CHAPITRE X
sait contre eux <le temps eu temps, et ils n'eussent eu garde de vouloir diminuer ]a puissance d*un prince qui Teût employée tout entière à les maintenir dans leurs possessions actuelles.
« Sans ces nouvelles entreprises de Louis XIV, les souverains n'eussent jamais pris à Âugsbourg la résolution de dépenser cent millions d'onces d'argent contre nous. Ainsi, par notre modération et par notre désarmement, nous leur eussions prouvé que désormais nous voulions vivre en paix avec eux, et songer uniquement à raccommoder nos affaires, à payer nos dettes et à améliorer Tinténeur de TËlat et notre commerce; mais rinlérét de Louvois était de faire recommencer la guerre.
« U y a plus : c'est que, ces deux places prises contre la foi des traités ayant fait regarder le roi par toute l'Europe comme un prince d'une ambition sans bornes, ses voisins ne pouvaient, ce semble, s'assembler en trop grand nombre et s'unir trop étroitement entre eux pour lui ôter enlin le pouvoir de leur nu^*e désormais. C'est proprement la prise de Luxembourg et de Strasbourg qui ont achevé de gâter parmi nos voisins la réputation du roi...
« Pareils malheurs arriveront toujours tant que les rois seront mal élevés, tant que les trois sortes d'aH'aires, la négociation, le commerce maritime, la guerre de terre et de mer, ne seront point données à un même ministre selon le système du gouvernement du Dauphin duc de Bourgogne. »
En 1711, mort du Dauphin. L'auteur des Annales fait son éloge d'une manière assez piquante en passant en revue tout ce que Louis XIY faisait et que son successeur n'aurait pas fait.
« La mort du premier Dauphin nVpporta aucun change^ ment sensible ni dans le Conseil ni dans les affaires publiques» Il ne se mêlait de rien, quoiqu'il eût cinquante ans. 11 élait bon, indulgent, patient, très- respectueux pour le roi, grand chasseur, peu d'intelligence et peu d'application pour les affaires, doux, égal, homme d'habitude, point capricieux, aimant la bonne chère, parlant peu, incapable de débauches,
sans aucune ambition; il avail tout le bon et tout le mauvais (le la paresse.
4 C'eût été un vmsin fort tranquille; il n'eût jamais fait la guerre de 1667 contre T Espagne, ni celle de 1672 contre les Hollandais; ni par oonséqvient cdle de 1684; ainsi ses voisins n'eussent jamais fait contre lui la fumeuse ligue d'Augsbbuig en 1688 comme contre un voisin inquiet et ambitieux ; ainsi il n'aurait point eu la guerre de 1689 contre tant d'ennemis.
« Ce qu'il y aurait eu de plus glorieux pour lui, c'est qu'en le supposant roi de France à trente ans, ajant donné des preuves de sa douceur, de sa patience, de sa modération, de sa justice à ses voisins depuis 1691 jusqu'en 1700, lorsque le roi d'Espagne Charles II en mourant appela le duc d'Anjou son fils par son testament à sa succession, les Hollandais, les Anglais, les Italiens ni les princes allemands, excepté l'empereui*, ne se seraient jamais résolus à faire une dépense immense pour donner cette couronne à l'archiduc au préjudice du testament du roi d'Espagne et de la tranquillité cte l'Europe, parce qu'ils n'auraient jamais rien eu à craindre d'un voisin qui avait pour principal but de se conserver par la voie de l'arinlrage lui et ses voisins dans la plus grande tran(|uiUité.
« De là il suit que, sous son règne, les Français n'auraient point été accablés d'impôts, qae l'Etat n'aurait point fait des dettes immenses qui ont foitsé le gouvernement à faire [^«sieurs fois diverses espèces de banqueroutes génériAes à ses oréanciers.
< De là il suit que notre naition n'aurait point été durant cinquante ans l'objet de la haine et de l'aversion de toutes les autres nations de l'Europe, nous en eussions été an contraire fort aimés. Nous serions devenus beaucoup ^tes riches, et nous aurions un nombre immense de compatriotes de toute comlition, que nous avons perdus dans toutes ces guerres et par la révocation de l'édit de Nnnles contre les calvinistes.
(( Notre comnieix» niantirne et le commerce intérieur auraient fait un beaucoup plus grand progrès. Nous aurions plus