CHAPITRE Vin
feu chevalier de tiotot, un de ceux qui étaient avec lui lorsqu'il se noya, je lui marquai Tendroit même, et qu'en comptant les arbres d'un certain côté que Desfoutaines m'avait spécifié, j'allai droit à l'arbre et je trouvai son écriture : il me dit aussi que Farticle des sept psaumes était vrai et qu'au sortir de confession ils s'étaient dit leurs pénitences. Son frère me dit depuis «ju'il était vrai qu'à cette heure-là il écrivait sa version et qu'il se reprocha de n'avoir pas accompagné son frère.
a Gomme je passai plus d'un mois sans pouvoir faire ce que m'avait dit Desfontaines à l'égard de son frère, il m'apparut encore deux fois, avant dîner, à une maison de campagne où j'étais allé à une lieue d'ici. Je me trouvai mal, je dis qu'on me laissât, que ce n'était rien, que j'allais revenir. J'allai dan^ le coin du jardin. Desfoutaines m'ayant apparu, il me fit des reproches de ce que je n'avais pas encore parlé à son frère, et m'entretint encore un quart d'heure sans vouloir répondre à mes questions.
(( En allant, le matin, à Notre-Dame de la Victoire, il m'apparut encore, mais encore moins de temps, et me pressa toujours de parler à son frère, et me quitta en médisant toujours : Jusques, jusqueSy et sans vouloir répondre à mes questions.
« C'est une chose remarquable que j'eus toujours ime douleur à l'endroit du brus qu'il m'avait saisi la première fois jusqu'à ce que j'eusse parlé à son frère; je fus trois jours que je ne dormis pas une heure de l'étonnemeut qù j'étais.
« Au sortir de la première conversation, je dis à M. de Varouville, mon voisin et mon camarade d'école, qui est à présent à l'armée, dans le régiment de Touraine, que Desfoutaines avait été noyé, qu'il venait lui-même de m'apparatlre et de me le dire. Il s'en alla, toujours courant, chez les parents du mort pour savoir si cela était vrai. On en venait de recevoir la nouvelle; mais, par un malentendu, «il comprit que c'était Tainé; il m'ussura qu'il avait vu la lettre de Desfoutaines, et il le croyait ainsi. Je lui soutins toujours que cela ne pouvait pas être et
que I>esfontaines lui-même m'était appani. Il relourna, il revint et me dit en pleurant : Cela n est que trop vrai.
« 11 ne m'est rien arrivé depuis, et voilà mon aventure au naturel. On la contée diversement, mais je neTai contée que comme je viens de vous la dire.
« Le feu chevalier de Gotot m'a dit que Desfontaines est aussi apparu à H. de Hesnil-Jean; mais je ne le connais point; il demeure à vingt lieues d'ici, du coté d'Argentan, et je ne puis en rien dire de plus. »
Voici maintenant l'explication tout à fait terre à terre que donne le bon abbé de ce phénomène, en apparence si extraordinaire. Cette explication, qui a d'ailleurs le défaut d'être un peu prolixe, ne satisfera pas les gens qui croient aux revenants; mais elle prouvera du moins que Fauteur du Projet de paix perpétuelle, si souvent qualifié d* esprit chimérique, était bien moins enclin à prendre des fantômes pour des réalités qu'un bon nombre de ses contemporains et même des nôtres.
111. RÉFLEXIOfiS GÉNÉRALES POUR EXPLIQUER CET ÉVÉKEHEKT PAR LES CAUSES NATURELLES. — C TcHc fut l'IlistoirC du bOH
M. Bezuel, que nous écoutâmes avec beaucoup d'attention et quelques-uns même avec beaucoup d'étonnement; car un homme étonné et persuadé communique facilement son étonnement à ceux qui l'écoutent. Il n'est point de trompeiurs plus séduisants que ceux qui sont les premiers trompés.
« Voilà riiistoire dans sa naïveté, c'est-à-dire dans tout son merveilleux, et voici les causes naturelles de cette apparition, telles que je les imagine.
(( Dans ces sortes d'événements tout n'est pas faux et imaginaire, mais aussi tout n'est pas vrai et réel. Il y a du vrai, et ce vrai, dont les causes naturelles sont entièrement inconnues aux ignorants à qui ils arrivent, devient pour eux une merveille, un prodige du premier ordre. Ils sont les premiers effrayés, et, par une communication organique de sentiments et