‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 114 sur 156 · CHAPITRE Vin. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin. m

« 10. La force se joignit à Timposture. Homme brave qui, avec le secours du fanatisme, rendait ses soldats encore plus braves; car ils en étaient venus à croire qu*en mourant dans le combat ils entreraient de plein saut dans un paradis de délices, où ils auraient dans toute l'éternité les plus belles femmes, des jardins délicieux et les autres plaisirs sensibles à souhait.

« 1 1 . Le succès de ses combats et ses grandes conquêtes, dans lesquelles il tuait tout ce qui résistait, et rendait les biens à ceux qui se déclaraient de sa religion.

(( i2. Cette religion consistait en une formule de foi bien courte. C'étaient deux propositions qui renfermaient tous les autres articles de foi ; Il ny a qu'un Dieu, et Mahomet est son prophète. Chacun, en disant publiquement ces mots, était sûr de conserver sa vie et ses biens ; et, effectivement, ces mots : Mahomet est son propliète, c'est-à-dire inspiré miraculeusement, suffisent pour prouver que tout ce qu'il dit et tout ce qu'il écrit est divin.

« 13. 11 avait remarqué que la grande dévotion des Arabes était le pèlerinage à la Mecque; il conserva l'ancien temple, il ne fit qu'en ôter les idoles.

c 14. Il n'y a pas une page dans TÂlcoran dans laquelle il ne menace de Tenfer les mécréants et dans laquelle il ne promette le paradis aux croyants, ou du moins dans laquelle il ne fasse quelque peinture de l'un ou de Tautre.

« 15. Celte idée du paradis et de l'enfer était une idée que les Arabes n'avaient point ou qu'ils n'avaient que confuse et incertaine. Elle était agréable à tout le monde, puisque chacun pouvait acquérir le paradis à bon marché par la confession de foi abrégée que je viens de dire. L'enfer et ses peintures faisaient encore plus d'effet sur les imaginations fortes et vives.

« 16. Disposition des imaginations des auditeurs ignorants à croire, à admirer, à désirer et surtout à craindre.

«17. Imagination plus disposée à l'admiration, à l'espé-

rance et à la crainte, à proportion de Tignorance et de la chaleur du climat.

« 18. Permission autorisée de Dieu même d'avoir plusieurs femmes et même des concubines, chose fort agréable aux Arabes et à tous les habitants des pays chauds. Voilà des causes simples et suffisantes.

a La principale cause de notre étonnement vient de ce que nous nous imaginons que les Arabes sont des hommes comme nous, au lieu de nous mettre effectivement à la vraie place des Arabes très-ignorants. Il est vrai que cela n*est pas aisé. Nous . pourrions peut-être en venir à bout en nous souvenant de nos idées et de nos manières de juger de notre âge de quatre ou cinq ans, où nous étions peut-être plus éclairés que n'était alors sur ces matières le commun des Arabes. Mais enfin, pour juger de la nécessité des effets, il faut avoir attention à la puissance des causes.

« Dès qu'on a pu entrevoir les causes naturelles de cet établissement, on n'est plus surpris ni de son progrès, qui devait naturellement suivre le progrès des conquérants mahoméfans, ni de sa durée, à laquelle tant de gens se trouvent intéressés et qui ont pour secours les préjugés de l'enfance et de l'éducation.

XIY

« Dès qu'il y a à gagner dans la profession de prédicateur, il n'est point étonnant que les ministres de cette religion emploient toutes les forces de leur esprit à cacher et à affaiblir les contradictions et les absurdités de l'Alcoran, qui sont les productions naturelles d'une imagination ignorante et fiévreuse.

Aussi disent-ils que ce sont des mystères dont on n'aura la

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