CHAPITRE X
molinistes qui ont nié la guérisoti subite, de peur que ce ne fût un miracle opéré dans une paroisse gouvernée par un curé janséniste, ont tort. Le fait est constant. C'est une guérison merveilleuse parce qu'elle est due à une force d'imagination extraordinaire; mais elle n'est pus pour cela miraculeuse. Elle n'est pas même si merveilleuse que les marques visibles des passions des mères sur leui-s enfants ; marques merveilleuses, mais toutes naturelles et nullement miraculeuses. Et quand les physiciens auront découvert comment cela se fait mécaniquement, les guérisons subites par la force de Timaginalion ne seront plus même merveilleuses pour les physiciens, mais toujours merveilleuses pour les ignorants. »
À quelque temps de là , le conseiller Carré de Montgci on écrit un livre en faveur des miracles du diacre Paris.
ff Comme ce bon homme, dit notre auteur, croyait que les ministres trompaient le roi dans cette affaire, il fut assez fanatique et assez malavisé pour aller, il y a huit jours, en présenter un exemplaire au roi à Versailles, en lui disant et en lui écrivant dans son épître dédicatoire que ses ministres le trompaient. Le roi Ta fait mener à la Bastille en prison et de là à Viviers en Languedoc. »
Le bon abbé trouve cette punition excessive : « Au lieu de la prison de la Bastille, j'aurais opiné, dit-il, qu'on l'eût fait conduire aux Petites-Maisons, avec ordre de le bien nourrir et de l'y tenir jusqu'à nouvel ordre, et puis ailleurs, jusquà ce qtie Von pût juger, par Vaveu de son imprudence y que la raison lui était revenue,
« L'État, ajoute-t-il, devrait bâtir aux Pelites-Mai.'ions des loges pour les théologiens fanatiques et intolérants qui feraient des écrits tendant à troubler la tranquillité publique. On verrait que les marques de mépris auraient plus de succès que des punitions sérieuses.
Bidictiluni acri Fort'us ac ntelins faliias pleruiiiquc sccat rcs. >
a 11 serait même à propos de jouer ces espèces de fous et de folies sur nos différents théâtres et surtout à la foire pour le peuple ; d*en récompenser les poètes et les acteurs, et de ne demander aux spectateurs que la moitié du prix de Tenlrée.
(( Représenter les mauvais raisonnements de ces fanatiques, c est assez pour les rendre méprisables et ridicules. »
Le bon abbé clôt ses Annales en 1759. Dans cette dernière année, nous ayons à signaler encore deux protestations du noble et bienveillant vieillard, Tune en faveur de la liberté de Timpression et du commerce des livres ; Tauti'e en faveur de la liberté des cultures.
ff Le 51 mars 1759, un intérêt particulier des imprimeurs de Paris, soutenus par les jésuites, a dicté un arrêt du Conseil qui défend d'imprimer dans quarante -huit petites villes du royaume, parce qu'on y donne les bons livres à la moitié meilleur marché qu'à Paris. Or qu y a4-il de plus contraire au bien de la société que de diminuer le nombre des lecteurs des bons livres? Qu'y a-t-il de plus insensé que de refuser des privilèges aux bons ouvrages, afin qu'ils se multiplient dans les provinces? On ne saurait trop augmenter la liberté du commerce des bons livres et avoir trop d'attention à punir la licence des mauvais ouvrages ; mais il serait contre le bon sens de se priver d'une infinité de copies de bons ouvrages, de peur du petit mal passager que fait quelquefois un petit nombre de quelques mauvais libelles ou autres mauvais ouvrages. Le grand bien emporte de beaucoup la balance contre un petit mal. Arrêt du Conseil adopté par une police mal entendue, dicté sourdement par l'intérêt particulier des libraires de Paris. « ...J'ai vu aussi il y a deux ans un arrêt du Conseil d'une police mal entendue dicté par Tintérêt particulier de quelques propriétaires de bons vignobles et des secrétaires de quelques intendants, qui voulaient obliger tous ceux qui veulent mettre des terres en vigne d'en obtenir la permission de l'intendant, comme s'il était vraisemblable que chacun ne fût pas plus