‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 115 sur 156 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

révélation qu'au jour du jugement; qu'un livre dicté par Dieu même ne saurait contenir que des vérités ou des mystères respectables; que ce sont des allégories sublimes, qu'il fallait des paraboles grossières à un peuple grossier.

« La vérité est que toutes les visions du maliométisme sont pleines de contradictions, qui ne peuvent guère se soutenir et s'excuser que par des fanatiques ou par des gens d'esprit intéressés au fanatisme. Elles n'ont rien de solide et ne peuvent soutenir l'examen de la raison sans s'évanouir en fumée; et c'est pour cela que ceux qui gouvernent avec tant d utilité les fanatiques musulmans crient si haut contre la raison.

« La plupart des ministres d'État et plusieurs ministres de la religion mahométane sentent ces contradictions, ces absurdités, et les prennent pour ce qu'elles sont en effel. Mais, comme elles tiennent à leur fortune, ils appuient le fanatisme comme un métier très-lucratif; ils n'ont garde de travailler à le faire cesser, de peur de faire cesser leur fortune; et il y en a même plusieurs qui, n'étant pas plus éclairés que le peuple, restent toute leur vie de bonne foi persuadés de la vérité et de la sainteté de cette religion. Telle est, dans les hommes, la force des premières habitudes, et il y en a des millions si bien persuadés, que dans la certitude où ils sont d'entrer en paradis, ils perdraient volontiers la vie pour soutenir la vérité de ces erreurs.

« Les Turcs croient que Tange de la mort a écrit le moment de leur mort, et qu'ils mourront ou dans le combat ou dans leur lit, dans le moment marqué dans le registre par l'ange de la mort. Cette opinion est utile à leurs généraux d'arméc; plusieurs soldats en craignent bien moins le péril dans les batailles.

(( Mais, me dira-t-on, avec des causes si simples, si naturelles, pourquoi ne s*est-il pas élevé dans le temps même de Mahomet d'autres visionnaires de bonne foi, qui aient prêché d autres révélations et fait un nouvel Alcoran^ Je réponds qu'il s'en est élevé aussi plusieurs; mais, comme ils n'ont pas eu les mêmes circonstances favorables, ils n'ont pas aussi eu le même succès.

tt Tel fut Mozoiléma, qui fit aussi un Alcoran, qu'il croyait apparemment dicté par quelque ange; tel fut Afouad, dans le pays des Uomérites, et d'autres encore. Mais, comme ils furent bientôt vaincus avec leurs sectateurs, leur fanatisme, peu soutenu par la force, finit avec leur vie.

(( Si Aboul-Sophian eût été plus habile capitaine et eût eu la capacité de former de meilleurs officiers et de meilleui-s soldats, il eût vaincu Mahomet, l'ancienne idolâtrie de la Mecque eût subsisté et le mahométisme périssait avec son auteur de la même manière que périt le fanatisme de Mozoiléma.

« On peut donc dire que, comme les victoires contre Aboul- Sophian ont été fort disputées, il n'a tenu presque à rien que nous n'ayons jamais entendu parler ni de Mahomet ni de son fanatisme.

« Car, enfin, qui de nous a connaissance des petites guerres d'entre les Arabes qui ont précédé Mahomet? Et, si les victoires contre quelques faux prophètes contemporains de Mahomet et contre leurs disciples nous sont connues et n'ont pas été ensevelies dans l'oubli, nous en avons l'obhgation à un fanatisme plus heureux et mieux conduit, dont il a fallu faire l'hisloire, et son histoire a été obhgée de parler de quelques contradicteurs tels que Mozoiléma.

Page 1