‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 112 sur 156 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ciïcts de riniaginalioii dans les songes, el parce que le fanalisme est une maladie très-contagieuse entre ignorants.

« Cependant, connme ils ne voulaient pas passer pour fous, ils convinrent de garder le secret des révélations de Mahomet, et de ne les découvrir qu'à gens qui pourraient y avoir foi. Ainsi le fanatisme devient naturellement mystérieux. Or le mystère y ajoute une nouvelle force, parce qu'il est à couvert de la contradiction et de la moquerie, et resserré entre personnes toutes malades de la même maladie, et qui s'y fortifient muluellement.

« Il est viaisemblable que le fanatisme de bonne foi, que celle maladie de visions ne dura que quelques années dans Mahqmet. Ces sortes de maladies ont coutume de disparaître à mesure que le boa sens, l'expérience et la raison croissent, et à mesure que Ton rencontre des contradictions. Mais il est également vraisemblable que Mahomet, voyant les effets utiles que cette espèce de folie lui avait produits et la grande confiance que les autres avaient prise en lui, jugea qu'il foUait faire semblant d'avoir toujours des conversations avec l'ange Gabriel , tant pour agraudir sa réputation et sa fortune, que de crainte de passer pour avoir été fou et visionnaire durant quelques années.

« Il cessa donc alors d'être véritablement fou et fanatique de bonne foi ; mais, en disant et soutenant qu'il était toujours inspiré de Dieu et éclairé par les conversations de Tange Gabriel, il commença d'être menteur et imposteur, el il résolut de continuer son imposture jiour réussir dans les desseins ambitieux qu'il commença de concevoir, et de profiter ainsi de la maladie de ceux qu'il avait rendus malades.

(f Je suis donc persuadé que Mahomet .a été d'a15ord le premier trompé par ses visions, c* est-à-dire le premier malade, parc^e que sa maladie n'eût jamais été contagieuse si elle n'eût

élé maladie. H faut trop d'esprit pour faire sentir, pour faire croire ce que Ton ne sent point, ce que Ton ne croit point; et, ni Malebranche, que je viens de citer, disciple de Descartes, ni Descartes lui-même, qui surpassaient Mahomet cent mille fois en lumières et en connaissances, n'auraient jamais eu assez d'esprit pour persuader l'ignorante Cadiga des révélations de range Gabriel, substance qui lui était absolument inconnue. Mais Mahomet, ignorant, malade de visions, fait facilement avec sa maladie contagieuse et avec la disposition machinale de Cadiga et des autres, séduits avec le secours de Tignorance et des préjugés, ce que Descartes n'aurait jamais pu faire avec son grand esprit, faute d'étonnement et de crainte.

a L* illusion du fanatisme a c^la de naturel, que c'est un composé de contradictions. Ces sortes d'ouvrages de Timaginalion n'ont presque jamais rien de bien lié, de bien suivi, de bien conséquent dans leurs parties ; ils n'ont rien qui ait la solidité et la durée des ouvrages de la raison, dont les parties sont toujours exactement liées eusemble.

« Il est vrai que les bons fanatiques ne sont pas effrayés du peu de liaison, ni même des dispositions et des contradictions de leurs opinions, surtout quand, dès l'enfance, ils y sont accoutumés. Hais, lors({n'ils rencontrent dans des personnes de bon sens des cx>ntt*adictions, ils commencent alors à soupçonner d'erreur et d'illusion ce qu'ils avaient pris jusque-là pour des vérités constantes. Et tel fut Mahomet, qui, tandis qu'il était fanatique de bonne foi, se croyait prophète, et qui, désabusé, voyant que son fanatisme lui était devenu fort avantageux à lui et à sa famille, continua à le débiter. C'est ainsi que de la prO' phétie illusoire il passa à l'imposture réelle.

« Tels furent plusieurs d'entre les premiers disciples de Mahomet. Ils reconnurent tous facilement l'illusion. Mais^ comme ils se trouvaient intéressés à soutenir et à fortifier ces illusions»

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