CHAPITRE Vin. 30J
tibles et qui sont marquées au coin des songes; on y en découvre bientôt quelque fait qui se dément et que Ton ne saurait expliquer comme réel par les règlç^ ordinaires du bon sens. Et c'est particulièrement à ces petites incompatibilités insensibles pour le commun des gens d'esprit, mais remarquées avec soin par les esprits justes et solides, que l'on peut reconnaître dans les histoires surprenantes la part qu'y peut avoir la vérité, et celle que peuvent y avoir l'imagination et le mensonge. »
V. Utilité des explications physiques des prodiges.— « Les fanatiques croient fort volontiers que Dieu veut leur faire entendre sa volonté par des prodiges, et de là il arrive qu'ils attribuent souvent à l'Être parfait des volontés très^éraisonnables et très-injustes.
€ Il est certain, par l'expérience de tous les siècles et de toutes les nations, que le fanatisme cause souvent parmi les peuples des séditions, des rébellions, des persécutions, des violences, des meurtres, des incendies et même des guerres civiles, qui sont les plus grands maux de la société et des suites naturelles de volontés très-injustes et très-déraisonnables.
« De là il suit que tout ce qui peut servir à diminuer le fanatisme dans les esprits est très-utile pour maintenir la tranquillité de la société.
c Le fanatisme vient de plusieurs sources, mais la principale c'est l'ignorance des causes simples et ordinaires des effets extraordinaires et prod^ieux de la nature.
« Pnrmi ces effets extraordinaires sont les songes de la nuit, qui sont suivis, par hasard, de quelques réalités et de quelques événements qui ont rapport à ces songes. Or il serait utile de désabuser les hommes deâ erreurs où tombent ceux qui ajoutent quelque foi aux songes, comme à des avertiscments de la Divinité. Nos passions ne nous causent déjà que trop d'illusions, que trop de craintes et d'espérances vaines et mal fondées.
c Mais, outre les songes nocturnes, il y a encore des songes
du jour bien plus imposants, c est-à-dire des apparitions et des dialogues qui se font dans le cerveau de celui qui a dans les liqueiu*s et dans les glandes de son cerveau une sorte de fièvre et d'agitation si forte, que Faclion des objets sur nos sens extérieui^ ne fait pas d'effet sensible sur le sens intérieur, c'est-àdire sur Tâme, à cause de l'agitation extraordinaire et intérieure des esprits et des fibres du cerveau.
« Il y a bien du faux dans les récits des prodiges qui arrivent ou dans Tair ou sur la terre, ou aux hommes ou aux animaux. Hais il y a souvent du vrai et de l'extraordinaire, sans qu'il y ait cependant rien que de naturel. Sur quoi, il est à propos de remarquer que ce qui est ordinaire pour les uns est quelquefois très-extraordinaire pour les autres : par exemple, les expériences de Taimant ou de la machine du vide pour les ignorants qui sont disposés à croire magicien celui qui leur montre ces prodiges de la nature.
c Or il serait important, pour diminuer notre disposition au fanatisme, que le ministère fondât un prix tous les ans pour celui qui, au jugement de T Académie des sciences, expliquerait le mieux, par les règles de la nature, les effets extraordinaires de rimagination et les prodiges qui sont racontés dans les livres des Grecs et des Romains, et les prétendus miracles que racontent les proteslants, les schismatiques et les mahomt:tans. 1/ Académie donnera le sujet de la dissertation physique.
(( La volonté de Dieu est que nous soyons toujours justes et bienfaisants. Il nous fait assez connaître sa volonté parle sentiment intérieur de la raison qu'il nous a donnée. Toute volonté opposée à celle-là ne peut se rencontrer dans l'Être parfait, et nous ne saurions être solidement heureux, ni dans cette vie, ni dans la vie future, qu'en pratiquant ces vertus pour lui plaire. »