LA AAlf.S BO CAJiaOSSE
sauvage de ses traits la plongeât daos un iDorne étonnement.
C'était un de ces honunesdu Nord, fermes et robustes comme un sapin de Suède, mais chez qui la passion, avait enfoncé de. bonne heure ses ongles de fer. Quelle était la sienne ? On n'eût pu le dire de prime abord ; mais tout révélait chez lui un amour féroce de domination et une implacable volonté. Il devait être aussi difficile de refuser de lui la coupe où le vin pétillait que de lui résister quand il vous parlait d'amour ^ car il semblait briser l'obstacle sous ses pieds comme la glace. Sa vie, et il était jeune encore, avait sans doute été féconde en événements de toute nature, mais on pressentait qu'elle devait plutôt ressembler à un fleuve indompté qu'à une rivière soumise. Son œil grand et bleu jetait par intervalles des flammes sinistres; quelques rides plissaient son front. Il portait l'habit d'un prince ou magnat de Suède, avec quelques fourrures et une plaque d'argent sur la poitrine. Il présenta un siège à la dame masquée et la pria de s'asseoir.
— Mademoiselle, dit-il d'une voix qu'il cherchait vainement à adoucir, vous êtes ici chez vous.
Lk OAHB DU GAftIOBSI. 45
— Chez moi, monsieur, chez moi?... Est-ce une ironie ou une insulte? demanda-t^eUe en se redressant avec fierté.
— Ni Tune ni l'autre , je vous jure. Un jour... bienlôt peut-être, je tous expliquerai le mystère qui vous entoure ; mais, en attendant , je devais vous faire venir, je devais...
— Et de quel droit, monsieur, interrompitelle avec fermeté, de quel droit m'avez-vous fait enlever par un de vos gens? Répondez, qui êtes- vous?
— Un homme, ma chère Diane, qui ne veut que votre bonheur, qui a sur vous des droits imprescriptibles, sachez-le. Vous êtes jeune et de plus vous êtes belle, en voilà sans doute plus qu'il n'en faut pour vous adorer, mais aussi en voilà assez pour faire trembler ceux qui, comme moi...
— Comme vous? parlez.
— Comme moi, Diane, vous chérissent et vous surveillent. Votre séjour chez madame de Choisy est devenu impossible...
— Impossible, pourquoi?
— Pourquoi? parce que le roi vous aime... il est jeune, brillant, il peut vous plaire... peut-être vous a-t-il plu...
4ft LA BAHI DU CAII088B.
— A moi, monsieur, à moi ! pauvre orpheline élevée par les soins, par les bontés de madame de Choisy... Ah! si vous la connaissiez...
— Je la connais, Diane, et c'est pour cela que je tremble. Le roi chaque jour peut avoir accès chez elle, elle vous a menée chez la reine mère, et vous êtes presque une de ses filles d'honneur.. • Or, on sait, Diane, comment , lorsqu'on est roi, on a bon marché des résistances. Qui sait si madame de Choisy...
— Achevez...
— £h bien ! dis-je, qui sait si madame de Choisy, cédant à la passion du roi...
— Arrêtez, monsieur ! ce que vous dites là, vous ne pouvez le penser. Oh ! non, n'est--ce pas? C'est quelque parole imprudente échappée de votre bouche? Madame de Choisy faciliter un pareil amour ! ah ! monsieur, monsieur, cette pensée est indigne d'un gentilhomme.
— Vous croyez peut-être madame de Choisy inaccessible aux présents? répéta le dédaigneux personnage avec ironie. Désabusezvous, Diane, madame de Choisy que vous aimez tant...
Lk DAK DU GA1R088I. 47
— Silence, monsieur, silence ! reprit une voix qni sembla cette fois étouffée par la colère, qui que vous soyez, vous êtes un lâche, et c*est moi qui vous le dis !
— Vous, et qui êtes-vous donc?
— Le fils de celle que vous insultez, l'abbé de Ghoisy, monsieur!
En même temps Tabbé fit voler son masque; son regard fier, ardent, donnait' aux paroles de son hôte le plus sanglant démenti.
— L*abbé de Ghoisy ! vous, monsieur! sous ce costume ! J'avoue que ce n'est pas sous une robe de femme que j'eusse cru reconnaître un auditeur de Sorbonne !
— Ni moi un gentilhomme dans Fauteur de cet enlèvement nocturne !
— Convenez du moins, monsieur, qu'il faut que l'intérêt que vous portez à mademoiselle Diane soit bien grand pour avoir ainsi pris sa place et vous être mis à la merci de ce gentilhomme !
— Et qu'ai-je à craindre, monsieur? répliqua Ghoisy résolument. Allez-vous d'aventure me garder dans ce château? Allez-vous ici vous venger sur moi du peu de succès de votre entreprise? Prenez garde, monsieur, j'appartiens de près à des gens qui pourraient
48 LA DABB DU CABII0S8B. '
VOUS faire repentir de votre audace ! Le duc d'Albret me protège, j'ai pour amis Villeroy, de Guiche, Lesdîguiéres et Louvigny. Si c*est un duel que vous voulez, je suis à vos ordres. Ce n'est pas la première fois que j'aurai tiré Tépée, mais c'est la première fois que je me serai battu dans uii guet-apens!
— Rassurez-vous, monsieur, il n'y a point ici de guet-àpens. Il est vrai que je pourrais vous retenir; en ce lieu les portes sont sûres, lés murs étouffent la voix* Mais c'était à Diane d'Herfort que j'avais affaire. Le chemin est libre, vous pouvez fuir. Je ne prétends pas même vous demander les motifs de votre substitution; mais si je ménage votre secret, vous devez, je pense, respecter aussi le mien. Une seule personne pourrait peut-être vous expliquer une partie de cette énigme, je lui en laisse le soin ; c'est à elle que vous porterez les lignes que je vais écrire. Rassurez-vous, mon billet ne sera pas long.
— J'attendrai, monsieur, répondit Ghoisy, frappé du ton imposant et fier du gentilhomme.
— Voici cette lettre, monsieur, dit celui-ci en lui remettant un papier où il venait de tracer une page à la hâte. Ne cherchez pas à
LA. MHS DO Càaa096B. 40
rouvrir, nul au monde n'en découvrirait le sons. Contentez-vous de la remettre à celle dont le nom est inscrit sur cette adresse. Vous ajouterez que cette lettre vous a été donnée par le comte d'Hosberg lui-même, le comte d'Hosberg, qui vous rend la liberté.
— Ma mère ! murmura le jeune homme en jetant les yeux sur le billet , cette lettre est pour ma mère!
Et il regardait encore le comte dans un muet étonnement, quand celui-ci agita le cordon d'une sonnette.
— Brisacier , dit le comte , reconduisez M. l'abbé chez sa mère, au palais du Luxembourg.
— Un abbé ! comment c'était un abbé ! s'écria le guide de Choisy en l'examinant avec stupeur. Ces coquins de gens se fourrent partout!
— Même dans le cabaret de maitre Renard, n'esl-il pas vrai? dit Tabbé en souriant.
— C'était lui ! le diable en femme 1 et je ne Tai pas reconnu !
— C'est étonnant, un ancien ami !
— Allons, Brisacier, dit le comte d'Hosberg, vous n'êtes qu'un maladroit!
— M. le comte...
50 Là DAHE DD CABR088B.
— Cest bien, dépéchez, et soyez ici à mon lever. Après votre beau coup de ce soir, il ne vous manquerait plus que de conduire le roi en carrosse à la Bastille !
f^M ««ervf .
Dans Tune des chambres du palais du Luxembourg, alors habité par la reine mère, deux personnes étaient assises.
Toutes deux pâles, agitées, tremblantes, interrogeaient de temps à autre avec une visible inquiétude l'aiguille d'une large pendule au cadran de velours noir qui correspondait avec la sévérité de Tameublement.
C'étaient Diane et madame de Ghoisy*
52 UN SBCftKT.
Madame de Choisy avait mis Tabbé au monde à quarante ans , et elle le chérissait plus que ses autres enfants parce qull la faisait paraître jeune et qu'elle voulait encore paraître belle. L'ainé de ses fils avait été pourvu d'une charge de conseiller au parlement de Toulouse ; le second , nommé de Balleroy , avait un régiment ; le troisième était intendant de Lorraine et de Gommercy. L'abbé de Choisy, comme le plus jeune, s'était vu destiné d'abord à l'Église , on lui avait fait prendre le petit collet ; il avait alors dix-huit ans. Sa mère l'idolâtrait, mais d'un amour si aveugle, qu'il devait passer nécessairement pour de la faiblesse. Ses deux frères résidant en province, comme on l'a vu, et l'autre passant sa vie à l'armée, même pendant l'hiver, Choisy, pour nous servir d'une expression commune , mais claire , s'était vu bien vite la bride sur le cou; d'autant que sa mère avait perdu son mari dans un âge peu avancé. Les mœurs singulières qu'il suça avec le lait pourront certainement rencontrer un historien, mais il reculera toujours devant la tâche de les expliquer.
(( On l'habilloit en fille dès son plus jeune âge , et sa mère elle-même se plaisoit la pre-
UN SICIET. 55
miëre à rajuster ; chaque fois que le duc d'Orléans venoit au logis, et il y venoit au moins deux ou trois fois la semaine, il le rencontroit invariablement sous ce costume. Monsieur lui faisoit mille amitiés dès qu'il arrivoit suivi des nièces du cardinal Mazarin et de quelques filles de la reine. Si nous l'en croyons, on lui tFouvoit beaijLeoup de grâce habillé en fille. Un jour qu'il étoit allé voir madame de la Fayette, à laquelle il rendoit de fréquentes visites , cette dame, l'ayant remarqué avec des pendants d'oreille et des mouches, lui avoit dit que ce n'étoit point la mode pour les hommes , et qu'il feroit bien mieux de s'habiller tout à fait en femme. Ce suffrage le décida, il se fit tailleries cheveux, afinde paroître mieux coiffé, 11 prit le plus bel habit de femme qu'il put rencontrer au Temple et alla rendre visite é madame de la Fayette avec ses pendants d'oreilles, sa croix en diamants, ses bagues et dix ou douze mouches. » La belle femme, mon « Dieu ! s'étoit écriée madame de la Fayette « en le voyant. Vous avez donc suivi mon « avis? Vous avez vraiment bien fait. Deman- « dez plutôt à M. de la Rochefoucauld ! » Ce seigneur , qui se trouvoit alors chez cett dame, applaudit fort à la figure du galac
54 ON 6SGEJIT.
abbé. Madame de la Fayette, qui lui'avoit conseilié un peu trop légèrement de s'habiller en femme , se crut obligée de faire agréer dans les compagnies une telle mascarade ; Tautorité d'une personne de ce poids fit que le monde, assez porté de lui-même à la nouveauté, ne parut pas blessé du travestissement de l'abbé de Choisy. Cette espèce d'approbation l'encouragea. On le voyolt sans cesse avec des habits de femme. Il faisoit ainsi ses visites, alloit à réglise, au sermon, à l'Opéra, à la Comédie. Il sembloit qu'on y fût accoutumé. Il se faisoit nommer par ses laquais madame deGanzi ou comtesse de Ganzi, et il se fit peindre par Ferdinand. Ce fameux peintre italien en fit un por^ trait de femme qui attira les yeux de tout le monde. L'abbé de Choisy alloit à la cour du duc d'Orléans chaque fois que ce prince étoit à Paris. Un jour il invita à sou bal M. de Choisy et lui fit dire de s'y trouver en robe détroussée et à visage découvert. Il chargea le chevalier de Pradine de le mener à la rourante. L'assemblée en fut ravie. On lui trouva beaucoup de grâce, car l'abbé dansoit dans la dernière perfection. >»
Si les lignes que nous venons de citer n'étaient pas tirées textuellement de la vie même
on siOR. 65
de noire liéros^ , on les croirait presque une gageure. Mais nous les devions à nos lecteurs, ne fût-ce que pour mieux leur faire compren-^ dre les scènes qui vont suivre.
En ce temps qui vise au sérieux et à l'ennui, personne ne comprendrait ces sortes de iraveslissements par l'analyse , nous nous bornons donc à l'invocation des faits. Il suffirait toutefois aux examinateurs patients d'explorer les mœurs de la Fronde , cette époque fertile en contre-sens de toute nature , pour y trouver une excuse à la fantaisie de notre abbé. Le temps des minorités , dit quelque part le chevalier de Grammont, fut toujours excellent pour les types originaux ; la fureur du déguisement fut alors poussée au comble , tout le monde avait un masque. C'était pour ainsi dire un outrage à la rectitude de la vie et à la raison que ces temps-là. Pourquoi Choisy, homme d'esprit et de réflexion à ses heures, avait-il pris des habits de femme , et surtout pourquoi les garda-t-il ? C'est ce qu'il ne nous <^st pas donné d'expliquer autrement que par Tassurance des écrivains qui ont retracé sa
^ La vie de M, l'abbé de CKoisy, de V Académie françaùe» taosanne et Genève, chez Marc Michel Bousquet, 1748. 1 vol. ia-S». Page f S.
56 VR StCKBT.
vie. Dans la sienne, où il se pose comme son propre historien, il ne met pas même en doute ces faits, dont le romancier a le droit de s'emparer.
Madame de Choisy se trouvait donc, ce jourlà, plongée avec Diane dans la *plus mortelle inquiétude.
L'aube commençait à peine, et avec elle les bruits du dehors, quand elle entendit des pas sonores dans l'escalier. Par un mouvement instinctif, son cœur battit ; elle devint si pâle que Diane se vit forcée de la soutenir.
— Mon Dieu ! ce n'est pas lui, dit la jeune fille en revenant, après avoir fait quelques pas dans le corridor, c'est un page de la reine. Ah ! mon sang se glace ! Que lui est-il donc arrivé?
Diane d'Herfort aimait Choisy parce que sa mère la couvrait de son amour : elle rappelait 8a colombe. La grâce enchanteresse et pudique de la jeune fille consolait sa protectrice de certains ennuis secrets, ennuis que nul, excepté madame de Choisy elle-même, ne pouvait connaître. Diane lui avait raconté son entrevue rapide au bal avec son fils, et la prière étrange que lui avait adressée le jeune homme de ne pas sortir de ce bal avant une heure.
vil 8EC1KT. 57
Mille idées inquiètes , sinistres, assiégeaient encore les deux femmes, lorsque tout à coup la porte s'ouvrit ; l'abbé pâle , et sa toilette en désordre, entra dans l'appartement.
— Que s'est-il donc passé? lui demanda sa mère d'une voix entrecoupée par son angoisse. D'où venez-vous? Parlez.
— Je ne puis parler que devant vous, madame, répondit l'abbé de Ghoisy , il faut que nous soyons seuls. . .
Madame de Choisy pria Diane de se retirer.
Au moment où la jeune fille passait auprès de Choisy pour le laisser seul avec sa mère , elle lui dit tout bas avec un sourire :
— C'est mal, c'est bien mal, monsieur; mais je vous connais. Oh ! vous me conterez tout.
Choisy s'efforça de sourire en regardant sortir mademoiselle d'Herfort ; mais, dès qu'il se vit libre avec sa mère, il cacha sa tète silencieusement entre ses deux mains.
Une larme tremblait au bord de ses cils, et il eut besoin de tout son courage pour entamer son récit.
Ce récit fut bref; l'abbé raconta à madame de Choisy la ruse dont il s'était servi pour sauver les jours de Diane , le château dans lequel on l'avait mené , et les paroles étranges dont
58 UN 8BGRBT.
un homme inconnu s*était servi en lui parlant de sa mère.
Le front de madame de Ghoisy devint tout d'un coup si livide que l'abbé eut peur.
— Le nom, le nom de cet homme ! dit-elle les lèvres pâles et serrées par la colère.
— Cet homme, madame , m'a remis luimême une lettre pour vous; une lettre, dit-il, qui doit tout vous expliquer. H se nomme le comte d'Hosberg !
— Hosberg ! murmura madame de Ghoisy terrifiée.
Des gouttes de sueur perlaient son front, tout son corps tremblait ; elle chercha dans son égarement l'appui d'un fauteuil.
— Le comte d'Hosberg..., poursuivit le jeune homme, c'est un nom que je n'oublierai de ma vie.
— Malheureux! s'écria-t-elle en recevant la lettre des mains de son fils et en faisant sauter avec précipitation son enveloppe , mieux vaudrait pour vous et pour moi que vous ne l'eussiez jamais vu !
D'un geste rapide , elle approcha la lettre d'une bougie ; cette lettre était écrite en chiffres. Le nommé TEspagnol , que le cardinal de Richelieu avait érigé en déchiffreur à titre
niff SECRBT. 59
d'office , eût pu seul en donner Texplication ; mais madame de Ghoisy connaissait sans doute celte mystérieuse interprétation de l'écriture. A peine eut-elle parcouru cette page tracée à la hâte, qu'elle se laissa tomber sans mouvement sur un sofa.
L'abbé de Ghoisy, cédant à un élan de curiosité invincible, se précipita alors sur la lettre qui venait de voler sur le parquet. C'était une énigme pour lui, il éleva les mains au ciel avec désespoir. Un silence glacé régnait entre sa mère et le jeune homme. Un instant, il eut la pensée d'appeler Diane, une sorte de honte le retint. A tout prix il voulait savoir ce que contenait ce billet , il eut donné sa vie pour en découvrir le sens. Ghoisy aimait sa mère de cet amour saint et respectueux qui regarde le soupçon comme un outrage. Le doute sacrilège n'entre jamais que dans les cœurs vils et corrompus.
— Ma mère ! s'écria-t-il, ma mère! en baisant ses mains aussi froides alors que le marbre, et en s'efforçant de les réchauffer sous ses baisers.
— Qui m'appelle ? demanda madame de Choisy d'une voix faible.
Le vent de la mort semblait presque peser
60 Clf 8ECRBT.
sur elle, et Ghoisy ne vit pas sans une amertume douloureuse l'altération de son beaii et noble visage.
— C^est moi , c'est moi, ma mère, dit-il en cherchant à lui donner le courage qui lui manquait.
— Le comte d'Hosberg , lui ! répéta-t-elle pleine de stupeur et d'épouvante.
Et elle s'était levée , les yeux hagards , en semblant désigner alors à son fils quelque fantôme invisible.
— Ma mère, poursuivit Ghoisy, cette lettre, je le vois, a produit sur vous un effet prompt et terrible. J'ignore ce que cet homme vous y dit , mais ce que je sais, moi , c'est qu'il faut que je le tue !
En parlant ainsi , Choisy s'était relevé de toute la force de l'indignation et du courage. Venger sa mère et venger Diane peut-être lui paraissait un noble devoir ; si le comte eût été là , Choisy lui eût bien vite arraché sa propre épée.
— Le tuer! avez-vous dit, le tuer! repritelle en arrêtant sur le jeune homme un regard d'une indicible pitié, mais vous ne savez donc pas que cela est impossible, vous ne savez pas...
vif 8ICIIIT. 61
Elle-même s'interrompit, elle regarda l'abbé avec une expression de tendresse et de terreur.
— Choisy , lui dit-elle en l'attirant doucement à elle, il faut que vous m'écoutiez.
-- Parlez , ma mère , parlez , avant tout je vous appartiens. Parlez, de grâce, j'écoute...
— Eh bien ! reprit-elle , puisque vous avez vu le comte d'Hosberg , puisque vous le connaissez... Oh! ne dites jamais que je le connais, moi, Choisy, je serais perdue...
— Vous, madame !
— Moi, moi, votre mère , qui vous supplie d'ensevelir à tout jamais le nom de cet homme au plus avant de votre cœur. Silence ,'au nom du ciel , au nom de votre mère que vous chérissez, silence !
— Rassurez-vous, ma mère, je me tairai, répondît Choisy, ému au dernier point de cette scène. La discrétion me sera facile, ajouta le jeune homme en souriant, le comte d'Hosberg ne m'a rien dit.
— Vous ne savez rien! reprit-elle avec surprise et comme si cette confidence eût alors apporté un baume inconnu à sa blessure. Oh ! mon Dieu, mon Dieu! et moi, malheureuse, qui allais tout dire à cet enfant...! murmurat-elle en versant des larmes de joie...
62 xm siCBiT.
En ce moment même , et lorsque Ghoisy , plus étonné que jamais , cherchait encore le sens des paroles de sa mère, un garde k la livrée de Son Éminence le cardinal Jules de Mazarin entra dans Fappartement.'
— Son Éminence, dit-il à madame de Ghoisy, fait demander à Finstant même mademoiselle Diane d'Herfort.
— Mademoiselle Diane d'Herfort , répondit madame de Ghoisy en rassemblant alors ce qui lui restait de forces, se rendra bientôt chez Son Éminence le premier ministre.
— J*ai Tordre de la conduire moi-même en carrosse au palais Mazarin, reprit l'exprès.
Madame de Ghoisy donna des ordres, et Diane parut.
En s'entendant appeler chez le cardinal , la jeune fille éprouva un léger trouble.
— Rassurez- vous, Diane, lui dit l'abbé à voix basse en la reconduisant sur le seuil. Son Éminence n'est pas si puissante qu'on ne puisse parfois lier partie avec elle. Ayez bon courage ; celui qui vous a sauvée une fois saura bien déjouer encore les plans de vos ennemis I
Quand Diane partit dans le carrosse qu'on lui amena , Ghoisy se tenait debout et la tète
un SKCRBT. 63
décoaverte sur les degrés de la petite porte donnant sur la rue. Elle ne le vit pas essuyer une larme furlîve, larme de douleur et de rage que le jeune abbé se promit bien de faire payer au grotesque amoureux de la reine mère.
— Ah! murmura-t-il, il n*y a point encore de Louis XIV sous Mazarin, mais il y aura Choisy !
Mé9 ftotNloIr du emw^UuÊi.
Retiré dans le lieu le plus secret de ses vastes appartements , le cardinal , dont l'humeur paraissait , ce matin-là , plus morose que de coutume, attendait impatiemment le retour de son exprès.
Le boudoir qui servait alors de refuge à Son Eminence était une pièce octogone, revêtue de tapisseries si épaisses que le bruit des voix devait s'y voir amorti ; excepté Fo" quet, Colbert et Lionne, personne n'y éts