‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 131 sur 156 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

crainte d*être punis comme rebelles, ou d'une extrême haine pour leur roi, ils ne trouvèrent leur sûreté que dans la continuation de la puissance de celui qui avait les mêmes passions de haine et de crainte, et qui avait fait cesser leur principale crainte, comme s'ils ne devaient jamais avoir rien à craindre d'un ambitieux très-puissant, très-colère et très-injuste.

« Quand Gromwell eut attiré à lui toule Tautorité royale, ils virent clairement, mais trop tard, qu en secouant le joug du roi Charles V% ils s'étuient chargés d'un autre joug, qui n'était réellement ni moins dur ni moins pesant ; mais enfin heureusement un accès de gravelle les délivra, au bout de dix ans, d'un homme qu'ils haïssaient alors, parce qu'il visait à leurôter ou la liberté des suffrages dans les parlements, ou rassemblée mêmede cesparlementsannuels.il se trouva effectivement que ces parlementaires ne s'étaient donné tant de peines et de soins que pour déplacer un roi qu'ils croyaient injuste, parce qu'il avait voulu s'attribuer le droit de lever des taxes sans le consentement du parlement, mais qu'ils n'avaient placé sur le trône qu'un autre roi encore pins injuste.

« Gromwell ne fut donc qu'un scélérat célèbre ; car comment nommer celui qui avait renversé les lois fondamentales de sa patrie, en ôlant, en Angleterre, la liberté et l'autorité des parlements. Telle est la véritable idée qu'il a laissée de lui dans l'esprit de toutes les nations, et surtout dans l'esprit des Anglais mêmes, ses compatriotes. Or je laisse à penser si une pareille réputation est désirable et si elle valait toutas les peines qu'il se donna pour porter sa fortune au degré le plus élevé. Cela prouve qu'il ne se connaissait point en réputation précieuse, puisque le seul parti honorable qu'il avait à prendre était d'aider le parlement à donner peu à peu au gouvernement celte forme de république qui paraissait être l'objet des vœux du gros de la nation, et de tous ceux qui avaient commencé la révolution. Peut-on jamais Texcuser d'avoir assujetti ses maîtres? Et n'est-ce pas un excès de folie et de méchanceté de s'être

fait haïr également de son parti et du parti opposé, en sacrifiant amis et ennemis et sa patrie elle-même à l'acquisition d'une puissance sans bornes, qu'il aurait dii conserver au parlement seul, de qui seul il la tenait comme en dépôt? Ne devait-ce pas être là Tunique but que pouvait se proposer celui qui cherche la vraie gloire dans la plus grande utilité de la patrie? C'était un homme hardi et de beaucoup d'esprit naturel, de cet esprit d'imagination vive, qui inventait promptement les moyens les plus propres pour arriver à ses fins; mais, élevé dans les manières du bas peuple, avait-il d'autres fins que les sentiments bas du peuple même, et a-t-il jamais trouvé rien de plus estimable qu'une grande puissance acquise par de grands talents, sans se soucier de chercher quel serait l'usage le plus estimable de cette grande puissance? Il n'avait pas eu une assez bonne éducation ni l'esprit assez élevé pour voir que ni la grande puissance ni les grands talents, loin d'être estimables et dignes de l'amour et des louanges de ses concitoyens, n'en méritent que le blâme et la haine, lorsqu'ils sont employés à augmenter les malheurs de la patrie. Il était, à la vérité, un des meilleurs connaisseurs sur le choix des moyens; mais peut-on dire qu'il ait été bon connaisseur sur le choix des plus estimables qu'il devait se proposer? Les ambitieux du commun veulent, à la vérité, obtenir la gloire la plus précieuse; mais comment l'obtiendraient-ils, eux qui la cherchent en vain sans la connaître? Il est vrai que les gens d'un esprit courageux et à grands talents, soit pour les affaires, soit pour la guerre, sont rares ; mais les sages estimateurs du prix des projets humains et les connaisseurs de la vraie gloire et du vrai mérite ne sont-ils pas encore beaucoup plus rares? »

Un peu plus loin (1 660), l'auteur raconte l'histoire de la restauration de Charles H, événement qui parut merveilleux, ditil, mais qui ne l'était que pour ceux qui en ont ignoré les causes: savoir, la division des républicains, la lassitude du peuple sous un gouvernement si variable et si inconstant, le désespoir de Honk de ne pouvoir arriver et se maintenir à la place de

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