CHAPITRE IX. 3'ii
grands chemins des malheureux mourir de faiblesse faute d'un morceau de pain.
« Â regard de la famine, j'en ai vu quatre en France en soixante^quatre ans, et chacune a coûté à TÉtat plus de deux cent mille personnes d'extraordinaire l'une portant l'autre, car deux ont été moins fortes Tune que l'autre.
(( A ce propos, je dirai que j'ai vu une partie du blé qui avait été amassé dans un magasin de Metz, fait durant le siège de Charles-Quint, en i552. Il y en avait dans un long grenier environ deux pieds de haut. Il s'était fait une croûte au-dessus d'un demi-pied d'épaisseur. Elle était très-dure; on la rompit à coups de hache ; elle empêchait la communication de l'air, le reste du blé était très-sain. J'en ai mangé du pain qui était très-bon, plus de cent cinquante ans après. Cela me fait croire que dans les années abondantes on pourrait, dans des voûtes où il n'y a point d'humidité, faire dans chaque ville des greniers publics et les rempUr dans l'aboudance ; mais il faudrait faire encore sur cela diverses expériences pour mettre le blé à couvert de l'air extérieur. »
Sous la date de 1665, nous trouvons une évaluation des sommes que l'Espagne a inutilement dépensées pour conserver les Pays-Bas.
< Jean Gourville, homme de finance, a laissé des mémoires imprimés sous la régence de Louis XV. Il était intendant des affaires de M. le prince de Condé et était avec lui à Bruxelles lorsque ce prince servait l'Espagne contre sn patrie. Il dit avoir su de Castel-Rodrigue, gouverneur des Pays-Bas, que dans le conseil d'Espagne on a vérifié, en 1665, que l'Espagne, depuis Charles-Quint, en moins de centcinquante ans, a dépensé plus de dix-huit cent soixante-treize millions de livres a vingthuit livres le marc, pour conserver les Pays-Bas, sans compter les revenus du pays qui y ont été consommés, sans (|u'il en soit rien passé en Espagne.
t( Si l'ou y ajoute les revenus du pays et ce qu'il en a coûté
depuis i 665 jusqu'en 1715, au commencement de la régence, on trouvera que l'Espagne aurait gagné plus de dix-neuf cents millions ou cent millions de rente annuelle à abandonner toute la Flandre et tous les Pays-Bas ou à une république, ou à un prince particulier, lorsque Charles-Quint alla fixer son séjour en Espagne. »
A propos de rétablissement d'une Académie des beaux-arts, par Golbert, en 1664, le bon abbé fuit les réflexions qui excitèrent à un si haut point Tindignation de Voltaire (voir plus haut). Ces réflexions, il les complète par quelques observations sur rétat d'abaissement où est successivement tombée 1* Italie, où les beaux-arts sont parvenus à une haute perfection. « Les Italiens, dit-il, sont gueux, fainéants, paresseux, vains, poltrons, occupés de niaiseries. » Mais est-il juste d'imputer aux beaux-arts la décadence de l'Italie? La belle époque de Part, en Italie, n'était-elle pas celle où florissaient en même temps l'industrie et le commerce? Et la décadence politique, morale et économique de l'Italie n'a-t-elle pas amené celle des beauxarts?
Dans la même année (1664), nous trouvons celte notice sur l'établissement du canal du Midi :
« Les canaux navigables sont extrêmement utiles au commerce intérieur du royaume. C'est par leur moyen que des denrées ou des marchandises pesantes ou de grand volume peuvent' se transporter à petits frais d'un lieu où elles sont en abondance et inutiles dans les lieux où il y a disette, et enrichir ainsi les vendeurs et les acheteurs.
(( Riquet, habile ingénieur, proposa dans ce temps-là au roi de Élire remonter les bateaux de la Garonne jusqu'à un endroit où, par différents ruisseaux, il formerait un canal qui aboutirait à d'autres rivières et à d'autres canaux, et que ces bateaux arriveraient enfui de l'embouchure de la Garonne qui est dans rCkîéan, au port de Cette qui est dans la Méditerranée, sans être obligés de passer le détroit de Gibraltar. C'est ce canal que