‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 136 sur 156 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

éprouvent les jeunes joueurs qui sont assez malheureux pour gagner d'abord, et qui, en se livrant dans la suile à la passion et à riiabilude du jeu, se ruinent, eux et leur famille.

Le roi, jeune, n'entendait pas ses sujets, qui disaient entre eux : N'est'il pas assez riche ? n'a-t-il pas assez de villes ? Faut-il qu'il en acquière de nouvelles à nos dépens? Est-ce donc s* enrichir que de nous appauvrir et d'interrompre notre commerce qui nous fait subsister ? En aura-t-il tin carrosse de plus, un habit déplus, une meilleure table et surtout une bénédiction de plus delà part de ses peuples ?

« Il n'entendait pas ses voisins, qui commençaient à dire : Voici tm voisin dangereux qui nous coûtera un jour bien des soins y bien des plaintes^ bien des inquiétudes et bien des misèirs; malheur aux voisins d'un tel prince qui méprise la bonne foi des traités et qui se moque de la manière simple et naturelle de les entendre, pour les interpréter selon ses intérêts apparents; ils ne seront jamais en sûreté avec lui, avec de pareilles interprétations et avec de pareils intérêts apparents ! CdiV son véritable intérêt serait de donner lui seul une paix et une tranquillité inaltérable à l'Ëumpe, eu forçant le plus fort à accepter des arbitres.

a II n'avait garde d'entendre rien de tout cela, au milieu de jeunes étourdis qui étaient eux-mêmes intéressés à l'embarquer dans différentes entreprises, brillantes à la vérité, mais sans aucune solidité, parce qu'elles n'avaient pour base ni la justice, ni la bienfaisance. »

A la manie de la guerre s'ajoute, chez Louis XIV, la manie des bâtisses, presque aussi coûteuse que la première. 11 fait bâtir Versailles, dont les merveilles éblouissent fort peu notre abbé utilitaire :

a Le roi, qui, de Snint-Germain-en-Laye, allait quelquefois, comme le roi Louis XIH, à la chasse du côté de Versailles, se mit en tête d'agrandir le petit château que le roi son père y avait fait bâtir pour y faire des petits repas de chasse; ainsi

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^ 3«e L ABBE DE SAINT^PIERRE.

peu à peu il y Ot beaucoup trop de dépense pour uu lieu qui, par comparaison à la situation de Saint-Germain et à d'autres situations heureuses, était très-inférieur, soit pour i air, soit pour la vue; car, s'il avait mis à bâtir Saint-Germain, à la place du château neuf, le quart des quarante millions qu*il dépensa depuis à Versailles, il aurait été fort loué, au lieu quil fut fi>rt Mâmé de lever sur son peuple une si grande somme pour embellir un lieu que la nature n'avait pas, à beaucoup près, si embelli que Saint-Germain. Ce fut entre ses entreprises une Êtute très-considérable faite contre le bou sens, et, ce qui est plus important, ce fut une grande injustice contre son p^ple que cette grande dépense; car, pour £n juger, il n avait qu'à se mettre pour un moment à la place de ses sujets : aurait-il trouvé juste que le roi fit une à grande dépense et si inutile â leurs dépens? Mais on ne l avait pas, dans son éducation, accoutumé à discerner le juste de Tinjuste, en consultant la règle simple : voudriez-vousqueTon fît contre vous ce que vous faites contre les autrest »

En 1674 commencent les démêlés de la France avec les Provinces-Unies. On sait que des médailles oflensantes pour la France furent, sinon le motif, du moins le prétexte de l'expédition de f^uis XIV en Hollande. Cette ibis, l'auteur du Projetée paix perpétuelle blâme énergiquement les Hollandais de n'avoir point prévenu cette calamité, en donnant une satisfaction suffisante aux susceptibilités de leur puissant voisin :

ff i671 . Les Hollandais avaient fait frapper une médaille en 1668, qui était un monument de leur vanité. C'était la figure de Pallas tenant un sceptre et foulant aux pieds la Discorde, avec ces mots : MUis et fortis, douce« patiente et courageuse, et au-dessous ces mots : Procid hinc mala bestia regnis, loin d'ici la béte dangereuse aux gouvernements; et au revers était le lion de Belgique tenant entre ses griffes un canon, avec ces mots : Sic fines nostras tutamtti' et undas^ c'est ainsi que nous défendons nos frontières par terre et par mer ; et au-dessous

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