‹ L'abbé de ChoisyChapitre 53 sur 56 · CONFIDENCE · texte numérisé non relu

CONFIDENCE

murmura-t-elle, là ! regardez, vous êtes père ! >» J'avoue que je sentis alors un nuage passer sur mes yeux. La garde-malade venait de soulever entre ses bras une petite créature qui me parut la plus jolie fille du monde. Vous comprenez aisément, madame la comtesse, les tortures que j'éprouvais. Heureusement nous nous trouvions seuls. Je contins ma rage, et m*approchant du lit de Marianne , je lui demandai ce que signifiait cette comédie, u Je ne puis croire, ajoutai-je, que madame delà Pinsonnière... » L'aspect de Marianne suffit pour m'arréter. Elle était déjà livide... « Cette enfant, reprit-elle d'une voix mourante, est le fruit d'une séduction à laquelle toute autre eût cédé. Je fuyais Paris, j'allais rejoindre mon oncle à Lyon, je voyageais seule... lorsqu'à la première hôtellerie que je rencontrai à Châlons, un gentilhomme tremblant, poursuivi par des archers, est venu se réfugier dans la chambre que j'occupais. On marchait sur ses pas, on allait le saisir, il était perdu... mais un mot de moi , un seul pouvait le sauver ; ce mot qu'il implorait de ma pitié, je Je prononçai. Je dis que j'étais sa femme...

— Et le nom de cet homme, bailli? demanda Choisy d'une voix pleine d'angoisse.

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— Son nom?... £h bien , madame la comtesse, c'était celui de l'homme que le cardinal me chargeait lui-même d'arrêter huit mois avant, c'était l'abbé de Ghoisy !

Le bailli achevait à peine ces mots, lorsque la pendule de la pièce où ils se trouvaient sonna minuit.

— Minuit ! s'écria Ghoisy avec un accent désespéré et comme s'il fût sorti d'un rêve.

Et laissant le bailli , il se précipita vers la porte du cabinet et s'échappa comme un fou.

M. de la Pinsonnière, stupéfait, entendit tirer sur lui les verrous de cette porte.

Mé*m&*if»imé9,

Éperdu , haletant , Ghoisy courut vers la chambre de Mathilde ; la nuit était sombre, et Ton n'entendait que les sifflements du vent dans les vastes corridors.

— Pourvu que j'arrive à temps ! pensa-t-il.

Tout d'un coup son oreille fut frappée d'un bruit étrange : à l'extrémité de la galerie où il marchait, Ghoisy reconnut le cliquetis de deux épées.

Les deux combattants étaient alors entièrement voilés à son regard par les ténèbres.

184 i*arbiv£e.

Ghoisy se précipita vivement dans la direction d*ûù le bruit partait; mais avant qu'il eût pu les approcher, Tun d'eux roula tout d'un coup sur le carreau.

Une lumière tremblotante parut en même temps au bout de la galerie ; c'était Bonju.

Ghoisy poussa un cri ; il s'était penché : l'homme qui venait alors de tomber, nageant dans son sang, c'était Luxeuil ; celui qui se tenait debout, l'épée nue, était Ghaville.

— Ghaville! Ghaville ici! s'écria Ghoisy, ah ! merci, mon Dieu, merci !

— Madame la comtesse, répondit Ghaville, je proteste ici que mes mains sont pures ! Cet homme allait s'introduire dans la chambre de Mathilde, lorsque j'en ai fait justice !

— Justice ! reprît Luxeuil en se soulevant avec effort et en se tournant vers la comtesse, justice! Tu n'échapperas pas à celle du roi, Ghoisy !

— Ghoisy ! répéta Ghaville anéanti de surprise.

— Oui, Ghoisy, Ghoisy que dans un moment ceux qui m'obéissent vont arrêter. Oh ! je savais bien que tu t'opposerais à mes desseins, noble ami, ajouta Luxeuil avec une ironie morne et glacée ; je savais bien que tu

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protégerais cette jeune fiile ! Mais je meurs vengé, Ton monte... n'entends-tu pas ce bruit de chevaux et d'hommes? Au Ghâtelet, i*abbé, au Chàtelet!... dit Luxeuil avec un rire effrayant.

Il n'acheva pas , sa tète retomba inanimée sur sa poitrine.

— Alerte! cria Bonju,sauvez-vous par cette porte!

Des pas lourds ébranlaient déjà les dalles sonores de la galerie, Choisy et Ghaville sui> virent l'intendant par le passage qu'il leur indiquait. Arrivés tous deux dans cette partie du château qui n'était autre que la tour du Nord , ils virent avec désespoir que le pontievis eu était gardé par un détachement assez fort pour que Choisy pût le croire appartenant à Luxeuil.

— Que veut dire ceci? demanda Choisy à Chaville.

Ghaville ne répondit pas , il considérait la comtesse dans une muette angoisse.

— £h bien, oui , monsieur, reprit Choisy , c'est moi que ces hommes vont arrêter; oui, je suis perdu, je suis l'abbé de Choisy !

Chaville demeura comme frappé de la foudre.

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Cependant le tumulte devenait plus intense; malgré les verrous que Bonju venait de tirer sur la porte du donjon, nul doute que les soldats de Luxeuil ne vinssent bientôt l'enfoncer, car ils s'approchaient de cet endroit.

— M. de Chaville , dit Choisy au jeune homme, vous le voyez, c'en est fait de moi, le péril est imminent. Dans cette occasion, je réclame de vous un grand service. Le ciel vous a déjà envoyé ici pour empêcher un crime odieux de s'accomplir, c'est vous aussi qui serez l'instrument de mon salut. M. de Chaville, ma vie est entre vos mains !

— Expliquez-vous.

— Oui, poursuivit Choisy, c'est un sacrifice que je vous demande... et je vous le demande au nom de Mathilde, de Mathilde qui, je m'y engage ici , sera votre femme avant trois jours.

— Mathilde , Mathilde ma femme ! reprit le jeune homme transporté ; eh quoi ! le bailli?...

— Le bailli ne lui est rien ; je connais son père... je me charge de le faire consentir...

— Parlez, ah ! parlez, qu'exigez-vous?

— Je n'exige rien, je vous conjure seulement... M. de Chaville, vous revenez sans Diane, mon cœur est brisé. Oh ! il faut que je

l'ahrivéb. 187

la voie ! D'un autre c6té. un grand danger nous menace; je vais être pris , mené à Paris, si quelqu'un ne consent ici à se faire passer pour moi... Là, dans ce cabinet où Bonju va vous conduire , vous trouverez des habits d'abbé , au perron de ce château une chaise de poste, celle où Luxeuil comptait m'emmener...

— Pour vous conduire où?

— Devant M. de Louvois.

— Et de là?

— Ah ! de là, ma foi, je ne sais, à la Bastille peut-être !

— A la Bastille !

— Mais il est impossible que, si vous prenez ma place , l'erreur ne soit pas bientôt reconnue. Encore une fois, vous serez libre, libre avant trois jours. Je me charge, sur l'honneur, de vous ramener Mathilde.

— Laisser Mathilde ici , jamais, oh! jamais, monsieur, reprit Chaville avec un sourire ironique où perçait le doute ; vous êtes l'abbé de Ghoisy !

— Vous vous trompez, monsieur, je ne suis point ici M. de Ghoisy, je suis le père de Mathilde !

— Vous !

— Moi ! c'est un secret que cette nuit

t8S L'ABftiriE.

fatale m'a révélé. Mainienani , me croyezvous?

Un pareil aveu, le ton de Choisy, sapàleur, l'altéralion de sa voix , mais par-dessus tout la franchise de son regard, tout porta un trouble indicible dans l'âme de Chaviile... Il regarda un instant celui qui lui parlait, et n'écoutant plus que les battements pressés de son cœur :

— Eh bien ! s*écria-t-il , oui , monsieur, je partirai ! Mais par ce cadavre encore sanglant, par les liens sacrés qui vous attachent à Mathilde , jurez-moi que jamais un autre époux...

— M. de Chaville , répondit Choisy, ma vie est à vous, et ma fille vous appartient !

— Les moments nous sont chers , quittonsnous, reprit Chaville.

— Oui, pour nous revoir avant trois jours, dit Ghoisy.

Chaville , aidé par Bonju , eut revêtu bientôt les habits de Tabbé. Il était temps. Les gardes de la prévôté frappaient du pommeau de leurs épées la porte de la tour du Nord. Chaville paf ut sur le seuil pendant que Bonju tirait le rideau de Tune des portières en brocatelle sur la comtesse.

— Je me rends i yos ordres, messieurs, dit Chaville d'une voix ferme, partons (

— L'abbé de Choisy I murmurèrent les gardes de la préyèté stupéfaits.

— Je vous remercie , messieurs, de m'a voir laissé le temps de changer d'habits, poursuivit Chaville.

La fureur des gens de Luxeuil se ralluma en passant devant le corps du chevalier. Il gisait encore sur le carreau, son épée au poing. A côté de lui était une mare de sang.

Au seul aspect du cadavre, Chaville ferma les yeux.

— M. de Choisy, dit alors Fun des gardes de la prévôté , vous aurez demain à répondre devant la justice d'un grand crime. M. de Luxeuil a été ici lâchement assassiné.

— Ce n'est point un assassinat, messieurs, c*est un duel , répliqua Chaville , et un duel loyal.

— Le Châtelet en jugera , reprit l'officier. Deux de ces messieurs resteront auprès du corps en attendant le bailli.

Un instant après, la chaise de poste de Luxeuil emmenait Chaville à tours de roues.

A peine venait-il de partir, que Choisy se dirigea vers l'appartement de Mathilde.

190 L*AiiiTn.

En proie à la plus eraelle angoisse^ 0 retint d*abord son souffle en se penchant sur le front de la jeune fille ; aucun soupir, aucun gestene trahissait la vie chez la malheureuse enfont : elle était évanouie.

Choisy demeura quelques secondes à la contempler dans un silence attendri. On eût dit qu'elle rêvait. Au baiser mouillé de pleurs qu'il déposa sur sa main , elle fit un mouvement.

— Oùsuis-je? murmura-t-elle en secouant sa torpeur; j'ai rêvé, je crois, oh! oui, j'ai rêvé !... Quoi ! c'est vous, madame la comtesse, vous que je retrouve agenouillée devant moi ?

— Mathilde, reprit Choisy, chère Mathilde, il faut que vous me suiviez.

— Vous suivre, dites-vous? oh ! pitié, madame, pitié ! Tout à l'heure encore, ils étaient là, là, devant moi, tous les deux! Puis, tout d'un coup, je n'ai plus rien vu, non, rien. Seulement, j'ai entendu le froissement de deux épées... M. de Ghaville, pourquoi n'est-il donc pas là?

— Vous le reverrez, Mathilde , vous le reverrez, et c'est pour cela qu'il faut me suivre. Un quart d'heure encore et tout sera préparé pour notre fuite...

l'akhivAb. 101

— Notre faite? Où donc allons-nous ?

— A Paris, Mathilde, à Paris, où j'ai pro* mis de vous ramener vous-même à M. de Cha- ' ville ; il est temps de partir, fuyons !

— Pardonnez, madame, je n'ai pas ma tète à moi; où donc est Diane? Je croyais la voir, lui parler encore tout à l'heure. Oh ! je le vois bien, c'était un rêve !

— Un rêve, vous dites vrai, il ne s'agit pas de Diane, mais de vous ; encore une fois vous ne pouvez, vous ne devez plus demeurer dans ce château !

— Mais mon père?... la présidente?

— Votre père? la présidente?... Chère MathOde, une fois à Paris vous saurez tout.

— Et je reverrai M. de Chaville?

— Vous le reverrez.

— Avec vous ?

— A mes côtés.

— Ah ! vous me rendez la vie. Je suis à vous , madame la comtesse ; ordonnez et j'obéis!

Mathilde se leva ; un rayon de joie et d'espérance illuminait son visage.

Un frappement léger retentît à la porte, c'était Bonju.

— Madame la comtesse , dit-il d'un ton de

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mystère, une voiture vient d'arriver, die est là... à votre grille...

— Une voiture?

— Oui , elle contient une religieuse et un frère qui raccompagne. Tous deux me sont inconnus, mais tous deux arrivent de Fabbaye du Val.

— De Fabbaye du Val ! murmura Mathilde.

— Tous les deux veulent vous parler, reprit Bonju.

— C'est bien, il suffit. Mathilde, je vais vous quitter, mais ce ne sera que pour un instant, dit Choisy en proie à tout le trouble de l'espoir. Seulement, je vous en conjure, oh! donnez-moi cette lettre...

— Cette lettre que j'ai reçue de vous, reprit Mathilde avec un transport de joie , eUe était pour Diane; oh! je l'ai gardée là, dans mon sein, la voici ( Fasse le ciel que cette religieuse du Val puisse vous apporter détonnes non* velles ! C'est peut-être la supérieure , ajoutât-elle. Mon Dieu ! ne me permettrez-vous pas de la voir?

— Tout à l'heure. .. peut-éûre..., répondit Choisy violemment agité; mais croyez-moi, chère enfant , il faut tout d'abord que je lui

tout i

L*AftlITtB. 193

parle... Il y va, MathUde, du bonheur de toute

ma vie !

-^ De votre bonheur? Ah ! je ne le sens que trop, le mien dépendra du vôtre ! Partez donc ; mais surtout revenez vite !

La comtesse des Barres quitta Mathilde , et descendit précipitamment l'escalier avecBonju. La religieuse et le frère de l'abbaye du Val l'attendaient dans une salle basse. Leur carrosse venait de s'arrêter au perron.

Le cœur de notre héros battait si violemment dans sa poitrine qu'il s'arrêta un instant devant la porte de la pièce qui renfermait les deux nouveaux visiteurs. En proie à tout le chaos d'événements dont il venait d'être à la fois l'acteur et le témoin, Ghoisy éprouvait une terreur vague, instinctive. 11 tenait en main la lettre écrite pour Diane, et il se demandait avec angoisse si cetter religieuse et ce frère qui l'attendaient n'allaieQt pas lui révéler quelque nouvelle entreprise tentée sur elle par la méchanceté de d'Hosberg. L'impunité protégeait si visiblement les démarches du comte, il venait encore d'échapper si miraculeusement à la justice, que Choijsy commençait à le croire doué d'un pouvoir surnaturel.

En poussant la porte de la salle où il entrait,

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Ghoisy réprima un cri de joie : il venait de reconnaître Diane.

A l'aspect de la comtesse , le frère qui accompagnait la religieuse rabaissa vivement son capuchon.

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La vue de la comtesse avait plongé Diane dans un étonnement singulier ; son visage, son air, tout, jusqu'au son de sa voix, lui firent dès l'abord l'effet d'un rêve. Quelle était donc cette dame qui la faisait appeler? qu'avait-elle à lui dire? et comment son messager ne lui avait-il donné que de vagues renseignements sur celle qui l'envoyait? Ces idées, qui avaient agité Diane pendant la route, s'effacèrent bientôt pour elle devant une étrange préoccupation. Non-seulement il lui sembla qiie cette

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personne ne lui était pas étrangère, mais elle éprouva un charme inyindble à la considérer comme un jeu bizarre de ressemblance. L'image de Choisy passa comme l'éclair devant ses yeux, mais à ce souvenir furiif succéda bientôt pour la religieuse de l'abbaye du Val une tristesse réelle qui serra son cœur et voila son regard de larmes subites. Cette altération momentanée des traits de Diane échappa à la comtesse qui n'examinait pas alors sans un secret sentiment de curiosité le frère qui accompagnait l'amie de Mathilde.

Le capuchon de ce moine couvrait la ligne de son front jusqu'à ses yeux saintement baissés vers le parquet, une corde grossière serrait sa robe tombante. Il venait de croiser les mains sur sa poitrine, et affectait de se tenir à l'écart.

— Nous ne somimes pas seuls, fit observer la comtesse à Diane en lui indiquant son guide du regard.

— Oh ! rassurez-vous, madame , répondit Diane, vous pouvez parler devant lui, devant mon libérateur !

— Que voulez- vous dire?

— Qu'il n'y a pas une heure, j'errais encore seule et presque perdue non loin de la HuUe

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des Quatre Loups, la chaise qui devait me mener ici s'était brisée, et je ne savais que devenir... quand tout d'un coup ce digne frère s'est présenté. 11 se dirigeait alors vers l'abbaye du Val, mais à peine m'eut-il entrevue qu'il m'a offert obligeamment la voiture où il était. J'ai accepté sa proposition, et me voici.

Pendant que Diane parlait, Ghoisy interrogeait avec une muette angoisse chaque ligne de son visage. Seize ans passés loin de lui avaient fait de mademoiselle d'Herfort une femme bien différente. Ce n'était plus là cette belle et coquette enfant brillant comme un lis de tout l'éclat de son teint, même au milieu des plus citées de la cour ; il semblait qu'un vent cruel l'eût desséchée, qu'un chagrin profond la minât. Toutefois, sous sa douleur même, elle s'était composé un maintien calme. Son regard avait appris au couvent à se baisser et à se relever par intervalles comme nn feu qui palpite ou qui s'éteint ; sa mélancolie, elle la renfermait en elle. En vérité Ghoisy eut peine à reconnaître sous ce voile noir comme un crêpe l'espiègle jeune fille qui animait tout chez lui de sa folle présence, il demeura frappé d'une mortelle douleur en voyant ces mains amaigries et ce front pâle. Quant à

199 LS MOINB.

Diane, 0 semblait qu'elle eût voulu se cacher pour échapper au r^ard de la comtesse.

— Voas m'avez demandée, madame, dit-elle d'un son de voix triste, vous voyez, je suis venue!

— Et vous avez bien fait, ma chère sœur, car de cette entrevue dépend pour moi le malheur ou le bonheur de ma vie !

Choîsy tressaillit en prononçant ces paroles, sa main tremblante serra la main de Diane.

— Vous me connaissez? demanda-t-elle, mais où donc m'avez-vous vue ?

Et son r^ard ému interrogeait cette fois celui de la comtesse avec un vague sentiment d'inquiétude.

— Oui, reprit Ghoisy, je vous ai connue, Diane, mais surtout j'ai connu, je connais encore quelqu'un qui vous aime ; ce quelqu'un est ici ; Diane, vous allez le voir !

— Mathilde ?... s'écria-t-elle ; vous voulez, n'est-ce pas, me parler d'elle, de Mathilde ? Elle est donc ici ! je pourrai la voir !

— Vous la verrez, Diane, mais cette fois ce n'est pas d'elle qu'il s'agit.

— De qui donc?

— D'un ami qui a été longtemps celui de votre nremière enfance, d'un homme dont le

LS BOflIB. 199

cœur battra toujours à yotre seul souyenir; celui-li, Diane, il est ici. Oh ! dites, dites-moi que TOUS ne l'avez pas non plus oublié, que vous pensiez à lui dans le silence même du cloitre, dans l'encens de la prière ! Cet ami, séparé de vous si longtemps, cet homme, dont pourtant vous avez brisé le cœur et provoqué le fatal exil, ai-je donc besoin de vous dire son nom? ne savez-vous pas que Choisy...?

— Arrêtez, madame, arrêtez, interrompit Diane en plaçant ses mains glacées sur celles de la comtesse; oh I cela est impossible... on vous a trompée... M. de Choisy est mort !

En disant ces mots, Diane , subjuguée ellemême par sa douleur, éclata en sanglots.

— Hélas ! reprit-elle, c'est de sa mère ellemême que j'appris cette nouvelle ! Pouvait-elle tarder à rejoindre ce fils chéri, elle qui ne vivait que par l'espoir ? u II reviendra, disait-elle; oui, Diane, il reviendra ! Je le reverrai, lui qui ne peut ignorer que ma vie n'est plus, depuis son absence, que misère et que torture !... D'ailleurs, continua-t-elle en couvrant mes joues brûlantes de ses larmes, celui qui nous voit d'en haut sait bien qu'il est nécessaire que je le revoie... Oh ! oui. Dieu sait bien que je ne puis m'éteindre sans qu'il soit à mon

dieret! » Et cependanl, madame la comtesse, il n'est pas reyenu, lui! Non, sa mère est morte en recevant celte lettre fatale timbrée de Vienne!

— De Vienne?

— Oui, de Vienne, où son fils était alors* Elle lui apprenait qu'une rencontre fatale avec un des officiers de l'emp^^ur...

— Mais c'est un mensonge! un mensonge infâme ! interrompit Choisy ; qui donc avait osé écrire cela? quel homme assez lâche...?

Le moine fit un mouvement.

— Nous l'avons toujours ignoré; mais, à la lecture de cette lettre, madame de Choisy tomba froide sur le parquet... Vainement m'empressai-je alors de la relever, elle ne put trouver quede vagues monosyllabes... « Diane, murmurait-eUe , chère Diane... écoute... oh! oui, un secret... c'est mon secret !... » Et elle est morte ainsi, emportant avec ellece secret-là dans la tombe... Oh! je l'ai pleurée, je la pleure encore ! voyez !

Diane s'arrêta ; les pleurs en effet brisaient ses forces. £n se retournant, elle entendit des sanglots.

— Vous aussi , dit-elle à la comtesse, vous aussi, vous l'avez connue ?...

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Choiày ne répondît pas, un combat violent, désespéré, s*élevait au fond de son cœur. Il eût donné sa vie pour savoir à quelle monstrueuse perfidie il devait la mort de sa mère ! Un soupir profond s'échappa de sa poitrine, ilétancha lui-même la sueur qui découlait de son front, puis regardant Diane avec une ineffable amertume , il lui remit la lettre qu'il avait donnée d'abord à Mathilde.

Diane prit le papier, et le déploya machinalement. A peine Teut-elle parcouru, qu'un cri de joie succéda à ses sanglots.

— Choisy! s'écria-t-elle , eh quoi! vous êtes Choisy?

— Oui, Choisy, reprit-il en l'étreignant sur son cœur avec des larmes, Choisy que vous avez méconnu ! Mais rassurez-vous, Diane, rameur de cet homme qu'on appelle le roi m'a bien vengé. Non , je n'aurai point le lâche courage de vous reprocher un éblouissement passager, un amour fatal qui ne pouvait faire que votre malheur !

— Ah ! reprit Diane avec un accent de fierté sincère, vous avez raison, je ne fus rien pour le roi ! la calomnie seule. ..

— Assez, assez, Diane, vous venez vousmême de m'apprendre ce que peut la calom-

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