‹ L'abbé de ChoisyChapitre 6 sur 56 · LE BOUDOIR OU CABDIHAI · texte numérisé non relu

LE BOUDOIR OU CABDIHAI

reçu. Un paravent de laque entourait le bureau du ministre, à qui Roze et Bernouin venaient alors de présenter les pantoufles.

C'était un retira dans lequel le cardinal avait amassé des trésors miraculeux.

La cheminée , décorée d'émaux de Limoges qui représentaient les douze Césars, était soutenue par deux charmants pilastres d'ordre ionique ; un portrait d* Anne d'Autriche, accolé à celui du jeune roi, en formait le principal ornement.

Au plafond, tout rutilant de dorures, on voyait Vénus sortant de sa conque marine, Vénus souriant aux dieux; cette Vénus-là ressemblait beaucoup à la comtesse de Soissons.

Des fleurs baignant dans de magnifiques vases du Japon, ornés de larges ciselures, égayaient les yeux du cardinal et les reposaient des fatigues du travail , tandis que des coflres en cristal regorgeant de pierreries étaient étalés çà et là avec une négligence fastueuse. Le cardinal n'avait pas encore son appartement aa Louvre ; Bayes, son médecin, le lui avait interdit. Son corps, desséché comme celui d'une momie, était roulé déjà dans son ample robe de chambre , et ses pieds goutteux

Ll BOUDOIR DU CAEDIIIAI.. 07

étalait enfoncés dans Tédredon , quand Bernouin le laissa.

—Monseigneur attend-il ce matin du monde ? demanda le valet de chambre.

— Certainement, reprit le cardinal; j'attends la protégée de madame de Choisy, nia* demoiselle Diane d'Herfort. Elle ne peut tarder : tu l'introduiras.

Bernouin parti , Son Éminence consulta sa montre et frappa du pied avec les signes de l'inquiétude la plus vive.

— Comme elle tarde ! dit^il ; madame de Choisy l'aurait-elle empêchée de se rendre ici à mes ordres? Me résisterait-elle? Oh! non. Elle sait que Mazarin n'est pas encore un vain fantôme de puissance ! Elle m'a obéi, elle viendra. Imprudente enfant ! Songer qu'elle a ce secret ! Me trouver à la merci d'une fille sans parents et sans fortune ! Car enfin , c'était elle qui se trouvait cachée là..., ajouta le cardinal en rapprochant les deux arcs de ses sourcils, là , derrière ce paravent. Elle aura tout entendu. Un secret qui donne la mort, un secret que le vieux Brienne ignore lui-même. Enfin, c'est un secret de la régence d'Anne d'Autriche ! Aussi n'était-ce qu'à elle, qu'à la reine que je pouvais en parler ce matin-là, dans ce

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même fauteuil , dans ce boudoir ! Dewumio ! Anne elle-même a pâli quand je le lui ai confié ! Oui, c'était bien elle, continua Mazarin en touchant les feuilles du paravent ; j'achevais à peine ma confidence à la reine quand j'ai entendu derrière ce léger abri le frôlement d'une robe. Éperdu , je me lève , oubliant presque ma goutte, j'écarte le paravent et je trouve... rien! rien absolument, répéta le cardinal d'une voix assourdie par la colère; elle avait fui... Mais par ou? Cette issue secrète , elle la connaît donc? Oh ! malheur, malheur sur elle puisqu'elle la eonnait ! Évidemment, c'est bien elle... Lorsque j'ai interrogé la reine, Anne d'Autriche a souri de ma frayeur en me disant : « Qu'avez-vous donc, Éminence ? ce ne peut être vraiment que mademoiselle Diane d'Herfort, à qui j'avais dit de m'attendre et qui se sera impatientée ! » Puis, comme elle me voyait pâle, muet, consterné : u Diane, a-t-elle repris en souriant, s'occupe-t-elle d'un secret d'État? « Si la reine me trompait!... Dans quel but? Oh ! cela est impossible ! N'oserai-je donc jamais aller d'ailleurs tête baissée contre elle ? La paix et le mariage du roi ne consolident-ils pas mon pouvoir ? Elle aime cette Diane , elle aime surtout madame de Ghoisy. Dois-je per-

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