‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 132 sur 156 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Cromweli, le désir des troupes de n'avoir à dépendre que d'un roi, le mépris où le parlement était tombé dans l'esprit de la nation par ses divisions intestines, etc., etc.

En 1661, Mazarin meurt. A cette occasion, Fauteur fait un parallèle entre Mazarin et Richelieu, qu'il estime aussi peu lun que l'autre, car ils lui paraissent manquer d'une qualité qu'il regardait comme essentielle même chez un homme d'État : l'honnêteté.

« Le cardinal Mazarin mourut a Yincennes le 9 mars 1661, à cinquante-huit ans passés. Le cardinal de Richelieu vé ut à peu près le même âge. Tous deux gouvernèrent la France successivement, comme ministres généraux, avec la même autorité que les grands vizirs gouvernent chez les Turcs, .et la gouvernèrent chacun dix-huit ans. Tous deux fort ambitieux. Mazarin, timide, plus rusé, plus iln, plus souple, plus inconstant ; Richelieu, plus courageux, plus colère, plus habile, plus roide, plus constant.

« Mazarin, avec un génie plus borné pour les alîaires, connaissait mieux le faible des hommes et savait mieux les amuser d'espérances. Richelieu, avec un génie beaucoup plus étendu, connaissait mieux les affaires et gouvernait autant en inspirant de la crainte aux uns qu'en donnant de l'espérance aux autres.

« Mazarin était plus adroit discoureur et plus fait pouf plaire à une femme. Richelieu était bien plus propre pour gagner la confiance d'un homme et pour persuader encore plus par des effets que par des paroles.

< Mazarin, non plus que Richelieu, n'a point laissé de parents de son nom. Tous deux, en pensant rx)mnie le vulgaire, ont amassé de grandes richesses pour faire subsister leur nom avec éclat après leur mort. Ponr cela ils choisirent des héritiers à qui ils substituèrent de grandes terres pour porter leur nom ; mais ni l'un ni l'autre ne songeaient pas que l'histoire conserve les noms des nlini^lres généraux dans un beaucoup plus grand éclat quand ils ont su gouverner avec un désinlinesse-

ment courageux, et quand, pour mieux gouverner, ils ont négligé les intérêts de leur famille pour avoir plus d'attentions à augmenter le bonheur de leur patrie.

« Mazarin surpassa de plus de moitié son prédécesseur en richesses et laissa à ses héritiers plus du double de revenu que n'avaient les héritiers de Richelieu. Il vendait toutes les grâces qu*il pouvait vendre et accumulait bénéfices sur bénéfices, dons sur dons, gouvernements sur gouvernements, argent sur argent, pierreries sur pierreries. Il avait même eu or huit millions de livres dans le château de Vincennes, dont il était gouverneur.

« Le roi s'en saisit après sa mort, et je ne doute pas que ce ne fût avec justice par rapport à leur origine. »

En 1662, l'auteur raconte, d'une manière piquante, une grande querelle qui eut lieu à Londres entre les gens de l'ambassadeur de France et ceux de l'ambassadeur d'Espagne, et qui fut sur le pint de susciter une guerre entre la France et KEspagne.

n Wntteville de Franche-Comté, ambassadeur d'Espagne à Londres, ayant envoyé son carrosse dans une entrée publique au-devant de lambassadeur de Suède, chargea ses gens de faire en sorte que son carrosse eût la marche la plus honorable avant le carrosse de l'ambassadeur de France.

« Le cocher du comte d'Estrades, ambassadeur et depuis maréchal de France, fut battu, les traits de ses chevaux coupés par les gens de Watteville. Voilà pour cent francs de dommage. Car enfui le roi de France en était-il ni moins estimé, ni moins craint, ni moins considéré cliez les étrangers pour la folie de Watteville et de son cocher?

(( Si Watteville est un fou, si d'Estrades est piqué, faut-il qu'il en coûte à la France cent millions et la vie à trente mille hommes pour dépiquer le comte d'Estrades et pour rac^commoder les traits de ses chevaux?

K Je conviens que c'est un malheur qn'im cocher battu et des

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