CHAPITRE IX. 3tS
vraient se gouverner (|ue parles solides intérêts de la nation, ne laissent pas quelquefois, lorsque les conseillers du ministère sont pleins de vanité et de présomption, de suivre des maximes de pas>ion et de ressentiment, en abandonnant les solides inlérêls du peuple pour suivre leur propre ressentiment personnel. Le bon sens, le bon esprit, l'économie, avaient élevé les Hollandais par le commerce, mais la prospérité leur avait inspiré la sotte gloire de disputer de puissance et de vanité de médailles avec leurs voisins, ce qui était une enfance et une sottise, au lieu de ne !^onger qu*à disputer de justice, de douceur et d*habileté dans le commerce avec eux.
« Cette gloriole de refuser des compliments que dictent la modestie et la politesse les avait mis dans lu nécessité de faire des efforts extraordinaires et ruineux dans la guerre qu'ils eurent avec les Anglais, en i 666. Ce fut cette même vanité qui les empêcha de faire solennellement trhumbles satisfactions à Louis XIV, et qui leur attira une guerre avec les Français encore plus ruineuse que celle qu'ils avaient eue avec les Anglais.
« Ce ne fut pas une moindre faute d*imprudence et de mo* dération dans le roi de ne pouvoir supporter l'expression de la vanité insolente de quelques impertinents de Hollande, lorsqu'il se résolut à risquer de perdre plus de quarante mille soldats et officiers, et à faire payera ses sujets plus de cent cinquante millions dans les six années de guerre qui suivirent, et cela uniquement pour avoir le plaisir d'abatire la sotte présomption et l'orgueil des Hollandais; or ne pouvait-on point, avec ces cent cinquante millions et la vie de tant de sujets, acheter, pour le roi et ses sujets, plus grand nombre de plaisirs plus grands et plus purs que le mince plaisir de montrer la supériorité de ses armes et d'humilier des sots et des superbes 1
« Quelqu'un en Europe pouvail-il douter de la supériorité de puissance que le roi avait sur les Hollandais? Or que pouvait produire autre chose une dépense extraordinaire de plus de
cent cinquante millions que de donner à l'Europe une nouvelle preuve de cette supériorité de puissance sur la nation hollandaise? Et cette nouvelle preuve valait-elle cent cinquante millions? Valait-elle la mort de quantité de soldats et de braves offîciers français?
« Était-il raisonnable de faire souffrir tant de familles pour tirer vengeance des impertinences de quelques hommes qui n'étaient que des enfants à qui la vanité avait tourné la tête? Ne sufGsait-il pas de leur laisser le ridicule qu'ils méritaient? Valaient-ils seulement huit jours desoins d'un homme sage? 11 est vrai que le roi, enfant lui même comme eux, fut blessé de leur vanité; mais n'élait-il pas incomparablement plus sage de rire de leur insulte que de s'en fâcher? Voilà pourtant le vrai, le réel de cette petite insulte que Louvois eut l'habileté de faire paraître si grande; telle fut l'entreprise qu'il représenta à son maître comme très-glorieuse. Aussi n'y eut-il que Louvois qui profita de toutes les pertes que firent dans cette guerre les Hollandais, les Suédois, les Espagnols, les Allemands et les Français; il augmenta son crédit, son autorité, sa considération, les biens de sa famille et de ses créatures, et se moquait de Colbert, son rival, qui avait le soin d'exiger de grandes impositions, qui ne servaient qu'à augmenter la considération du ministère de la guerre.
« Et il ne faut pas désavouer que plus cette entreprise fut injuste et heureuse, plus elle irrita nos voisins et les disposa à s'unir contre un jeune roi, dont la puissance les menaçait d^un pareil traitement; mais cet inconvénient était précisément le point où visait Louvois pour se rendre de plus en plus important dans son ministère, en accablant d'affaires fâcheuses le ministre des finances, son rival.
« Ce n'est pas une vérité bien difCcile à démontrer qu'un souverain, qui fait de grandes dépenses aux dépens du peuple doit avoir pour but de procurer à ce peuple un pi-ofit beaucoup plus fort que la dépense à laquelle il engage son peu-