‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 12 sur 156 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

« 2 . Les liens de toute société se réduisent à deux : le premier, et le moins fort, est Tespérance ou le désir d'augmenter son bien; le second, et le plus fort, c'est la crainte de voir diminuer ses biens et augmenter ses maux. Souvent, les biens que procure la société, quoique très-grands, ne sont pas connus, faute d'attenlion et d'expérience, par les jeunes gens, par les esprits superficiels, ni par ceux qui sont agités de passions passagères; ainsi ils ne se trouvent pas alors suffisamment engagés à entretenir la société; ilsont besoin alors, comme los enfants, d'envisager une punition certaine, prochaine et suffisanto, destinée à quiconque en violerait les lois fondamentales.

CîiNQLlÈME ARTICLE.

(( Les alliés sont convenus que les plénipotentiaires, à la pluralité des voix pour la définitive, régleront dans leur assemblée perpétuelle tous les articles qui seront jugés nécessaires et importants pour procurer à la grande alliance plus de solidité^ plus de sûreté, et tous les autres avantages possibles; mais l'on ne pourra jamais rien changer à ces cinq articles fondamentaux que dn consentement unanime de tous les alliés

Éclaircissement,

« 1. Il est évident qu'il restera encore beaucoup d'articles qu'il sera important de régler, tant pour la sûreté et pour la durée de la grande alliance que pour le bien commun des grands alliés; mais cela se peut faire facilement dans rassemblée continuelle, par les plénipotentiaires qui auront leurs instructions.

(( 11 sera nécessaire, par exemple, de régler quels seront les souverains qui auront une voix complète et quels seront les souverains qui n'auront qu'une voix formée de la pluralité des voix non complètes, pour avoir, durant un an, chacun à leur tour, droit de plénipotentiaire, les uns plus, les autres moins de jours, à proportion du revenu de leurs États.

f II esl de même nécessaire de choisir la ville de paix ou d'assemblée, du moins par provision.

ff 11 faudra slatuer sur Tincompatibilité des souverainetés sur la tête d'un même souverain, comme il a -été statué à regard des couronnes de France et d'Espagne, et de convenir que deux souverainetés qui auront chacune une voix complète ne seront jamais possédées par un même souverain, et que les successions des souverainetés ne pourront jamais être adjugées qu'aux souverains qui n'auront qu'une voix complète.

« Hais il y a une observation de la dernière importance à faire, c'est que tout ce qui se peut décider à la pluralité, par provision et aux trois quarts des voix pour la définitive, ne peut jamais être regardé comme un obstacle insurmontable. Cette observation lève une infinité de difficultés que le lecteur pourrait se faire à lui-même sur la difficulté de la convention.

« 2. 11 est à propos, à l'égard des articles du traité fondamental, que chaque allié soit sûr qu'il n'y sera jamais fait aucun changement que de son consentement, et qu'ainsi tout son territoire actuel lui sera toujours couservé en entier à lui et à sa postérité par une société toute- puissante et immortelle.

(( 5. Il est important, pour faciliter le premier pas de la convention, d'en réduire les articles au plus petit nombre qu'il est possible, parce que le premier pas, dans toute convention, est toujours ce qu'il y a de plus difficile, et que, ce premier pas, dans une convention avantageuse, étant fait, naturellement les parties sont intéressées à convenir, du moins à la pluralité dos voix par provision, de tout ce qui est nécessaire pour procurer à la société tous les avantages possibles.

« Tels sout les ciuq articles fondamentaux néc^snires pour rendre la paix durable et perjiétuelle. »

Ce projet établissait donc une grande alliance européenne, eu prenant pour base rélat actuel de possession. Chacun des Étals engagés dans cette alliance devait mettre à son service

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