CHAPITRE IX
métrie pratique, pour niveler, pour mesurer les parties de la terre, pour lever des plans, pour arpenter ; de la géographie, de riiisioire des hommes illustres, que de nous amuser à faire des vers grecs, des amplifications de rhétorique, des vers latins, etc. On nous apprend Tinutile et on nous laisse ignorer le plus important. Nous avons besoin de citoyens parvenus, par une longue habiiuile, à être justes, doux, humbles, patients, polis, discrets, généreux ; qui sachent pardonner les injures, qui se connaissent en vraie gloire et qui la recherchent ; qui méprisent les distinctions de vanité ou les glorioles; qui fassent plus de cas des grands talents et des grandes vertus que des grands biens de la fortune. Nous avons besoin de citoyens laborieux et appliqués ; cependant il ne sort communément de nos collèges que des écoliers accoutumés à être hautains, impatients, impolis, indiscrets dans leurs discours et dans leurs manières, qui ne songent qu'à tromper les autres et à s'en venger ; qui courent après des distinctions frivoles, de beaux habits, de beaux équipages ; qui font beaucoup plus de cas des richesses que des grands talents et des grandes vertus; qui se piquent d*êlre dis-^ tingués par leur fainéantise et de bien tourner en ridicule ceux qui cherchent le plus grand mérite national. »
Dans cette même année 1658, le roi Louis XIV atteignit sa vingtième année. Voici le portrait qu'il fait de ce jeune monarque, dont il loue les qualités naturelles, mais dont il déplore la mauvaise éducation.
d Le roi Louis XIV eut vingt ans le 5 septembre 1658. La reine sa mère Favait fait déclarer majeur au parlement le 7 de septembre 1651, à treize ans et un jour; mais cette déclaralion ne fut qu'une cérémonie : rien ne changea dans le ministère. On cessa seulement, dans les arrêts du conseil, dans les déclarations et dans les édits, de mettre ces mots : de Vavis de la reine régente, etc.; mais elle gouvernait également sous le nom du roi, et le cardinal Mazarin gouvernait également comme ministre général sous Fautorité de la reitie. Il était na-
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tiirel que la reine et le cardinal soiihaitassenl de garder longtemps cette administration, et pour cela ils n'avaient rien de mieux à faire que de laisser le roi s'amuser et s'occuper tout le jour des plaisirs de son âge : ainsi il s'éloignait de lui-même, autant qu'ils pouvaient le désirer, de toute sorte d'application aux aiïaires du gouvernement. Dans cette situation, il n'est pas étonnant qu'il craiguît le travail et la peine que donne une attention suivie ; ainsi il avait vingt ans, qu'il ne songeait encore qu'à des ballets, à des mascarades, à des tournois, à des comédies, à des chasses, à jouer aux cartes ou aux dés, et surtout à des petites intrigues d'amour. 11 était beau, grand, bien fait, doux, poli, plus capable de passion pour les fennnes que de débauche. Le cardinal Mazarin avait fait venir d'Italie ses nièces : l'aînée Mancini, depuis mariée au connétable Colonne, gaie, vive, spirituelle, hardie, plaisait fort au roi; elle avait dix-sept ans, bien faite, d'une jolie taille, d'un visage assez agréable. Ce fut la première passion du roi, et il n'aurait pas mieux demandé que de l'épouser ; mais Anne d'Autriche n'aurait jamais consenti à la prélérer à Marie-Thérèse, infante d'Espagne, sa nièce. C'était grand dommage pour l'Etat que, depuis la nuijorité, la reine eût pris si peu de soin d'engager insensiblement le roi à fortifier son esprit par l'application aux affaires du gouvernement, lui qui avait naturellement Tesprit juste. On ne lui inspira même aucun goût pour la lecture, pas même pour l'histoire, qui est presque le seul moyen d'instruire les rois de leurs fautes et de leurs devoirs, eu leur montrant les fautes et les mallieurs des souverains leurs pareils. Il y avait des esprits plus pénétrants, plus vifs, ç\m étendus que celui du roi, il n'y en avait point qui eussent plus de justesse : mais, faute de goût pour la lecture, il ne pouvait profiter que dans la conversation des lumières des autres. Ainsi les bons mémoires bien raisoniiéd sur les diverses parties du métier d'un roi ne pouvaient jamais lui servir de rien, et la lecture, ce moyen unique pour étendi^e et fortifier l'esprit, fut pour lui, et malheureusement