‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 2 sur 156 · LE PROJET DE PAIX PERPÉTIJEE.E.B · texte numérisé non relu

LE PROJET DE PAIX PERPÉTIJEE.E.B

SOMMAIRE

Histoire de Tidée de la ptiix. — L'âge d*or. — L'idée de la paix dans Tantiquité et au moyen âge. — Plan de Henri IV pour rétablissement d'une fédération des États européens. — Le Nouveau Cynée. — Le Projet de paix perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre. — Sa dédicace adressée au roi. — Résumé des cinq articles qui le composent. — Aperçu des avantages principaux que les nations européennes, et en particulier la France, retireraient de son adoption. - Que la guerre même pourrait être employée à rétablissement de la paii perpétuelle.

L'idée de la paix n'apparaît, chez les anciens, que comme un rêve de poëte. Encore, ce rcve, les poètes de l'autiquité le placent-ils bien loin dans le passé, à Tayrore de la création,

tant il leur semble peu en harmonie avec les réalités du présent et les probabilités de l'avenir. C'est l'âge d*or :

Aurca prima sata est œtas, quae vindice nullo, Sponte sua, sine lege, fidcm, rectumqiie colebal. Pœna metusque aberant; nec verba niinantia fixo JEre ligabantur, nec supplex lurba timcbat Judicis ora sui : sed erant sine judice tuti. ?(ondum cœsa suis, peregrinum ut viseret orbem , Montibus, in liquidas pinus descenderat undas : NuUaque mortales, prœter sua, Itttora norant. T^ondum prœcipites cingebant oppida fosss^ :

Non tuba direct! , non seri cornua flexi, Non galeœ, non ensis erant : sine militis usu MolHa sceurse peragebant otia gentes \

Mais cet âge d'or, où l'on ne connaissait ni le casque ni Tépée, les anciens ne le considéraient même pas comme un idéal dont l'humanité pût s'approcher C'est qu'en effet l'état du monde ne comportait pas alors autre chose que la guerre avec des intermittences de paix, et que les progrès matériels et moraux qui devaient graduellement modifier cette situation n'existaient encore qu'en germes. Aussi les plus grands esprits de la Grèce et de Rome, tout en jetant Tanathème sur la guerre, la regardent-ils comme un mal inhérent à l'imperfection de la

* L'âge d'or naquit avec l'univers. Ce fut le règne de la bonne foi : les hommes étaient justes sans y être forcés par les lois et par la crainte des châtiments. On n'avait pas encore gravé sur l'airain ces lois menaçantes qui ont servi depuis de frein à la licence. On ne voyait pas des hommes tremblants à la vue de leur juge. La paix et la sécurité n'étaient pas l'œuvre des agents de la justice. Le pin vieillissait sur ses montagnes et n'allait pas au travers des flots chercher des terres étrangères. L*homme ne connaissait que les rivages sur lesquels il était né ; des fossés profonds n'entouraient pas encore les villes. Il n'y avait point de trompette formée d'un airain droit, ni de cor fait d'un airain recourbé ; il n'y avait ni casque ni épée. Les nations ne devaient point la paix dont elles jouissaient à des soldats armés pour les défendre.

OsiTiF. MétamorpfioseSjMv.V.

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