‹ L'abbé de ChoisyChapitre 52 sur 56 · CONFIDENCE · texte numérisé non relu

CONFIDENCE

retenir les premiers et relâcher les seconds, c*était une douce vie ! L'ambition de mon oncle fut la cause de ma perte. 11 me fit passer, par forme d'avancement , dans la compagnie des gardes de la prévôté de l'hôtel ; là , tout aussitôt on me donna un cheval. Mais quelle infinité d'ordres ! Tantôt nous devions enlever un partisan, tantôt un ennemi du cardinal, d'autrefois un Italien suspect ; en un mot , au bout de huit jours nous étions sur les dents, ma bête et moi. Sur ces entrefaites , M. l'assesseur de ma province arriva à Paris, amenant avec lui sa plus jeune nièce. C'était un modèle de décence et de beauté ; j'en devins féru , et bientôt je fis ma demande. Le nom d'Hercule de la Pinsonnière parut plaire à ma future, et , comme je vous l'ai dit , madame la comtesse, nous nous mariâmes, le 15 février de cette année-là, dans l'église des Blancs-Manteaux. 11 fallait voir quelle foule ! Ma compagnie était là , en grand unlfoFme ; chacun me glissait son petit mot à l'oreille ; ils m'enviaient tous , ma femme était si jolie ! Par un contretemps fâcheux, nous nous trouvions commandés pour le soir à Saint-Oermain-en-Laye, où devait venir la reine mère. Je ne me séparai qu'avec des larmes de celle que je nommais

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enfin madame de la Pinsonniëre; jamais, je croîs, je n'avais tant maudit le service de Sa Majesté. u Au diable la reine mère! murmurai-je'; qu*avait-elle besoin de venir à Saint-Germain, avec son escadron de filles d'honneur, le jour de mes fiançailles? » Mon capitaine me trouva ce soir-là si défait, qu'il m'exempta de la ronde habituelle dans les jardins. Je passai une nuit affreuse ; mais que devins-je , bon Dieu , madame la comtesse , quand le lendemain, aux premiers roulements de la diane, le capitaine, s'approchant de moi d'un air solennel, me remit une dépêche? « Vous voilà lancé, ajoutat-il ; c'est à votre père ou à votre oncle que vous devez sans doute un pareil honneur. 11 faut que vous partiez à l'instant même avec trois hommes... » Un coup de foudre m'eût alors moins étourdi. J'ouvris le papier, le capitaine disait vrai : c'était un ordre d'arrestation que venait d'apporter un garde du car* dinal.

— Et contre qui?

~ Contre un homme, madame la comtesse, plus difficile cent fois à arrêter que tout un escadron de chevau-légers, un traître, un scélérat , dont l'àme noire ne m'était pas encore dévoilée pourtant comme elle me le fut de-

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puis; figiirez-vous, en un mot, Satan en personne ! Il avait l'avance sur moi ; seulement je ne pouvais savoir par quelle porte de Paris il avait fui. Je n*eus pas même le temps d'embrasser madame de la Pinsonnière, il me fallait courir nuit et jour , à bride abattue. Pendant cette course infatigable par le vent et par la pluie, je songeais, hélas ! à la nuit de noces que j'eusse pu passer si doucement sans le service du roi, et je le maudissais de tout mon cœur , quand mon cheval et moi nous roulâmes tout d'un coup dans un ravin, au fond duquel je perdis bientôt connaissance. On me transporta à la villevoisine, où j'eus la fièvre, le délire. Je voyais devant moi un fantôme affreux qui me raillait ; ce fantôme était celui de mon prisonnier. 11 avait pris tout juste une route opposée à celle que je poursuivais. On me rindiqua : mais je n'étais plus de force à recommencer sa chasse. Pour comble de malheur, un médecin Ignorant, comme il n'y en a que trop , jugea à propos de me saigner, me traita si bien que je faillis alter dans l'autre monde. Pendant ce temps, mon beau-père avait écrit à ma femme de quitter Paris, et de venir le rejoindre à Lyon, où un procès venait de lui être suscité. J'allais la suivre moi-4nême,

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^uand tout d'un coup je reçus l'ordre de regagner incontinent ma compagnie, où l'on ne manqua pas de me gronder bien fort de ma maladresse. Je ne soupçonnais guère, madame la comtesse, ce qu'elle allait me coûter ! Nonseulement on me refusa le plus mince congé ; mais le capitaine, qui ne m'aimait pas, me fit mille passe-droits. Bref, après sept mois passés, je m'en fus trouver mon oncle, et lui déclarai que, s'il ne m'était pas permis de revoir ma femme, je déserterais au premier jour.

— Vous étiez donc amoureux?

— A en perdre la tète. D'abord, comme vous pouvez le voir , je n'avais jamais été marié... avec ma femme. Quand je là revis (car, à la sollicitation de ce cher parent, il fallait bien qu'on m'accordât mon congé), madame la comtesse , quel changement ! Marianne , elle s'appelait Marianne, était alors si défaite, que j'eus peine à la reconnaître. Elle habitait alors une maison écartée dans un faubourg de la ville. Je ne trouvai auprès d'elle qu'une garde-malade. « Pardonnez-moi , monsieur ! s'écria-t-elle dès qu'elle m'eut entrevu, pardonnez-moi! — Vous pardonner? repris-je, quelle est donc votre faute? » Pour toute réponse, elle me montra un berceau. uLà!

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