CHAPITRE II
explication, qui est empruntée à un ordre d'idées purement mystiques, ne résout point la question qu'il a posée, savoir pourquoi le soldat est lionqré et le bourreau méprisé. En effet, le Louireau n accomplit<-il pas la loi aussi bien que le soldat ? Pourquoi donc ce qui fait estimer l'un fait-il mépriser l'autre? — Cette anomalie peut s'expliquer, croyons-nous, d'une manière beaucoup plus simple. C'est (jne les hommes de guerre ont jusqu'à présent dominé et gouverné le monde en faisant prévaloir le droit du plus fort; c'est qu'ils étaient les maîtres, et les bourreaux simplement les valets. Intervertissez les rôles, et il y a apparence que l'estime sera pour le bourreau et le mépris pour l'homme de guerre *.
Quoi qu'il en soit, les événements semblèrent alors donner giiin de cause au fougueux apologiste de la guerre plutôt qu'aux philosophes bienveillants qui rêvaient la paix perpétuelle. La Révolution française avait éclaté, en dépit des prédictions de Rousseau, et, avec elle, une guerre qui devait, pendant un quart de siècle, ensanglanler l'Europe. L'idée de la paix semble s'éclipser en présence du démenti douloureux que lui donnent les faits, et c'est seulement après 1815 qu'elle reparaît. Mais alors la propagande en faveur île la i)aix est reprise avec ardeur, et l'on met à son service les forces naissantes de l'association. La première Société des « Amis de la paix » est fondée à New-York, en 1815, par l'initiative de la secte bienveillante des quakers, et l'année suivante une aulre « Société pour l'établissement de la paix permanente et universelle » est instituée à Londres. Ces sociétés donnèrent ensuite naissance à une foule de succursales, et elles firent, surtout par la publication de nombreuses brochures, une propagande active en faveur de l'idée de la paix. Enfin, eu 18^5, elles se concer-
* On trouvera, dans V Appendice , quelques extraits d'une remarquable réi'ulation de l'opinion de M. Joseph de Maistre sur la guerre, par M. le comte Portails.
tèreut pour tenir à Londres une convention on un congrès. Cette convention, formée des délégués des Sociétés de la paix, se réunit au mois de juillet 1845, sous la présidence de M. Charles Hindley. Les membres de la convention décidèrent qu'une adresse serait envoyée à tous les gouvernements civilisés pour leur persuader d'introduire dans leurs traités de paix ou d'alliance une clause par laquelle ils s'engageraient, eu cas de dissentiments, à accepter la médiation d'un tiers désintéressé. Cette adresse fut présentée au roi Louis-Philippe, qui fit un excellent accueil aux délégués du congrès : a La paix, leur dit-il, est le besoin de tous les peuples, et, grâce à Dieu, la guerre coûte beaucoup trop aujourd'hui pour qu'on s'y engage souvent, et je suis jDersuadé que le jour viendra où, dans le monde civilisé, on ne la fera plus. » Au mois de janvier 1818, la même adresse fut présentée au président des Etats-Unis par M. Beckwith, secrétaire de la Société centrale de la paix d'Amérique. Le président fit remarquer aux délégués que la tendance naturelle des gouvernements populaires était de maintenir la paix : a Que le peuple soit instruit, dit-il, et qu*il jouisse de ses droits, et il demandera la paix comme indispensable à sa prospérité. »
Plusieurs congrès de la paix eurent lieu successivement à Bruxelles, à Paris, à Francfort, à Londres, etc., réunissant chaque fois un personnel nombreux, principalement composé d'Anglais et d'Américains. Le plus important fut celui qui se tint à Londres pendant T Exposition universelle de 1851. Vingt-deux membres du parlement britannique, plusieurs membres de l'assemblée législative et, du conseil d'État de France, y figuraient; six corporations religieuses importantes et deux corporations municipales y étaient officiellement représentées; trente et un délégués des Sociétés de paix iF Amérique, sans parler des visiteurs, avaient traversé l'Océan pour y assister. Plus de trois mille auditeurs remplissaient, pendant ses séances, la vaste salle d'Exsler-Hall. Nous croyons utile de re-