CHAPITRE IX
Ton a pour cela appelé le canal de jonction des deux mers, et enfin le canal de Languedoc.
« Coibert, qui était naturellement porté aux entreprises favorables au commerce, trouva ce projet solide et grand, et le fit goûter au roi. Ainsi Biquet, avec la protection de la cour, vint heureusement à bout de l'exécuter, et ce canal se trouva effectivement fort utile aux provii»ces par où il passa, parce que les droits de péage et les réparations sont très-modiques et que la province veille toujours à empêcher les vexations des péa-
« Ce canal, qui commence près de Toulouse et qui communique à la Garonne, a plus de soixante lieues de long. 11 y a cent quatre écluses pour soutenir les eaux qui viennent d'un grand bassin qui les reçoit de diverses sources par divers petits canaux. Ce bassin est de deux ceuts toises de long sur cent cinquante de large. Il est à Naurouse, lieu élevé entre Toulouse et Agde. Une partie de ces eaux descend par un canal de la Garonne à rOcéan ; Tauttc partie descond dans une petite rivière à là mer Méditerranée. Cet ouvrage fut achevé seize ans après, en 1680. »
En 1667, Louis XIV entre dans la voie des guerres de couquête, qui devaient lui devenir si funestes. Voici les réflexions du bon abbé sur cette campagne, que les liistorlogi-aphes, les poëtes de cour célèbrent à Tenvi, et qu'il n hésite point à qualifier de malheureuse.
ff i 667 . Cette aimée, le roi fut fort occupé. Le ministre de la. guerre lui fit croire qu'il était beau de se faire justice à luimême et de prendre sur l'Espagne plusieurs villes de Flandre, 4iomme s'il pouvait être glorieux de violer ses propres promesses.
« Les panégyristes ne vantaient que ses forces, sans songer que la supériorité des forces n'est louable que par Tusage que Ton en fait avec justice, soit pour le bonheur de ses sujets, soit pour le bonheur de ses voisins et des autres nations. Or ses su-
je(s, par leurs subsides, achetaient ses conquêtes dix fois plus qu elles ne valaient. Il ruinait ses voisins et les disposait tous par ses hostilités à se liguer un jour contre lui, comme contre renuemi commun de l'Europe.
« Ije ministre delà guerfe lui persuadait que ses voisins, en le voyant s'agrandir et devenir formidable par la prise de plu- sieui^ villes, demeureraient, comme on dit, les bras croisés, et qu'ils ne songeraient point à arrêter le cours de ses conquêtes.
« Cependant de grandes conquêtes devaient alarmer ses voisins et les porter à les lui faire restituer, et de petites conquêtes ne valaient certainement pas la peine de troubler le repos de l'Europe et de se faire haïr de ses propres peuples, auxquels il faisait payer des taxes qui ne leur apportaient aucun profit.
<( Mais il avait vingt-neuf ans, et, à cet âge, un esprit qui n'a point eu de bonne éducation, qui n'a rien lu, qui n'a pu former son conseil que de flatteurs ambitieux, qui n'est environné que de jeunes gens qui lui veulent plaire par toute sorte de louanges et de flatteries, ne voit jamais guère loin et ne voit guère bien la valeur des entreprises qu'il se propose, et combien il faut rabattre de ce qu'elles ont d'éclatant pour les yeux du vulgaire ; surtout si ce jeune homme a pour ministre un homme ambitieux, qui aime plus sa fortune que sa nation et qui ne se soucie que d'agrandir son autorité aux dépens de sa patrie et au préjudice de la réputation de justice de son maître, qu'il engageait dans une entreprise très-injuste et qui était par conséquent, dans le fond, très-déshonorante.
« Charleroy, Atli, Binche, Menin, Coraines, Deynze, Thielt, Tournai, Bergues, Furnc, Armentières, Courtrai, Douai, Audenarde, Alost, Lille, sont les villes que prit le roi dans cette malheureuse campagne; je dis malheureuse pour, le roi, parce qu'il commença malheureusement à prendre goût aux succès d'une guerre injuste. Ce fut un appât malheureux, tel qu'en