CHAPITRE 11. i
l'éclat des succès que vous espérez? Est-ce le désir d'un plus grand nom dans la mémoire des hommes? Mais n*est-il donc de gloire que par le fer et par Texterminalion? Et celle qu'obtient un monarque en répandant partout Faisance et le bonheur n'en est-elle pas une? Titus n'a régné que trois ans, et son nom, porté de siècle en siècle par l'amour des nations, se mêle encore de nos jours à tous les éloges des princes.
(( N'en doutez point. Sire, une sage administration vous vaudra mieux que la politique la plus transcendante; et, si vous réunissez à tant de forces Tcmpire que donne sur toutes les nations un caractère éclalant de justice et de modération, vous jouirez à la fois, et de la plus grande gloire, et de la plus formidable puissance. Âh ! donnez au monde ce magnifique spectacle; et, s'il vous faut des arcs de tiiomphe, montrez-vous alors dans vos provinces; et précédé de vos bienfaits, paraissez au milieu des cris de bénédiction et des acclamations impétueuses d'une nation sensible, heureuse par son roi.
(i Tel est à peu près le langage que pourrait tenir un ministre honnête et pénétré de ses différents devoirs. »
M. Necker répond encore aux objections de ceux qui croient à la perpétuité de la guerre, parce que les hommes l'ont faite de tous temps ; puis il s'iiltache à montrer la vanité de la gloire militaire, après avoir fait ressortir combien les bénéfices que la guerre procure sont chèrement achetés. Enfin il met en opposition la mort d'mi (( roi bienfaisant » avec celle d'un monarque ambitieux, imbu de Tamour de la guerre.
(( Que celte fin de la vie est différente pour le monarque (jui u'a connu q\ie Fambiliou et Tamour delà guerre! Que souvent ce dernier instant lui parait terrible, et qu'il tire peu de secours alors de ses actions les plus éclatantes! Affaissé par 1 âge et la maladie, quand les dangers de la mort renvironnent, et qu'il voudrait se délivrer des sombres réflexions qui l'obsèdent, ordonne-t'il qu'on lentretienne de ses combats et de ses victoires? Demande- t-il qu'on lui rappelle les ruisseaux de sang
ennemi qu'il a fait répandre? Se fait-il rapporter les trophées où il pourrait reconnaître les traces des pleurs qui les ont arrosés? Non, toutes ces idées l'effrayent, et tous ces souvenirs rimportunent. « J'ai trop aimé la guerre,, i^ voilà le dernier mot du plus puissant des rois, voilà les paroles qu'il adresse à son petit-fils; regrets tardifs et qui ne suffisaient pas, sans doute, pour répandre le calme dans son âme. ))
Ces réflexions sur la guerre portent Tempreinte visible des idées de Tabbé de Saint- Pierre ; ou y reconnaît même quelques-unes des expressions favorites du bon abbé : roi bienfaisant, par exemple. Elles sont malheureusement déparées par Temphase et la boursouflure d'expressions qui caractérisent 1 ecole de Rousseau, et, en particulier, M. Necker.
Quelques années après la publication de l'ouvrage sur V Administration des finances, d'oà sont extraites les réflexions - que nous venons de citer, paraissait en Allemagne un opuscule remarquable d'Emmanuel Kant sur le même sujet. Nous voulons parler de rjB^^ai sur la paix perpétuelle. Ce petit Traité est divisé en deux parties, avec trois suppléments ou annexes. I^a première partie contient les articles préliminaires de la paix perpétuelle, consistant dans Ténoncé des pratiques dont les nations doivent s'abstenir pour éviter de nouvelles guerres. Bornonsnous à les énumérer. i° Les nations doivent s'abstenir, en concluant des traités de paix , d'y introduire des réserves ou des obscurités qui soient de nature à faire naître de nouveaux démêlés ; 2*» il doit être stipulé qu'aucun État, grand on petit, ne pourra jamais passer au pouvoir d'un autre Etat, ni par échange ni à titre d'achat ou de donation ; 3° les armées permanentes doivent être abolies avec le temps; 4° on ne doit point recourir au crédit public, c'est-à-dire contracter des empnmts pour faire la guerre; 5" aucun État ne doit se mêler des affaires intérieures d'un autre État; 6® on ne doit point recourir, en faisant la guerre, aux pratiques barbares que réprouvent les usages et le» mœurs des nations civilisées.