CHAPITRE I
duire, dans de larges proportions, leur appareil mililaire. Les sujets à leur tour, ajoute-t-il, seraient trop heureux d'être délivrés des subsides extraordinaires, nécessaires en temps de guerre, et des autres grands malheurs que les guerres entraînent avec elles, et de profiter encore de la moitié de ce retranchement pour acquitter à la longue les capitaux des dettes de l'État.
Âpres avoir mis ainsi en relief les avantages généraux de l'entreprise, il passe en revue les avantages particuliers qu'elle présenterait aux divers souverains de TEurope, tels que l'empereur, le roi de France, le roi d'Angleterre, le roi d'Espagne. C'est tout naturellement à montrer « le vrai intérêt du roi de France, le plus puissant souverain de l'Europe et issu de la plus ancienne maison souveraine qui soit et qui ait jamais été sur la terre, » qu'il s'ingénie. Cette démonstration occupe une grande partie des trois volumes de son Projet de paix perpétuelle. Nous reproduisons seulement, pour éviter les longueurs, l'abrégé qu'il en a fait lui-même, et qui renferme quelques détails intéressants sur les maux de tous genres que Tétat de guerre ou de paix armée infligeait alors à la France.
« 11 ne faut pas disconvenir qu'un grand État comme le royaume de Fiance n'ait moins à craindre que les États moins puissants des malheurs que causera à l'Europe la nonsignature des cinq articles fondamentaux. Il ne faut pas disconvenir qu'un souverain très-puissant ne renonce, par la signature, à des prétentions plus grandes et mieux fondées que les souverains moins puissants.
« Il ne faut pas disconvenir non plus que ces prétentions, quoique fort incertaines pour l'événement et fort coûteuses pour le faire réussir, ne doivent cepeudant être estimées quelque chose de considérable. Mais ce que je prétends montrer par ces observations, c'est que les équivalents que la signature produirait au roi et au royaume de France valent réel lement dix fois, vingt fois mieux que ces prétentions en l'état qu'elles sont.
a Avantage 1. Grande augmentation du revenu du roi par la diminution de la dépense ordinaire militaire. — La France , en temps de paix , pour se tenir seulement sur ses gardes, fait, tant sur terre que sur mer, pour plus de quarante-huit millions de dépense ordinaire militaire. Il ne faudrait pas vingt-quatre millions tant pour payer son contingent à la société que pour l'entretien du reste des troupes nécessaires pour la parfaite sûreté du royaume. Et cependant rÉlat, avec douze millions de contingent et douze millions en troupes, dans le système de la signature, serait infiniment plus en sûreté qu'il n'est avec les quarante-huit millions en troupes dans le système de la non -signature; parce qu'il n'aurait plus rien à craindre de ses voisins, mais uniquement des voisins des frontières de l'Europe. Et ces voisins seraient nécessairement toujours en paix avec la grande alliance, parce qu'elle serait dix fois plus puissante qu'aucun d'eux.
(( Un million de livres font présentement, en i728, vingt mille marcs d'argent, à onze deniers de fin, à cinquante livres le marc.
« H resterait donc au roi vingt-quatre millions d'épargne tous les ans par la signature, dont il pourrait employer une moitié à rembourser les capitaux des dettes de TÉtat, conserver et augmenter ses dépenses domestiques et les pensions des princes, des princesses, des ministres, et pour augmenter le fonds de sa cassette, soit pour ses libéralités, soit pour ses dépenses de pure fanttisie.
(( Par la signature, il augmenterait donc, d'un côté, infiniment la sûreté de sa personne et celle de son État, et, de l'autre, il y gagnerait vingt-quatre millons de rente pour un seul article. Premier équivalent très-avantageux en comparaison des prétentions auxquelles le roi renoncerait par la signature.
« On comprend assez que ses voisins désarmeraient en même temps et en même proportion que lui, et que les commis*