LA CH AMBRE A COUCHEB
Ghoisy poursuivait encore en lui-même des idées de ressentiment, quand une pierre lancée adroitement contre sa fenêtre entr*ouyerte tomba à ses pieds.
— Que veut dire ceci? murmura-t-il en se baissant; un billet! qui peut m'écrire?
Il approcha le papier d'une bougie, et il lut les lignes suivantes :
il Votre message n'arrivera pas celte nuit à Tabbaye du Val , car J'ai pris mes précautions. Diane ne peut être à vous, elle ne doit appartenir qu'à un seul homme, et cet homme, c'est moi.
<( Le comte d'IIosberg. »
Pour le coup, Choisy se crut dupe d'un sortilège. La perfidie du comte avait été aussi rapide que l'éclair, aussi prompte que la pensée. Nul doute qu'il n'eût trouvé le moyen d'arrêter en route Ghaville , qu'il ne se fût emparé de cette lettre écrite à Diane ! Le sang de Ghoisy baltit avec violence en parcourant ce billet dont l'écriture l'avait fait pâlir.
Il se pencha à la fenêtre, mais il ne vit rien, rien que le ciel couvert de nuages déchique
Uâ LA GBiklIBllE A COUCHER.
tés courant sur un fond livide. L'orage avait cessé, mais nulle éclaircie ne brillait.
La rage, la fureur embrasaient Ghoisy ; il hésita un instant s'il ne partirait pas lui-même à cheval pour aller à la recherche de GhavHle. Il bondissait comme un lion à la seule idée de trouver d'Hosberg; évidemment, le comte devait être à la poursuite de son messager. Il se rassura peu à peu en songeant que Ghaville n*avait pas moins de courage que lui , et que le comte d*Hosberg lui étant sans doute inconnu , il n*hésiterait pas à en faire bon marché en cas de rencontre.
— Si mou épée m'a fait défaut, pensa-t-il, le pistolet de Ghaville est là.
Gomme il se retournait, Ghoisy crut entendre tout d'un coup un pas faible dans les profondeurs du corridor.
Il s'avança sur le seuil, et aperçut Bonju, dont la boue souillait la livrée. L'intendant de la comtesse des Barres hâtait sa marche vers l'appartement de sa maîtresse; ses cheveux et ses vêtements étaient en désordre. En voyant Ghoisy comme lui-même ému au dernier point, il parut indécis et balbutia.
Eh bien, qu'est-ce? d'où viens-tu?
^es communs du château, monsieur ; il
lA CHANBIE A COVCH». 93
VOUS arrive un hôte, un hôte qui m'a fait une peur!... Qu'il vous suffise de savoir que M. le chevalier de Luxeuil...
— Luxeuil! quoi ! c'est lui?
— Oui , monsieur , c'est lui dont Tescorle s'était perdue en devançant la grille du château. Il arrive ici avec trois gaillards de ses amis qui ont, par ma foi, la figure peu rassurante. Des uniformes avec des ceintures garnies de cartouches ! rien que cela ! et un air !.. . Ah ! tenez, j'en tremble !
— Ce sont sans doute des officiers de sa compagnie qui vont prendre leurs quartiers à Bourges. Fatal contre-temps ! ils tombent bien ! s'ils allaient me reconnattre !
— Rassurez-vous, monsieur ; il n'y a pas de danger , car ils ne doivent pas méiue entrer dans le château, grâce à Dieu ! M. le chevalier leur a signifié qu'il y coucherait seul. Ils logeront à l'auberge â quelques pas de Crépon.
— Que veut dire ceci ? pensa Choisy ; Luxeuil escorté ! irait-il donc rejoindre l'armée? N'içiporte, c'est mon ami; après tout, fais- le entrer.
Bonju parti, Choisy poussa doucement la porte du cabinet où dormait Malhilde. Par un
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mouvement dont il ne put se rendre maître, il se prit à examiner encore une fois ce sommeil de la jeune fille, repos chaste et doux, contraste cruel avec ses propres angoisses. Aussi blanche qu'un cygne, elle avait replié sa télé ravissante sur son cou alors éclairé par les pâles reflets d'une lampe. Ses deux mains s'étalent jointes, à son insu peut-être, comme dans une prière au moment de s'endormir.
Après avoir contemplé quelques secondes ce tableau digne du pinceau d'un maître, Ghoisy s'arracha à son impression mélancolique, pour recevoir l'hôte que son intendant lui annonçait.
— Minuit! s'écria-t-il en regardant la pendule, nous aurons le temps de causer.
Tout d'un coup, il y eut un bruit léger, et le chevalier de Luxeuil entra.
i^M a§ni.
Le chevalier de Luxeuil était, selon l'expression de ce temps-là, un homme de grande mine : les dents blanches, la jambe bien prise, il excellait aux jeux les plus divers , notamment à celui de l'escrime, ce qui lui donnait un air de parfaite aisance, et une élégance telle que, dans tous les cercles parisiens, on l'avait surnommé k beau Luxeuil.
D'une force athlétique, il passait pour ployer un fer de cheval en deux, passe-temps qui fit,
06 vil AMT.
un siècle plus tard, le plus grand honneur au maréchal de Saxe. Il était aussi fort grand joueur, et avait mangé à la bassette la meilleure partie de son patrimoine.
Une passion effrénée pour les femmes, un amour de nouveauté insatiable couronnait enfin de si charmantes qualités; il avait été de toutes les débauches de Roquelaure et de Camardon.
Choisy Tavait perdu de vue depuis seize années ; tout ce qu'il en savait, c'est qu'il y avait entre le chevalier et M. de Louvois des liens de parenté.
Le chevalier entra dans la chambre de la comtesse des Barres de Tair d'un homme qui viendrait d'être poursuivi par une meute de recors ; ses habits se ressentaient de l'orage et des cahots du chemin; ils étaient froissés, maculés de taches deM)oue. Il conunença par étendre devant la cheminée son manteau trempé de pluie, puis, saluant la comtesse avec une obséquieuse ironie, il s'assit dans le meilleur fauteuil de l'appartement.
Gholsy parut surpris qu'un de ses anciens amis du Palais-Royal ne se jetât pas dans ses bras, mais il réfléchit que seize ans d'absence changent beaucoup les amis , au physique
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comme au moral. Le chevalier avait un air roide et solennel : on eût dit d'un juge qui va remettre sa sîmarre.
Résolu enfin à rompre ce silence glacé, Choîsy s'avança vers Luxeuil et lui prit la main.
— Du diable, s'écria-t-il, si je reconnais en toi, mon cher chevalier, le héros de nos anciennes folies, rhomme des parties d'hombre, de comédies, de soupers! Que t'est-il donc survenu pour que tu n'aies pas rejoint plus t^t nos chers amis, Louvigny, Villeroy, d'Harcour, qui tous trois avaient promis de t'amener à Crépon? Te serait-il arrivé malheur? t'es-lu marié? Allons, parle.
— Choisy, répondit Luxeuil, oui, je te parlerai, mais sans témoins. Sommes-nous ici bien seuls?
— Quel ton sérieux ! mon cher Luxeuil , va, rassure-4oi, tu peux parler, ce n'est pas ici le cabinet de M. de Louvois... Oui, nous sommes seuls , ajouta-t-il après s'être assuré que la porte du cabinet où dormait Mathilde était fermée.
— Je ne suis point venu avec nos amis, commença Luxeuil, parce que j'ai reçu en route même un ordre du ministre...
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98 m AHi.
— Peste ! il fallait qne ee iut bien pressé ! L'électeur palatin Êiitdoncdes siennes?Ga bien est-ce celui de Braodeboni^? Je te félicite, te voilà dans la manche de M. de Lonvois.
— Hélas ! mon cher Cholsy, je ne sais trop si je dois me féliciter d'appartenir à un homme qui me donne souvent des commissions aussi délicates ! Celle que j'ai à remplir en ces lieux«> ci, par exemple..., ajouta Luxenil d'un air d'abattement hypocrite.
— Tu as quelque affaire en cette province? tant mieux! Nous te garderons, nous t'hébergerons, Luxeuîl, tout le temps de ta campagne diplomatique, et fasse le ciel qu'elle soit longue ! Je n'aurai jamais tant désiré les lenteurs pour une négociation! Tu verras Bourges, tu verras ma seigneurie , mes vassaux , tous mes voisins ; je puis te jurer qu'il y a ici de bonnes figures! Je te montrerai la présidente, M. le bailli d'épée, que sais-je? et après cela, si tu ne ris pas, si tu gardes ton flegme d'ambassadeur, il y a à désespérer de toi !
— Ghoisy, je ne demande pas mieux que de passer gaiement le temps avec toi ; par malheur, le moment n'est pas propice. 11 faut qu'avant trois jours je ramène en poste , à
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Paris, quelqu'un que M. de Louvois m'ordonne d'airéterici.
— Diable! Voici qui est grave. Je ne medoutais guère que M. de Louvois eût des ennemis si loin ! répondit Ghoisy d'un ton ironique.
— Il en a, mon cher, ou du moins il croit en avoir. Que veux-tu que devienne un ministre sans ennemis ?
— C'est, ma foi, vrai !
— Donc, M. de Louvois m'a dit de venir ici en toute bâte, et je suis venu. J'ai avec moi trois gardes de la prévôté de l'bôtel et je puis requérir main forte, rien que cela. La personne que je dois reconduire à Paris avec les égards dus à son rang a fait ces derniers temps encore assez de bruit, elle déplaît au ministre, tu la connais.
— Moi?
— Oui, toi. Ce n'est point à Bourges, c'est à Crépon même qu'elle se cacbe ; en un mot, mon cher, c'est la comtesse des Barres !
— La... com...tesse!... balbutia Cholsy , comment! c'est à moi...?
— Que le ministre m'envoie demander ce que je dois faire pour l'enlever sûrement et promptemcnt. Tu vois que je ne pouvais mieux tomber.
100 un AMI.
— Mais c'est une horreur, une indignité, reprit Ghoisy; comment ! toi, Luxeuil, mon ancien ami ?
— Écoute donc, je ne connais pas, moi, la comtesse des Barres! Tout ce que je sais, c'est que le cardinal de Bouillon est loin d'avoir regagné les bonnes grâces du ministre. Or, parlons net, cher ami, cette comtesse des Barres ne serait-elle pas un certain abbé qui est encore à cette heure le séide du cardinal et qu'il a pris même dans le temps à Rome pour son conclavîste? Eh bien, l'on a vendu les secrets du cardinal de Bouillon, il est exilé, mais comme en ses papiers figurent plusieurs de tes leltres...
— Que dis-tu, Luxeuil? le cardinal exilé! mes lettres surprises ! oh ! cela est impossible!
— Tout cela est fort possible, reprit Luxeuil ; le cardinal a eu la folie d'écrire au roi comme à son égal, c'est une escapade qui n'a ni rime ni raison. Le cardinal est à la Claire, près de Lyon; il est gardé à vue. Malheureusement, tu lui as servi quelque tenips de secrétaire...
— Mon Dieu ! oui, à Rome, après le conclave, lorsqu'il y faisait une dépense de prince du sang, vingt-quatre pages et soixante valets de pied le soir autour de sa chaise avec des
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flambeaux ! reprit Choisy. Cétait admirable ! Il a dépensé cent mille écns en trois mois!
— Le cardinal de Retz fit une autre dépense quand il se sauva du château de Nantes par la peur du Mazarin ! il prit pour valets de pied trois cents soldats bien armés sous la mandille ! Je voudrais, mon cher Choisy, t'en offrir autant ; mais je suis réduit par la parcimonie de M. de Louvois au plus pauvre des cortèges ! il paye la poste, c'est tout !
— Qu'il s'en aille au diable ! reprit Choisy; à-t-il donc une si furieuse envie de voir ma figure? Mes lettres, après tout, furent écrites sous la dictée même du cardinal.
— Oui, mais un certain homme en qui le ministre a confiance lui a juré ses grands dieux que tu en possédais d'autres...
— Il en a menti, et quel est ce misérable?
— Un étranger... un comte suédois qui parait te détester. Il a eu Foreille de M. de Lionne un mois durant ; de là il s'en est allé à M. de Louvois. C'est un homme, je le crains, au courant de tes démarches.
— Un lâche! un infâme! murmura Choisy en se levant exaspéré. D'Hosberg ! encore d'Hosberg U Mais tu me serviras, n'est-il pas vrai, Luxeuil? tu m'aideras à surprendre ce
fOâ UN AMI.
vil imposteur; il se cache aux environs de ce château; demain, oui, demain, dès que l'aube paraîtra...
— Demain? fen suis désolé, mais il faudra que tu me suives dans ma chaise. Nous pas* serons le temps de notre mieux, nous jouerons au lansquenet pendant la route.
— D'Hosberg! murmurait Ghoisy, d'Hosberg ! oh ! je me vengerai ; cette fois il mourra !
— De la rancune? et contre un espion!
Allons donc! reprit Luxeuil.
— Mais tu ne sais pas, toi, ce que ce misérable a pu amasser en mon cœur de haine, de vengeance et de colère ! Il a détruit mon ave*nir, il s'est acharné à ma perte pendant seize ans!
— Tu verras, reprit Luxeuil, à en tirer plus tard bonne justice. En attendant, je suis venu ici pour t'arréter, et je dois remplir mes in* structions. Mais rassure-toi, rien ne transpirera, sois-en sûr, je t'emmène demain sans que nul puisse se douter...
— Bfemmener, toi! mon ami, celui de toute ma famille !
— Que veux-tu? Tordre est précis, je suis inflexible du côté du devoir. DepuK la mort de ^»dame qui a fait jeter les hauts cris à toute
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la cour, ce que M. de Louvois redoute le plus au monde, ce sont les gens qui viennent dltalie, le pays du poison par excellence ! Il craint pour lui, pour le roi, pour tout le monde. Tu arrives de Rome, et il a, je te le répète, quelques petites questions à l'adresser. En un mot, je prévois qu'il va te mettre en surveillance... Tes maudites lettres. . . tes anciennes liaisons. . . Tu as connu, autrefois, chez Monsieur, le chevalier de Lorraine?
— Et que m'importe à moi la conduite de ceux que j'ai pu connaître! reprit Ghoisy. J'étais jeune alors, et j'ai quitté la France bien avant l'attentat commis sur une si noble et si généreuse princesse!... Que la honte de ce crime retombe sur se^auteurs! Moi, je suis un fou, un homme de plaisir, rien de plus. Quand j'accompagnais à Rome le cardinal de Bouillon, je m'occupais fort peu d'intrigues et de menées contre la cour; je visitais des marbres, des tableaux, des galeries... Je souhaite, pardieu ! que les occupations de M. de Louvois soient aussi innocentes ; n'est-ce pas malgré les ordres réitérés de ce ministre, ennemi jaloux de toute gloire, que M. deTurenne vient d'entamer une campagne où déjà il triomphe ? Que penser d'un homme assez infatué de son
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mérite pour s'écrier, en parlant du roi : «< Il me doit tout! » Paroles hautaines, imprudentes , bien dignes de celui qui n'a pas craint de persécuter, depuis qu'il existe , le noble maréchal de Luxembourg! Mais rassure- toi , Luxeuil, va, je ne crains rien de l'animosité de M. de Louvois ! Tu me conduiras chez lui, puisqu'il t'en a donné Tordre, et tu peux être sûr qu'il ne f enverra pas à la Bastille ! Tout ce que je te demande, c'est de différer mon enlèvement jusqu'à demain lorsque le soleil sera couché. Oui, quelqu'un que j'attends, quelqu'un qui ne peut tarder...
En prononçant ces mots, Ghoîsy pensait à Chaviile ; à Ghavîlle, sur les dangers duquel le billet de d'Hosberg ^d pouvait lui laisser de doute. L'idée de partir sans avoir vu Diane redoublait ses anxiétés.
— Ce que tu me demandes là est fort grave, répondit Luxeuil ; prends-y garde ! Tu tiens donc bien à rester ici, dans ce trou?
— Oui, pour mille raisons que je ne puis te dire, que tu ne comprendrais pas, Luxeuil. Qu'il te suffise de savoir que, moi absent, deux personnes courraient ici de grands dangers.
— Tu as donc beaucoup de monde ? et , parmi ce monde, des femmes? Ah! mauvais
vif AMI. 105
sujet , c'est une maîtresse qui te tient au cœur!
— Luxeuil, reprit Ghoisy sans répondre à la question du chevalier, je ne te demande qu'un jour!
— Un jour, dit Luxeuil, non, Gboisy, c'est impossible.
— Je te donne ici ma parole de gentilhomme.
— Les ordres de Louvois sont clairs.
— Alors, reprit Ghoisy, alors... puisque tu n'es plus mon ami... puisque rien ne t'attendrit... ces pistolets...
Et Ghoisy, s'emparant de ses armes par un geste rapide, fit mine d'appuyer leur canon sur sa poitrine.
— J'y suis résolu, s'é8ria-t-il en regardant Luxeuil.
— Malheureux ! lu m'appartiens! y songestu? dit Luxeuil en le désarmant.
En ce moment même un cri étouffé retentit dans le fond du cabinet où reposait la fille du bailli d'épée.
— Quelqu'un a crié, fit Luxeuil , nous ne sommes pas seuls... c'est un cri de femme... je m'y connais !
Le chevalier courut vers la porte. Mathilde
lit en AU.
paie, égarée, tombai dans les bras mêmes de Loxeuil.
Le désordre de la belle enfant, ses cheveux qiars, son trouble, ses bras nos, toat concourait alors à la rendre si divinement belle, que le chevalier de Luxeoil demeura sans voix, comme s'il eût entrevu quelque apparition somaturelle. De son cùté, Mathîlde ouvrait de grands yeux étonnés, elle regardait ce nonveau venu avec une crainto instinctive.
La comtesse des Barres s'empressa d'interroger elle-même sa prot^ée, elle lui demanda la cause de ce cri qu'elle avait poussé.
— Oh ! répondit Mathilde en croisant ses bras sur sa poitrine, madame la comtesse, pardonnez-moi, c'est un rêve !
— Un rêve, et lequel? parlez, dit la comtesse à Matbilde. Vos mains sont glacées, qu'avez-vous donc, chère enfant?
— J'ai cru, répondit-elle, entrevoir, il n'y a qu*un instant, une scène horrible. Un homme attaqué, couvert de sang ; un homme qui se défendait, madame la comtesse. Oh! je l'ai bien vu, c'était Ghavllle !
— Ghaville! avez-vous dit? reprit la comtesse. Par pitié, Mathilde, remettez-vous... Il est impossible... M. de Luxeuîl , ajouta
un A». 107
Choisy , votre chambre est préparée. Vous savez ce que je vous ai demandé? il s*agit de celte enfant...
— De cette jeune fille? demanda Luxeuil. Comment! c'est pour elle?...
— Ainsi, chevalier, vous consentez?
— A tout, madame la comtesse, répondit le chevalier en s'inclinant, mais sans détacher ses yeux de la vue de Mathilde; je vousie promets, je ne partirai que demain soir!...
Luxeuil demeurait encore absorbé dans la contemplation de cette gracieuse image, quand, sur un coup de sonnette de la comtesse, Bonju vint prier le chevalier de le suivre à son appartement.
ÏÏjU nuit au ehéteau.
Le même corridor renfermait sous ses triples clefs Louvigny , d'Harcour et Villeroy , tous trois logés dans une suite de chambres successives, tous trois ignorant , les damnés enfants de Mars ! quels étaient leurs voisins de chambre au noble château de Crépon.
L'orage et son tintamarre n'avaient en rien assombri les joyeux fronts des trois amis; ils avaient demandé du feu à Bonju, et ils devi-