CHAPITRE IX
au public; il eut prouvé, démoiistrativemeut, son grand désiiiléressèment, et, par conséquent, son grand amour pour la justice. Tel est le plus bel emploi de la puissance d'un souverain, parce que c*est un acte de grande bienfaisance que de faire rendre à ses propres dépens justice au plus faible. Voilà le vrai héroïsme, qui sera toujours inconnu à ceux qui pensent en bourgeois.
« Il y avait en ce temps-là, et il y aura toujours assez d'injustices pareilles que les souverains puissants font aux faibles et des injustices encore plus grandes que ne pouvaient élrc les manières iières et hautaines dont les Hollandais traitaient les autres souverains.
(K Ce n'est pas une vérité bien difficile à voir comme vérité, que ce n'est pas la supériorité de puissance qui est digne de louange, mais seulement le noble usage de cette supériorité pour faire remuer la justice, pour diminuer les maux des hommes et pour en augmenter les biens.
« Tibère, Néron, Attila, ces hommes si infâmes, ont eu, plus que l^uis XiV, celte grande supériorité de puissance sur leurs voisins; ont-ils pour cela mérité aucunes louanges? Cependant cette vérité ne fut connue par Louis XIV que vei^ la fin de sa vie, lorsque sa puissance était extrêmement diminuée, et lorsqu'au lit de la mort il recommanda si fort au roi, son successeur, de ne pas l'imiter dans ses folles entreprises de guerre.
(T Au reste, je suis persuadé que, si quelqu'un lui eût demandé s'il croyait ces maximes vraies, il lui eût répndu qu oui. Mais que sert dans la conduite une vérité que Ton ne connaît que par spéculation et de la pointe de Tesprit? de quelle force peut-elle être contre les préjugés du vulgaire qui croit tout le contraire, et que rien n'est si beau et si glorieux que d'avoir une grande supériorité de puissance et de la faire sentir aux autres en leur faisant du mal.
« Le roi n'avait eu qu'une mauvaise éducation, dans laquelle les grandes et importantes vérités n'avaient pas assez été répé-
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tées et prouvées en diverses manières; elles ne l'avaient pas élé la centième partie de fois qu'elles auraient dû Tétre pour former de bonnes habitudes. Pouvait-il alors avoir des habitudes assez fortes pour résister au torrent des préjugés faux de la grande multitude de jeunes courtisans et d'habiles flatteurs qui renviix>nnaient du matin jusqu'au soir en 1 672 .
« J'avoue que de ce côté-là on doit être très-indulgent envers les rois du commun, qui n'ont pas eu le bonheur d'une excellente éducation, qui enseigite aux écoliers en quoi consiste la vertu, et quelles sont les actions et les entreprises qui méritent véritablement une belle réputation et de grandes louanges.
« Cela prouve que, pour jouer un grand rôle en Europe et pour empêcher les guen*es et faire rendre justice aux moins forts, il faut plusieurs conditions : i*" il faut être puissamment armé; 2* il faut être instruit à fond des constestations des sou^ verains; 3* il faut que le roi juste leur déclare qu'il sera pour celui qui ne fera aucune hostilité et qui offrira l'arbitrage; 4* il faut que ce médiateur ne demande jamais aucun dédommagement de ses pertes et de ses dépenses et se contente du seul plaisir de consener la paix et l'alliance entre les voisins ; 5* il faut qu'il ne songe qu'à l'honneur de leur épargner les dépenses et les pertes que cause h guerre.
« Or il n'y a qu'un grand homme qui puisse penser ainsi. Un homme du commun ne saurait monter si haut, surtout lorsqu'il n'a que des ministres, qui, avec de l'esprit et de l'habileté, n'ont que des âmes vulgaires. »
£n se plaçant toujours au point de vue de l'utile, le bon abbé s'élève contre la construction de l'hôtel des Invalides, commencé par Mansard eu 4671.
a Ce projet, dit-il, a plus d'éclat que de solidité, car il en coûte à la nation trois cents livres par soldat pour les nourrir et entretenir à Paris; au lieu qu'en donnant cent livres à chacun d'eux dans leurs villages ils se trouveraient beaucoup plus