‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 146 sur 156 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

fut si frondée. Cette inscription était : Vire immof'lali , à Thomme immortel.

<r Louis XIV, pour sa personne, n'était pas plus immortel que le dernier de ses sujets, et à l'égard de l'immortalité du nom, il y a beaucoup d^autres noms immortels que le sien ; et, comme ce n'est pas le seul immortel, Louis XIV n'était pas du tout connu et distingué par le nom de viro immaritali, par le titre d'immortel. »

Dans la même année, le pape Alexandre VIfl donna secrètement une bulle ou un bref qui cassait Tédit du roi et Farrét du Parlement rendu en 1682 pour confirmer la déclaration des trente-quatre évéques de Frauce contre Finfaillibililé du pape et en faveur de la supériorité des conciles généraux sur le pape.

(( Ce pape, homme d'esprit, dit à ce propos le bon abbo, n'était pas assez sot pour se croire infaillible ; mais il était assez habile pour croire que cette opinion était la principale base de la grande autorité des papes sur les princes catholiques. Ainsi ce bref secret était une espèce de protestation contre l'acte des évéques de 1682.

(( A cette occasion, je rapporterai un fait que je tiens du feu maréchal de Tessé. Il avait reçu ordre du feu duc d'Orléans, régent, pour faire au feu czar les honneurs du royaume. Ce prince qui avait ce jour-là entendu parler du différend qui était entre le feu cardinal de Noailles, alors ardievéque de Paris, et le pape, à l'occasion de la constitution Unigenitus, que le pape voulait faire recevoir comme un jugement parfaitement infaillible, dit au maréchal : En vérité, si le pape se croit infaillible dans ses jugements, c'est un grand sot; et, s'il ne le croit pas , c'est un grand impostes de vouloir le faire croire, »

En 1695, les Anglais et les Hollandais, ne trouvant plus de vaisseaux français en mer, bombardèrent les places maritimes de Saint-Malo, Dunkerque et Calais. Par représailles, les Fran-

çais bombardèrent Biiixelles. L'auteur du Projet de paix perpétuelle, devançant sur ce point encore les économistes et les juiisconsultes, se demande si les peuples ne devraient point s'entendre pour humaniser ces usages barbares de ]a gnerre.

« 11 sei'ait des cartels, des traités entre ennemis pour les prisonniers de guerre, pour les contributions, pour les capitulations et pour beaucoup de cas, dans l'exécution desquels chaque parti gagne plus qu'il ne perd, il n'y a que les barliares qui fassent la guerre sans aucun quartier et sans aucun cartel ; aussi une pareille guerre est-elle incomparablement plus fâcheuse aux deux parties ; et, c<>mme l'esprit de vengeance règne toujours, ces guerres ne finissent presque jamais que par la destruction presque totale d'un des deux partis.

« Or il me semble que les bombardements et les incendies réciproques devraient entrer dans ces cartels ; car le destructeur ne gagne rieu à ce qu'il détruit, et il invite à lui causer pareil dommage dans une pareille occasion. »

En i 697 la paix est signée, et le bon abbé suppute encore une fois les frais d'une guerre qui aurait été aisément évitée si Louis XI Y avait eu un peu moins d'orgueil et un peu plus de bienfaisance.

« C'est ainsi que finit la guerre de la fameuse ligue d'Augsbourg, après avoir coûté aux Français plus de cent mille hommes en huit ans et plus de soixante millions d'onces d*argent d'extraordinaire ; pertes que nous aurions pu facilement éviter si le roi, après la mort de Colbert en 1685, n'eût point écoulé Louvois, qui le poussa à s'emparer de Luxemliourg et de Strasbourg. Sa raison était que c'étaient deux fortes barrières contre les Allemands; mais un roi de France pucifique n'avait point à craindre les princes allemands ses voisins plus faibles que lui; il n'avait qu'à les laisser en repos; ils n'eussent jamais songé à faire des conquêtes sur un priiice qu'ils eussent toujours volontiers regardé comme leur garant et leur protecteur contre les entreprises de despotisme que l'empereur fai-

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