‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 103 sur 156 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

(( Telles sont les considérations qui démontrent avec évidence aux ministres des Etats de la confession du concile de Trente que la religion, non-seulement ne perdra rien, mais même quelle gagnera à laisser présentement aux prêtres l'ancienne liberté de se marier, qu'ils avaient autrefois, liberté qu^avaient les apôtres mêmes, leurs disciples, et les saints prélats et évêques des trois premiers siècles. Quelqu'un proposa au concile de Nicée, Tan 325, d'ordonner aux évêques de se séparer de leurs femmes; mais cette proposition fut sagement rejetée.

« Ce sont apparemment les mêmes considérations qui, à ce que l'on dit, portèrent un jour le pape Pie II à dire, en parlant du célibat des prêtres ; LÉglise latine, pour de bonnes raisons, a défendu autrefois le mariage aux prêtres; mais, pour d* autres meilleures raisons, elle devrait le leur permettre présentement. »

Après cet exposé, l'auteur examine « les motifs de politique » qui devraient porter les princes à réclamer l'abolition du célibat des prêtres. Parmi ces motifs, l'obstacle que le vœu du célibat oppose au développement de la population est à ses yeux le plus important. Il arrive ensuite aux u moyens à employer pour rendre aux prêtres leur ancienne liberté sur le mariage. » Préalablement, il voudrait qu'un bureau fût constitué pour rechercher ces moyens et proposer l'adoption des plus convenables. Ce bureau constitué, il voudrait que les princes s'entendissent pour négocier cette importante affaire avec la cour de Rome, et, comme il nigiiorait pas le pouvoir que l'argent exerce dans les négociations de ce genre, il proposait d'intéresser le pape à l'affaire, en achetant pour les prélres les dispenses du célibat. Le produit de ces dispenses, qui s'élèverait à une somme considérable, serait employé à faire des pensions aux cardinaux pauvres, à racheter des captifs, etc. Enfin, dans le cas où la négociation échouerait, on pourrait réunir des conciles

nationaux, qui auraient à la rigueur Taulonlé nécessaire pour résoudre celte question de discipline ecclésiastique. Finalement, le bon abbé résume ainsi son projet :

ff I. Le célibat des prêtres est de pure discipline ecclésiastique, que rÉglise peut changer pour la plus grande utilité des fidèles.

(r II. Il serait très-avantageux aux États catholiques romains que cette discipline fût changée et que les prêtres fussent dispensés de faire vœu de célibat.

« III. En attendant un concile, ou national ou général, il serait convenable que la cour de Rome, pour l'expédition des dispenses, reçût par aumône une somme de ceux qui voudraient avoir cette liberté.

« Telles senties trois propositions que je m*étais proposé de démontrer. »

Bien d'autres considérations pourraient être invoquées encore à Tappui de la thèse du bon abbé. Ainsi il n'est que trop évident que l'obligation du célibat, imposée au clergé catholique, est la source d'une foule de désordres moraux ou politiques, qui constituent pour la société une véritable nuisance. En supposant même que le vœu du célibat soit rigoureusement observé, et Tesî-il toujours? les appétits matériels en sont-ils mieux refrénés? n'arrive-t-il pas trop souvent que la compression absolue de Tun donne aux autres une activité extraordinaire et presque maladive? n'est-ce pas ordinairement chez les hommes à qui une continence excessive est imposée que l'on voit se développer, au plus haut degré, les vices honteux de la gourmandise et de l'intempérance? ou, s'ils parviennent à dompter en-' tièrement leurs appétits matériels, — et il n y a guère que les natmes d'éhte qui aient ce pouvoir, c'est-à-dire le petit nombre, — ne voit-on pas croître, en proportion, d'autres appétits plus relevés, mais dont l'excès n'est pas moins pernicieux, tels que le goût de l'intrigue et l'amour de la domination? Refuser

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