CHAPITRE X
gleterre ont eu la petite vérole par insertion : ils n'en sont point marqués. C'est une méthode établie parmi les familles de Conslantinople, qui leur vient des Gircassiens, peuples d'ailleurs très-ignorants et très-grossiers. Il faut bien qu'ils aient comparé le nombre des morts et la grandeur des cicatrices de la méthode ordinaire avec celle de la méthode de l'insertion, et que par cette comparaison ils aient vu que la méthode de l'insertion est beaucoup moins funeste et moins cicatrisante. »
La mort du roi de Sardaigne Victor Âmédée II, qui avait abdiqué dans un accès de mélancolie et qui s'en était ensuite repenti, suggère au bon abbé ces considérations ingénieuses sur la mélancolie, qu'il appelle, après Segrais, la petite vérole de l'esprit.
a Nous veuous d'apprendre (1752) la mort de Victor Amédée II, qui était roi de Sardaigne et duc de Savoie, qui avait imprudemment abdiqué la couronne en faveur de son fils et qui a tenté encore plus imprudemment de la remettre sur sa tête, malgré le roi son fils et ses ministres.
« On dit que Charles-Quint se i*epentit aussi de l'abdication qu'il avait faite de la couronne d'Espagne en faveur de Philippe II, son fils; mais son imprudence n'alla pas au point de le porter à tenter de la lui ôter.
a Ces sortes de résolutions se prennent dans des attaques de mélancolie, lorsque Ton pense noir et lorsque toute société déplaît j or ces attaques ont des intervalles dans lesquels l'âme n'est pas si abattue, si dégoûtée des amusements de la vie et du plaisir de commander et d'arranger soi-même ce que Ion voit avecpeine se déranger.
« C'est à cause de ces changements de situation de l'âme que je crois que, dans les attaques de mélancolie, il faut bien se garder de prendre des résolutions pour plus d'un jour ou d'une semaine. Ces maladies ne se guérissent que par des distractions commandées par quelqu'un qui ait autorité sur le malade; ainsi malheur au malade qui est roi. Tel est Teffet
des maladies que Ton appelle hypocondriaques. Il faut que les médecins du corps soient aussi médecins de 1 amé pour guérir ces sortes de maladies, qui sont des commencements d'une espèce de folie.
f Le vieux Segrais me dit un jour que la plupart des jeunes gens, filles et garçons, avaient des envies vers dix-sept ans de se faire religieux ou religieuses, que c*était une attaque de mélancolie ; et il appelait cette maladie la petite vérole de Tesprit, parce que peu s'en sauvent. J'ai eu cette pelile vérole, mais je n'en suis point demeuré marqué.
« Ces attaques de mélancolie viennent aussi dans d autres âges, comme la petite vérole corporelle vient quelquefois dans un âge avancé, surtout à ceux qui ne Font point eue dans leiu* enfance.
f Le pauvre roi de Sardaigne, devenu dévot mélancolique, n'a pas eu le bonheur que son accès de mélancolie ait toujours duré. Il a eu le malheur, daus sa maladie, d'avoir eu très-mal à propos des intervalles de santé et de raison. Il s'est repenti du parli qu'il avait pris, et, après le mauvais succès de ce repentir, il a pu se repentir une seconde fois d'avoir agi follement en conséquence de son premier repentir. »
Enfin l'auteur des Annales raconte l'histoire des miracles du diacre Paris, qu'il explique par les effets de l'imagination comme dans son Explication physique dune apparition.
« Dire, comme ceux que Ton appelle molinistes, qu'il n'y a eu à ce tombe^iu (du diacre Paris) et par ces neuvaines aucune guérison miraculeuse, quoique naturelle, c'est témérilé.
« Dire, comme les jausénistes, que dans ces guérisons miraculeuses il y a eu une force supérieure à la nature, quoique aidée d'une imagination très-vive et très-forte, et que ce sont de vrais miracles, c'est fanatisme.
(( ...La guérison, de la femme d'un ébéniste du fauboui^ Saint-Antoine, affaiblie par des pertes de sang presque continuelles, fut aussi un effet de la force de son imagination. Les