder devant un bon feu, et monsieur faisant mine de grelotter la fièvre au fond du lit. Pour l'hôtelier, il ne souffla mot, ayant vu dès mon entrée chez lui la couleur de ma monnaie. Ce ménage Improvisé dura trois jours, trois jours pendant lesquels je suppliai vainement ma belle inconnue de me dire au moins son nom de famille à défaut du nom de ce mari qu'elle allait rejoindre. Mais je ne pus rien savoir d'elle, rien, si ce n'est que cet époux ne lui plaisait guère. Au troisième jour, et pendant que j'étais sorti dans la ville pour y faire quelques emplettes, je trouvai en «.onfi.9ii]t ma chambre vide ; un carrosse, ayant

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sans doute le diable pour cocher, m'avait enlevé ma femme !

— Madame de Ghoisy ! reprit d'Harcour. Ah ! la bonne histoire ! ainsi tu devenais veuf?

— Vraiment oui»; et te Tavouerai-je, j'eus bien du mal à m'y habituer, car, tu peux le voira ce médaillon, ma femme était bien jolie !

— Pauvre abbé ! c'était là peut-être un preipier amour?

— Bu tout, un second. Je sortais alors de l'esclavage ennuyeux d'une coquette, d'une jeune fille qui n'avait pas visé moins haut qu'à l'amour du roi.

— Malepeste! et quelle est cette beauté?

— J'ai fait, mon cher d'Harcour, une croix sur ce nom-là ; qu'il te suffise de savoir que j'avais pour elle enduré mille tortures. Aussi, vois -tu bien, quand ma jeune libératrice des Jrmes du roi m'apparut si fraîche et si attrayante, mais encore gauche, empruntée, je me dis : Ghoisy, il ne faut pas ici filer la carte du Tendre comme avec cette fille d^honneur de la reine Anne d'Autriche , qui t'a lâchement trompé; il faut ici te conduire en vrai mousquetaire ! £t ma foi , la cocarde du régiment une fois arborée, je me suis rendu maître de la place! Tout ce que j'ai conservé de

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