‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 126 sur 156 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

a puisé ridée mal remplie dans ces Annales politiques qui offrent un tableau frappant des progrès de Tesprit chez noire nation? »

« Premièrement, il est impossible que Tauteur du Siècle ait pu rien prendre des Annales de Tabbé de Saint-Pierre, qu'il ne pouvait connaître et desquelles il a vengé la mémoire de Louis XIY dès qu'il les a connues. Secx)ndement il est trèsfaux que Tabbé de Saint-Pierre se soit étendu dans son livre sur les progrès de Tesprit humain chez notre nation. A peine en dit-il quelques mots; et, quand il parle des beaux-arts, c'est ponr les avilir.

« Voici comment il s*explique, page 155 : « La peinture, la « sculpture, la musique, la poésie, la comédie, l'architecture, « prouvent le nombre des fainéants, leur goût pour la fai- « nénntise, qui suffit à nourrir et à entretenir d'autres espèces c de fainéimts, gens qui se piquent d*esprit agréable, mais non f pas d'esprit utile, » etc.

c 11 est rare, sans doute, d'entendre un académicien dire que les arts qui exigent le travail le plus assidu sont des occupations de fainéants.

a Quant à la personne de Louis XIV, il veut TaviHr aussi - bien que les arts dont ce roi fut le protecteur. On ne peut rapporter qu'avec indignation ce qu'il en dit, page 265 : « Louis « se gouvernait à l'égard de ses voisins et de ses sujets comme « s'il eût adopté la maxime d'un célèbre tyran : Qu'ils me haïs- « sent, pourvu qu'ils me craignent. — Il sacrifiait tout au plaisir « de se venger, et de montrer au public qu'il était redoutable; (( c*est le goût des âmes médiocres, de tous les enfants et de a tous les hommes du commun. »

« Il traite enfin Louis XIV, en vingt endroits, de grand enfant. Et lui, qui était sans contredit un vieil enfant, finit son livre par cette formule, Paradis aux bienfaisants; mais il n'ose pas dire : Paradis aux médisants,

« A l'égard de l'abbé Sabatier, natif de Castres, qui est venu

à Paris faire le métier de calomniateur pour quelque argent, il esl difficile d'espérer pour lui le paradis. C'est même un grand effort que de le lui souhaiter, b

Ces réllexions de l'auteur du Siècle de Lotiis XIY ne sont pas précisément dictées par Tesprit de bienfaisance que prisait si fort le bon abbé ; mais on sait à quel point Voltaire était chatouilleux à l'endroit de ses œuvres. Il n'y a, au surplus, aucune analogie à établir entre le Siècle de Louis XIV et les Annales politiques. C'est l'éloge du grand siècle et du grand roi qu'a voulu écrire Voilai re, en se plaçant dans le courant des idées de son temps; c'est la critique de ce règne dont l'éclat éblouissait Voltaire, mais dont les misères, les injustices et les immoralités .ne le frappaient pas assez, qu'a voulu faire l'abbé de Saint-Pierre, en cherchant à s'abstraire du milieu où il vivait, pour n'écouter que la voix solitaire de sa conscience. Il a péché peut-être par excès de puritanisme, et, comme il n'avait pas à un haut degré le sentiment du beau dans la forme, il a méconnu le côté esthétique du grand siècle; mais Voltaire, à son tour, nVt-il pas péché par excès de facilité, et n'a-t-il pas jugé le Siècle de Louis XIV en littérateur, sinon en courlisan, plutôt qu'en moraliste et en philosoplie?

Voici maintenant de quelle manière Tabbé de Saint-Pierre expose dans sa préface les raisons qui Font déterminé à écrire cette chronique politique de son temps :

{( La lecture des Vies des hommes illu^stres de Plularque, que je fis par hasard dans ma première jeunesse, augmenta fort en moi l'inclination naturelle que Ton a pour se distinguer, entre ses pareils, par des talents utiles à la patrie. J'ai relu, en divers temps de ma vie, ce bel ouvrage, qui, quoique défectueux à différents égards dans beaucoup d'endroits, ne laisse pas d'être le plus précieux et de beaucoup le plus utile des ouvrages de l'antiquité.

« C'est avec h secours du désir de la distinction la plus précieuse que j'avais puisé dans cette lecture que j'ai passé la

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