‹ L'abbé de ChoisyChapitre 54 sur 56 · LE MOINE · texte numérisé non relu

LE MOINE

nie. C'est elle, vous le voyez, qui a tué ma mère, c'est elle qui m'a perdu près de Louvois. Car, pour que vous le sachiez, Diane, pour que mes paroles aient pour vous ici quelque prix , sachez que ce sont peut-être les dernières que je vous adresse. Un ennemi mortel m'a dénoncé, ma sûreté en ce château est compromise. Sans cet acharnement implacable qui me poursuit, me trouveriez-vous donc encore ici sous ces habits? ajouta Choisy en baissant la voix de façon à ce que le moine ne pût l'entendre. Aussi est-ce une prière suprême et solennelle que j'ai à vous adresser. Écoutez, Diane, il y a ici une jeune fille que tout à l'heure encore je voulais emmener avec moi malgré les dangers qui m'environnent; cette enfant, ma mère l'a aimée comme elle vous a aimée, Diane ; elle me connaît à peine, mais le ciel me dit qu'elle n'a plus que moi pour veiller sur elle, pour la chérir, la garder. Vous êtes maintenant, vous, sous l'aile des anges, autour d'elle rampe un démon. Je voulais, je devais la rassurer, j'espérais l'enlever, la cacher à tous les yeux... pour lui dire : « Mathllde, prends courage, je suis ton père ! » — Mathilde î s'écria Diane d'une voix émue par la surprise, Mathilde, elle, votre fille !

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— Oui, Mathilde ; plus tard, je vous dirai tout. Promettez-moi seulement de rester ici avec elle et de me l'amener avant trois jours, dès que vous aurez reçu de moi un exprès. Mathilde est votre amie, à qui mieux qu'à vous pourrais-je la confier? Me jurez-vous, Diane, de veiller sur elle comme ma mère a veillé jadis sur vous?

— Oh! je vous le jure! répondit Diane à peine revenue de son trouble. Vous venez, €hoisy, d'invoquer une mémoire à jamais sacrée pourmoi ! Cependant, ajouta-t-elle tristement, je n'ai jamais su ce que peut donner de joie au cœur l'amour d'un père ! Mais vous êtes le sien, il suffit, j'obéirai. Oui, avant trois jours...

Diane et Ghoisy ne virent pas le moine se rapprocher d'eux.

— Vous, me le jurez? répéta Ghoisy, avant trois jours...

— A l'arrivée de votre exprès, je le jure, je partirai avec Mathilde ! répondit Diane d'une voix ferme.

— Vous ne partirez pas! reprit derrière elle une autre voix.

Diane se retourna : elle vit le moine debout entre elle et Ghoisy.

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— Qœ YOQkfr^yoïis dire? demanda^t-eUe à cet haamie, émae et tremUante.

— Qae Yons ne poayez partir^ répondit le moine d'un ton impérieux; non, yoqs ne par* tirez pas !

— Et qui m'en empêchera? répliqoa-t-dle, en reprenant assurance dès qu'elle eut passé son bras au bras de Choisy.

— Moi! moi, votre père! fit le moine en se d^pigeant brusquement de son capudion.

— D'Hosberg! murmura Choisy, pâle de stupeur.

— Oui, d'Hosberg ! d'Hosbei^, qui Yonlait te porter ici ce dernier coup ! d'Hosbei^, le père de Diane !

— Tu mens !

— Oh ! je ne mens pas, je suis ce d'Hosberg que tu as rencontré jusqu'ici partout,. Choisy , et qui te foudroie avec un mot!... Regardemoi bien, moi aussi je suis déguisé! Tu as la robe d'une femme, moi celle d'un moine ^ tu es poursuivi, je le suis aussi; seulement on me relâchera, vois-tu, tandis que toi.^.

— Infâme !

— Va, tu ne sais encore que la première moitié de mon secret, il en est une autre que je te réserve !•••

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— C'est done en prison que In me la diras, misérable! A moi, quelqu'un f à moi ! Ah I je n'ai pas même une arme !...

Choisy se tordait alors dans un effort désespéré. Le comte le regardait avec une ironie froide.

D'Hosberg voulut saisir la main de Diane, elle le repoussa pleine d'effroi. Un bruit violent interrompit bientôt cette scène, les portes de la salle où se trouvaient d'Hosberg et la comtesse furent ébranlées. Des exempts de la maréchaussée de Bourges, faisant sans doute partie du détachement que Choisy et Chaville avaient vu posté à l'extrémité du pont-levis, ai&enaient à la comtesse un homme qu'ils venaient de surprendre dans son parc. Ce malheureux n'était autre que Palamède courant à la recherche de son oncle et de sa prétendue. Comme il portait des armes sous son manteau et que son air effaré pouvait témoigner fort bien du trouble d'une conscience mal en r^le, on l'avait pris pour le comte ou l'un de ses affidés. A peine entré, Palamède réclama à la fois son oncle et l'appui de la comtesse.

— 11 ne vous sera rien fait ; votre oncle va venir, rassurez-vous, monsieur, dit la comtesse des Barres à Palamède ; seulement, messieurs,

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ajouta-t-elle en se tournant vers lés exempts, veillez ici à ce que nul ne sorte de cette salle; je réponds du prisonnier !

Et en même temps la comtesse tira à l'écart Bonju qui venait d'entrer avec la foule.

— Bonju, lui dit-elle à voix basse, prends cette clef, et cours ouvrir au bailli ; il faut qu'il vienne, qu'il vienne à l'instant !

— Oui^ mais avant, prenez ce portefeuilléé.. je vous l'apportais.», je l'ai trouvé dans la poche de M. de Ghaville..*

— De M. de Ghaville, dis-tu?

— Oui, et il appartient au comte d'Hosberg!

— Au comte d'Hosberg? Donne.

Ghoisy s'empara du portefeuille ; il l'ouvrit, et en visita le contenu d'un œil avide;. Tout d'un coup son front se couvrit d'une pâleur terrible, puis il reporta sur d'Hosberg un regard où perçait la joie du triomphe.

D'Hosberg atterré, muet, avait vu le geste de Ghoisy ; quand celui-ci replia le portefeuille, il fit un pas.

— Arrêtez cet homme, s'écria Ghoisy en saisissant la main du bailli d'épée qui entrait, cet homme est le comte d'Hosberg !

— Le comte d'Hosberg ! reprit le bailli.

— Oui, le comte d'Hosberg, répéta le moine;

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mais ce que vous ne smet pas, c'est qae cette femme n'est autre que Fabbé de Choisy!

— Choisy! balbutia le bailli terrifié. Oh ï c'est impossible ! Eh quoi f madame la comtesse des Barres?...

— Oui , c'est sous ce nom qu'il prétendait échapper à la justice du ministre...

— £t c'est sous cet habit de moine que se cachait un empoisonneur !

— Un empoisonneur ! reprit le bailli.

— Lisez, monsieur, lisez, et faites votre devoir I

En parlant ainsi, Choisy donna au bailli le portefeuille.

•— Des lettres du chevalier de Lorraine! des lettres adressées au comte d'Hosberg ! dit le bailli d'une voix pleine d'épouvante. Vous étiez donc alors le complice de ce misérable?

— Son ami et son complice, reprit Choisy ; c'est lui qui a vendu au chevalier le poison qui devait tuer Madame !...

— Emparez-vous de cet homme^ messieurs, cria le bailli ^ voix haute ; l'ordre de Sa Majesté est formel, qu'il soit conduit au Châtelet de Paris à l'instant même !

— A merveille, Choisy; bien joué! reprit d'Hosberg. Vous, bailli , n'oubliez pas cepen-

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dant ce que je vous ai dit : cet homme est Choisy, je persiste à le déclarer, cet homme doit se Toir arrêté parle chevalier de Laxeaîl. Je ne partirai pas d'ici sans avoir vu le chevalier.

— Le chevalier est mort, dit Bonju, l'abbé de Choisy est parti en chaise sous bonne escorte ; vous voyez Men, M. le bailli, que cet homme est fou !

— Luxeuil mort ! Choisy arrêté ! que veut dire ceci? pensa d'Hosberg ; qui a pu prendre sa place ? Oh ! je le saurai, je le saurai ! Tu m'échappes, ajouta-Ml en se penchant à l'oreille de son ennemi pendant que les exempts l'entraînaient, tu m'échappes, Choisy; mais nous nous reverrons. Il le faut, d'ailleurs, j'ai à te parler de quelqu'un.

— De qui donc ?

— De ta mère 1

Choisy baissa la tête, anéanti, foudroyé.

— Marchons, marchons, messieurs, dit le comte d'une voix ferme.

Il venait à peine de sortir, quand Mathilde accourut et se jeta entre les bras de Diane.

— Ma sœur, chère Diane ! oh ! par pitié, dites-moi ce que signifient ce tumulte, ces gardes, cet homme qu'on entraine ?

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— Cet homme qu'on entraîne, reprit Diane égarée par son désespoir, c'est un empoisonneur, et cet empoisonneur, c'est mon père ! ajouta-t-elle avec un rire effrayant. Et vous, Mathilde, voyez-vous cette femme, cette femme aussi pâle, aussi troublée que je le suis ici moimême?

— La comtesse des Barres ?

— Non, plus la comtesse ; Ghoisy !

— Choisy!

— Et savez-vous ce que c'est que l'abbé de Choisy ? Cest votre père !

Jfff» tMet*.

Trois mois après ceci, l'Oiseau, vaisseau de guerre de cinquante canons, parti le 5 mars de la rade de Brest, passait sous un bon vent entre Porto-Santo et Madère , faisant voile ponrSiam.

Ce navire, Fun des meilleurs de la rade de 3rest, se composait à la fois d'officiers et de missionnaires, car ce n'était pas moins que la conversion du roi de Siam qu'il allait tenter.

L'aipbassade du roi de France se composait

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de M. le chevalier de Chaumont, de M. de Vandricourt, de M. de Goriton, et des chevaliers de Forbin et de Sibois. Dans sept mois au plus, elle espérait gagner Siam, par le cap de Bonne- Espérance, instruire dans la religion le roi de cette contrée, et en repartir au commencement de décembre.

Comme on le voit, le chef du comptoir de la compagnie française à Siam n'eût pas dressé un état plus exact.

Le roi de Siam une fois baptisé, l'ambassade revenait juste à Paris pour les feux de la Saint-Jean.

G*était véritablement un aspect curieux que celui de l'Oiseau^ suivi de près par la frégate laMcdigney que commandait Joyeux, lieutenant de port, avec du Tertre et Saint- Villiers.

Une campagne de douze mille lieues flattait encore plus Famour-propre de ces marins que la conversion d'un roi infidèle, et cependant ils s'étaient tous prêtés de la meilleure grâce du monde au régime nouveau de ce bâtiment.

Non-seulement on y faisait la prière matin et soir, mais on y chantait la messe aussi bien qu'à Notre-Dsone. On n'y jouait point aux cartes, on n'y jurait guère ; seulement, quand il y avait beau temps , on y dansait. Za MaUgne

s'approchait alors à la portée de la voix, on causait sans s'arrêter. Il y avait souvent assaut de danse entre les Provençaux et les Bretons.

Ce soir-là , c'était par une lune admirable, il y avait bal après le souper. M. de Ghaumont, l'ambassadeur, entouré de ses missionnaires, jugeait des coups. Deux Malouins venaient de faire des choses surprenantes : ils avaient dansé d'aussi bonne grâce que Pécour ou l'Étang de l'Opéra. Tout l'équipage se tenait en amphithéâtre sur les cordages, et de temps à autre on voyait les acteurs en descendre comme la foudre. 11 y avait eu même un Cochinchinois qui avait dansé, chanté et pleuré à la mode de son pays, quand tout à coup des cris s'élevèrent de l'entre-pont et vinrent frapper les oreilles de M. de Vaudricourt, le capitaine. La danse et les jeux furent suspendus, on rechercha la cause de ces clameurs, et l'on découvrit bientôt, à la lueur d'un fanal, cinq matelots se tordant au milieu des douleurs de l'agonie. Mécontents du carême que nul ne rompait à bord, ces malheureux s'étaient rejetés sur l'eau-de-vie, et ils expiraient brûlés. Tous cinq, au lieu de verres, n'avaient pas craint de prendre de larges écailles de tortues.

A la nouvelle de cet accident, il y eut dans

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le navire un bruit pareil à celui du vent sur la mer. La chaleur était étouffante, les voiles flasques, l'air sans nuage, on allait bientôt passer la ligne. Les matelots ne tardèrent pas à former des groupes animés ; chacun, comme il arrive, discourut sur l'événement à sa manière.

— Voilà ce que nous valent les rigueurs de nos officiers; nous forcer à vivre ici comme des pénitents ou des trappistes !

— N'avoir que du hareng et des merluches, quand ils ont sur leur table des dorades et des bonites !

— On a bien raison de nous faire prêcher la Passion !

— Avec cela que le vent est mauvais et que nous courons risque de retourner !

— Silence ! dit un autre ; voyez-vous cette affiche que l'on colle au pied du mât? Quelque nouvel édit contre notre estomac, c'est sûr!

— Vous allez voir qu'ils nous mettront à lsi ration du biscuit ! Us nous traitent déjà comme des Chinois !

— Qu'est-ce que cela leur fait, pourvu qu'ils jouent aux échecs avec leurs messieurs à robes noires?

L'ordre qa'on venait de placarder au mât, par ordredu commandant, ne fit qu'augmenter ces sourds murmures.

— C'est une horreur! une indignité! cria l'un des matelots; nous n'arriverons point à Siaui cette année, nous reculons et l'on nous coupe les vivres !

— Nous interdire l'eau-de-vie jusqu'au port de Batavia !

— Nous menacer, dans le cas d'ivresse, de coups de corde!

— Il ne manque plus que de nous faire apprendre le siamois.

— Pour moi, c'est fini, je m'embarquerai sur le premier navire portugais ou hollandais !

— C'est cela, nous sommes las de servir des capucins !

La révolte allait, se propageant comme un feu d'étoupes ; elle devint bientôt de nature à inquiéter. La Maligne se trouvait en ce moment à distance, et le temps lui-même annonçait un changement. M. de Vaudricourt parut sur le pont, au milieu de ses officiers ; il était suivi des abbés du Chaila et de Lionne.

Vainement essaya-t-il d*apaîser les plus mutins, il se vit accueilli par une tempête de réclamations.

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Adoptée dans le seul intérêt des matelots, cette mesure excita an tel tumulte, que le commandant se vit forcé de donner un ordre à voix basse au chevalier de Forbin, son lieutenant.

Le chevalier descendit, et reparut bientôt sur le tillac avec un homme vêtu de Fhabit ecclésiastique.

A son seul aspect, le silence se rétablit.

C'était un prêtre encore jeune , le front serein, l'œil aimable; un air de douce dignité accompagnait tous ses gestes. Il avait reçu les ordres le matin même, et le soir, retiré dans sa cabine, il y poursuivait la lecture des œuvres de saint Augustin quand le lieutenant vint le chercher.

Une grâce céleste brillait sur sa noble physionomie ; vous eussiez cru voir un ange nageant au milieu d*une auréole séraphique. Tous le connaissaient , tous Taimaient déjà , tant il y avait chez lui d'indulgence et de bonté, tant sa seule parole ou son seul regard allaient au cœur, il avait prêché deux fois devant cet auditoire grossier, et l'équipage entier lui avait battu des mains. Ce qui n*avait pas peu contribué à le rendre l'ami des matelots, c'est que dés le commencement de la tra-

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versée il avait toujours été avec eux, les empêchant de jurer, faisant embrasser ceux qui s'en voulaient, et proposant même des prix sur sa bourse à ceux qui se conduiraient le mieux. On ne se souvenait de l'avoir vu se disputer qu'une fois avec un missionnaire, et c'était pour savoir à qui soignerait les malades , ou aurait la dernière place à la table des officiers. En un mot, c'était le véritable chef du vaisseau, puisqu'on se taisait dès qu'il annonçait vouloir parler, et qu'après qu'il avait parlé, beaucoup de ces hommes se trouvaient meilleurs ou attendris.

Il eût été cependant facile à un observateur de surprendre chez cet homme une tristesse morne et résignée. Souvent on l'avait vu se lever la nuit en sursaut, et courir sur le tillac avec une agitation cruelle; il tournait alors vers la France son regard ému, éploré, laissant aux mandarins du vaisseau, qui faisaient grand cas de la lune, le soin de braquer sur elle leurs verres astronomiques. Les premiers jours surtout, il n'avait point pris de nourriture, et il avait fallu toute la bonne grâce du chevalier de Forbin pour le décider à faire avec lui table commune.

Gomme s'il eût voulu se dompter lui-même 2. 19

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par un travail assida, il s*était d'abord astreint aax mathématlcjnes, où les jésuites de ce navire excellaient, peut-être dans le but de les montrer au roi de Siam, puis aux mathémati' ques avait succédé l'étude du portugais et même du siamois. La sphère, le pilotage, la manœuvre ne l'empêchaient pas de donner une heure à Euclide, de sorte qu'avec l'heure du bréviaire, du diner et du souper son temps se trouvait rempli. Enfin, chose unique! û s'était fait à lui seul le maître de plain-chant des matelots, auxquels il comptait bien faire porter la chape dans l'occasion.

Ses seules récréations sur le navire étaient le jeu d'échecs qu'il se permettait le soir avec M. de Forbin , quelques conversations avec les marins, et la promenade qu'il faisait avec son ancien valet qui l'avait suivi.

Dès qu'il eut paru, son regard chercha machinalement ce serviteur qui lui était si tendrement attaché ; mais il ne rencontra que des figures animées par la colère. Bientôt cependant sa voix persuasive calma les murmures, il protesta de l'amour du commandant pour ses marins; grâce à lui, M. de Vaudricourt parvint à se faire entendre. L'abbé vint à son secours par une touchante exhortation. La

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mort des malheureux qui passaient ainsi des bras du sommeil et de l'ivresse entre les bras du juge redoutable lui fournit des traits qu'eussent enviés firîdaine et Bourdaloue. Ce fut un triomphe inespéré pour le capitaine que de voir rentrer peu à peu dans l'ordre ces hommes indisciplinés sur qui l'éloquence a rarement prise, et que quelques mots partis du cœur ramenèrent à leur devoir. Il s'approcha de l'abbé, et lui fit signe de le suivre.

— M. de Choisy, lui dit-il, c'est vous, je le vois, qui convertirez le roi de Siam mieux que mon bataillon de missionnaires !

— Pour cela, capitaine, il faudrait d'aboi'd que je susse à fond le siamois ! répondit Choisy en souriant. Mais trêve de compliments entre nous, ne savez-vous rien de nouveau sur le prisonnier de la Maligne? Ce que vous m'en avez dit hier au soir a piqué, je l'avoue, ma curiosité jusqu'au vif.

-— M. de Choisy, répondit M. de Vaudricourt d'un ton sérieux, si j*ai eu un tort, c'est peut-être de vous parler de ce prisonnier. Maintenant, retenez ceci, ajouta le capitaine avec un regard perçant et froid, nul n'a le droit à mon bord, pas même moi, de s'occuper d'un secret d'État.

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