‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 142 sur 156 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

AK.'VALES POLITIQUBS, — Hal(«i et fta.

SOMMAIRE

Dépenses de la guerre avec la Hollande, et tort que causa cette guerre à la réputalion de Louis XIV. — Une décision équitable de ce monarque. — Mort de la reine tfa^ie-Thérèse d'Autriche et de Colbert. — Le bombardement de Gênes. — Comment Louis XIV aurait pu économiser la plus grande partie de ses dépenses militaires. — Portrait du grand Condé et parallèle avec Turcnne. — Portrait du marécrial de la Feuillade, le courtisan accompli. — Mot du czar Pierre sur rinfaillibilité du pa|ie. — Qu'il faudrait humaniser les usages de la guerre. — Compte des frais de la guerre de la ligue d'Augsbourg. — Éloge du Dauphin, fils de Louis XIV. — Sfort de Louis XIV ; jugement développé sur ce prince — Le système de Law; causes de sa chute. — Le cardinal Dubois. — La vaccine. — Le roi Vict(H*-Amédée de Savoie. — Le diacre Paris et le conseiller Carré de Montgeron — La liberté du commerce des livres et la liberté des cultures. •— Paradis aux bienfaisants !

En 1G78, la paix est signée avec les Hollandais, et le bon aiibo se met à faire le compte des dépenses malérielics et des dommages moraux que la guerre a infliges à la France.

« C'est ainsi, di(-il, que finit une guerre de six ans,

dans laquelle le roi endetta le royaume de rentes, ou lira de ses sujets plus de deux cents millions de livres de vingt huit livres au marc, qui valent plus de trois cent cinquante millions de notre monnaie présente, qui est à quaranle-neuf livres le marc; il perdit plus de quatre-vingt mille hommes, et ce qu'il acquit ne vaut pas vingt millions, une fois payés.

c Mais sa plus grande perte, ce fut la perte de sa répuladoD de bon roi et de bon voisin; car on ne le regarda plus dans toute ]* Europe que comme un voisin fâcheux, inquiet, d'une ambition injuste, qui veut s*agrandir aux dépens de ses voisins, et qui n'a point d'exactitude pour tenir ses promesses : réputation à laquelle il doit les plus grands chagrins des dernières années de sa vie. Car c'a été cette réputation et la guerre postérieure qui produisirent la ligue d*Augsbourg, où toute l'Europe se ligua contre lui et qui a causé la misère de son royaume et la ruine d'une infinité de créanciers de l'État. Ne valait-il pas mieux avoir assez de sagesse pour savoir mépriser le faste impertinent des deux médailles hollandaises, rejeter les idées de violer ses promesses de renonciation aux droits de la reine et se charger du personnage de pacificateur de l'Europe que lui avant tant conseillé et si sagement le cardinal Mazarin? Mais Louvois, jaloux du crédit de Colbert, voulait s'enrichir; il voulait être le principal ministre, et pour cela il lui fallait de la guerre; il ne lui importait pas que le roi perdît la réputation de prince juste, ni qu'il fût haï et détesté dans toute 1* Europe; il ne lui importait pas que la plupart des familles nobles eussent à pleurer leurs parents et leurs amis: il ne lui importait en rien que les peuples fussent réduits à la misère par de grandes impositions; mais il lui importait beaucoup de s'enrichir, d'avoir beaucoup d'autorité dans le royaume et de pouvoir satisfaire son ambition : telle est l'origine de nos premiers et de nos derniers malheurs. ))

Tout en censurant sévèrementlescoûteux travers deLouis XIV, ses manies belliqueuses et son goût pour le faste qui coûtaient si cher à la France, l'auteur des Annales sait aussi lui rendre justice. Il saisit même avec empressement les rares occasions qui se présentent de mettre en relief les bonnes qualités naturelles de ce souverain que les courtisans avaient gâté. En 1682, par exemple, il mentionne un jugement qui fait honneur à l'esprit d'équité du roi.

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