‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 150 sur 156 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

estimables; mais, par malheur, on ne lui avait donné dans son éducation aucun goût pour aucune espèce de lecture, pas même pour la Vie des hommes illustres de Plutarque : lecture de princes. »

A la fin des Annales, on trouve encore un parallèle entre Louis XIV et Henri iV, dans lequel Tauteur du projet d'une Diète européenne est mis naturellement, et avec raison, fort au-dessus de son belliqueux et fastueux petit-fils; mais, ce parallèle, qui porte la date de 1759 (Fauteur avait alors quatreviugt-un ans), ne renfermant guère que des redites; nous croyons inutile de le reproduire.

En 1716, M. Desmarets, contrôleur des finances dans les dernières années du règne de Louis XI Y, publia un Mémoire justificatif dans lequel il donnait un table;m a des dettes immenses dans lesquelles ce prince avait très^imprudemment et très-injustement engagé les peuples pour soutenir de longues et sanglantes guerres qu'il pouvait facilement éviter. » L'auteur des Annales reproduit in extenso ce Mémoire, qui vient à l'appui de ses critiques du règne du grand roi, et c'est pour lui une nouvelle occasion de refuser à liOuis XIV ce surnom de grand que les complices et les bénéficiaires de ses libéralités lui avaient décerné.

a Que des poètes, des orateurs, des liistoriens pauvres et sujets de Louis XIV le proposent durant son règne à la postérité comme un modèle de roi parfait, cela est très-naturel; mais qu'on lise après sa mort ce monument précieux, ce mémoire de feu M. Desmarets, et l'on jugera alors si les bienfaits qu'il a procurés à ses sujets, durant soixante-douze ans de règne, surpassent de beaucoup les maux qu'il leur a causés. On jugera si ses peuples avaient de grands sujets de le regretter,, et par conséquent si c'est un modèle de roi parfait.

« On pourra bien, à la vérité, lui donner les surnoms de Louis le puissant, de Louis le redoutable (car nul de ses prédécesseurs n'a été si puissant et ne s'est tant fait redouter};

mais les moins habiles ne lui douneront jamais le surnom de Louis le Grand tout court, et ne confondront jamais la grande puissance avec la véritable grandeur. C'est que cette grande puissance, à moins qu'elle n'ait été employée à procurer de grands bienfaits aux hommes en général, et aux sujets et aux voisins en particulier, ne fera jamais un homme fort estimable. En un mot, la grande puissance seule ne fera jamais un grand homme. »

L'auteur des Annales juge encore très-sainement, comme un économiste aurait pu le faire, la gigantesque opération de Law. Il prédit en i7i8 la chute du système, et dans les deux années suivantes, à mesure que les événements s'accomplissaient, il exposa d'une manière très-judicieuse les causes de celle chute.

4 On vit celte année (1718) naître la compagnie des Indes, qui ne fut d abord connue que sous le nom de compagnie d'Occident, sur les projets de Law, cet Écossais qui avait établi la Banque. 11 voulut aussi unir les fermes générales cl les recettes générales à la Banque et à la compagnie d'Occident; mais qui trop embrasse mal étreint, et surtout quand on veut faire eu un an ce qui ne se peut faire qu'en dix, et quand aux projets solides on eu mêle d'autres qui noiit nulle solidité, et quand on abuse de ce qu'il y a de bon dans ces projets.

« La Banque eut celte année (1719) un si grand succès, que les billets de banque valaient deux pom* cent de plus que l'argent comptant, de sorte qu'un billet de mille francs était pré**féré à mille vingt livres en argent; mais ce crédit ne dura que jusqu'à ce qu'on vit dans le public ces billets tellement multipliés, qu'on les crut montés à une somme moitié plus «grande que celle de 1 argent monnayé qui était dans le royaume. Car, dès que les gens sensés aperçurent que la Banque laissait quelques billets sans en recevoir la valeur en argent ou en marchandises, on se douta bien que dans peu les billets de mille

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