CHAPITRE VÏII
loin de nuire à Mahomet dans ses desseins et voyant qu*il y avait du bon et du vrai dans ses maximes, loin de le contredire publiquement, ils s'attachèrent à sa forlune naissante et le servirent, au contraire, de toutes leurs forces pour lui attirer de nouveaux disciples, de nouveaux sujets, et pour profiter des succès de sa fortune.
« On cherche toujours à être plus riche, plus considéré, plus honoré. -Ainsi on en revient toujours à la nature, natxiram expellas furca, tamen usque recurret. 11 est vrai qu'il faut pour cela user de tromperie ; mais la plupart des hommes y sont entièrejnent disposés, quand la tromperie tend à rendre les autres plus justes et plus bienfaisants, quand la tromperie est innocente et quand elle est fort utile aux trompeurs. Ce ne sont pas des dispositions fort vertueuses, mais c'est la nature toute pure et toute commune.
« Tel fut Abou-Becker, un des beaux-pères du proplièle. Car, voyant Mahomet dire quantité de rêveries et d'extravagances, dans un accès de fièvre de la maladie dont il mourut, il fit fermer la porte à tout le monde, de peur que les fanatiques de bonne foi n'en fussent scandalisés et ne le regardassent plus comme prophète. Ce fut lui qui, pour persuader que Mahomet était vraiment mort, fut obligé de citer un endroit de TAlcoran dans lequel Mahomet parlait de sa mort future.
(( Tel fut Aboul-Sophian, commandant général de la ville de la Mecque, son ennemi déclaré, qui, se voyant vaincu, alla très-habilement dire à Mahomet qu'il voyait présentement, par les succès miraculeux de ses armes, qu'il était le prophète de Dieu, et qu'il abjurait ses erreurs pour se soumettre à sa religion. Il gagna, par cette habileté, la confiance de Mahomet, qui ne lui ôta aucune partie de ses biens et qui lui en donna même de nouveaux. Il servit bien Mahomet et se trouva bien de son hypocrisie.
({ Tel fut Melek, un autre chef de ses ennemis, à qui il rendit tous ses biens. Plusieurs de ses disciples sentaient bien que
Mahomet n était qu'un homme comme eux ; mais, comme ils voyaient, d'un côté, que le fond de sa religion était raisonnable et portait les hommes à la justice et à la bienfaisance, et que, de l'autre, ils pouvaient devenir plus riches en le prenant comme prophète, il ne faut pas s'élonner si, pour favoriser son imposture, ils devinrent eux-mêmes imposteurs.
« Voici donc en abrégé les causes de rétablissement du maiioméHsme :
« i . L'imagination du premier fanatique plus susceptible de visions, d'apparitions, de songes fiévreux que les autres Arabes. 11 était, d'un côté, très-disposé au fanatisme, et, de Tautre, très-capable d'éloquence; car les personnes d'une imagination vive ont une grande disposition à l'éloquence et à la poésie.
(( 2. L'imagination des Arabes plus forte et plus vigoureuse que celles des nations du Nord.
a 3. L'imagination de Mahomet forte entre celle des Arabes.
f 4. Ses voyages et ses conversations avec des chrétiens et des juifs lui remplirent l'imagination d'un plan confus de religion.
« 5. Il y avait plus de raison dans son système de religion que dans celui des Arabes, la plupart vrais idolâtres. Ils croyaient, à la vérité, à un Dieu suprême, mais ils croyaient aussi à une infinité de petites divinités mâles et femelles, parmi lesquelles ils adoraient Adam, Abraham, etc. Or, à la longue, la raison fait impression même sur ceux qui se gouvernent le plus par rimagination.
« 6. Le succès de son fanatisme l'encouragea.
« 7. Le point d'honneur l'empêtîha de s'avouer visionnaire.
« 8. L'intérêt et Tambition le soutinrent et le firent imposteur apràs qu'il eût cessé d'être fanatique de bonne foi.
« 9. Ses principaux disciples, désabusés, soutinrent l'imposture par point d'honneur, par intérêt et par ambition.