‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 18 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et sur la polysyuodie. Son extrait de la paix perpétuelle n*est pas de nature, il faut le dire, à nous faire regretter qu'il ait renoncé à pousser plus loin son entreprise. Ce résumé, en effet, est loin d*étre fidèle. A chaque instant on reconnaît la pensée de Rousseau à côté de celle du bon abbé, comme Teau du Rhône dans le lac Léman. Il y a toutefois, dans les considérations préliminaires de Texposé de Rousseau, certains passages qui méritent d*être cités .

Rousseau expose d'abord que les confédérations politiques n'ont rien de neuf ni d'inusité :

« Quoique cette forme paraisse nouvelle à certains égards, et qu'elle n ait, en effet, été bien entendue que par les modernes, les anciens ne Font pas ignorée. Les Grecs eurent leui^ amphyctions, les Étrusques leur eucumonies, les Latins leurs séries, les Gaulois leurs cités, et les derniers soupirs de la Grèce devinrent encore illustres dans la ligue achéenne. Mais nulles de ces confédérations n'approchèrent, pour la sagesse, de celle du corps germanique, de la ligue helvétique et des états généraux. Que si ces corps politiques sont encore en si petit nombre et si loin de la perfection dont on sent qu'ils seraient susceptibles, c'est que le mieux ne s'exécute pas comme il se Timagine, et qu'en politique ainsi qu'en morale l'étendue de nos connaissances ne prouve guère que la grandeur de nos maux. »

Rousseau fait remarquer encore, et c'est la partie la plus intéressante de son résumé, — que certains peuples forment une société naturelle par l'analogie de leurs mœurs, le croisement de leurs intérêts, la multiplicité de leurs relations . Tel est, ditil, l'état actuel de l'Europe.

t Outre ces confédérations publiques, il s'en peut former tacitement d'autres, moins apparentes et non moins réelles, par l'union des intérêts, par le rapport des maximes, par la conformité des coutumes ou par d'autres circx)nstances qui laissent subsister des relations communes entre des peuples divisés.

C'est ainsi que toutes les puissances de l'Europe forment entre elles une sorte de système qui les unit par une même religion, par un même droit des gens, par les mœurs, par les lettres, par le commerce et par une sorte d'équilibre qui est l'effet nécessaire de tout cela, et qui, sans que personne songe, en effet, à le conserver, ne serait pourtant pas si facile à rompre que le pensent beaucoup de gens. »

Comment s'est formée cette société des peuples de l'Europe? Elle s'est formée, en premier lieu, par l'influence de l'empire romain et de la papauté; en second lieu, par des causes naturelles.

« Le simulacre antique de Tempire romain a continué de former une sorte de liaison entre les membres qui l'avaient composé; et, Rome ayant dominé d'une autre manière après la destruction de l'empire, il est resté de ce double lien une société plus étroite entre les nations de l'Europe, où était le centre des deux puissances, que dans les autres parties du monde, dont les divers peuples, trop épars pour se correspondre, n'ont de plus aucun point de réunion.

V Joignez à cela la situation particulière de l'Europe, plus également peuplée, plus également fertile, mieux réunie en toutes ses parties; le mélange continuel des intérêts que les liens du sang et les affaires du commerce, des arts, des colonies, ont mis entre les souverains; la multitude des rivières et la vairiété de leurs cours, qui rend toutes les communications faciles; l'humeur inconstante des habitants, qui les porte à voyager sans cesse et à se -transporter fréquemment les uns chez les autres; l'invention de T imprimerie et le goût général des lettres, qui a mis entre eux une communauté d'études et de connaissances; enfin la multitude et la petitesse des États, qui, joints aux besoins du luxe et à la diversité des climats, rend les uns toujours nécessaires aux autres. Toutes ces causes réunies forment de l'Europe, non-seulement comme l'Asie ou l'Afrique une idéale collection de peuples qui n'ont de commun qu'un

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