CHAPITRE IL • i
produire les résolutions qui furent adoptées dans celle grande manifestation en faveur de la paix ; elles donneront une idée exacte du but que poursuivent les Amis de la paix et des moyens qu'ils mettent en œuvre pour l'atteindre :
« !• Il est du devoir de tous les ministres des cultes, des instituteurs de la jeunesse, des écrivains et des publicistes, d'employer toute leur influence à propager les principes de paix, et à déraciner du cœur des hommes les haines héréditaires, les jalousies politiques et commerciales, qui ont été la source de tant de guerres désastreuses ;
i( 2" En cas de différends que Ton ne parviendrait pas à terminer à l'amiable, il est du devoir des gouvernements de se soumettre à Tarbitrage de juges compétents et impartiaux ;
« 3" Les armées permanentes, qui, au milieu des démonstrations de paix et d'amitié , placent les différents peuples en un état continuel d'inquiétude et d'irritation, ont été la cause de guerres injustes, de souffrances des populations, d'embarras dans les finances des États ; le congrès insiste sur la nécessité d'entrer dans une voie de désarmement;
« 4* Le congrès réprouve les emprunts dont l'objet est de servir à faire la guerre ou d'entretenir des armements militaires ruineux ;
« 5' Le congrès désapprouve toute intervention par la force des armes ou par voie de menaces que des gouveraements tenteraient d'opérer dans les affaires intérieures d'États étrangers, chaque peuple devant rester hbre de régler ses propres affaires ;
« 6" Le congrès recommande à tous les amis de la paix de préparer l'opinion publique dans leurs pays respectifs, afin de parvenir au développement et à Tamélioration du droit public international ;
« T Le congrès réprouve le système d'agressions et de violences employé par des peuples civilisés à l'égard des tribus à demi sauvages, ces actes de violence étant en même temps con-
traires à la religion, à la civilisation et aux intérêts du commerce;
« 8* Le meilleur moyen d'assurer la paix étant d'augmenter et de faciliter les relations d'amitié entre les peuples, le con* grès exprime sa profonde sympathie pour la grande idée qui a donné naissance à l'Exposition universelle, n
L'aperçu historique que nous venons d'esquisser atteste que l'idée d'établir une Diète européenne pour garantir la paix du monde remonte au commencement du dix-septième siècle, puisqu'elle se trouve exposée dans les Mémoires de Sully, qui en fait honneur à Henri IV. L'abbé de Saint-Pierre en a été, dans le siècle suivant, plutôt le vulgarisateur que l'inventeur. Plus tafd, Kant et Jérémie Bentham reproduisent la même idée avec de nouveaux développements; enfin elle passe dans le programme des Sociétés des Amis de la paix. On pourrait toutefois reprocher à ceux-ci de n'avoir pas toujours fidèlement suivi la tradition de leurs illustres devanciers. Us s'en sont écartés, par exemple, en s'attachant à faire prévaloir quand même la politique de la non-intervention ou du chacun chez soi, qui conduit à Uvrer les faibles à la merci des forts; en cherchant à consolider la paix, non par la résistance commune à l'injustice, mais par la conversion des puissants qui abusent de leur force; et cette conversion, ils se bornent à Fattendre de lexpérience, qui finira, pensent-ils, par démontrer aux forts qu ils sont euxmêmes intéressés à ne pas opprimer les faibles.
Évidemment, ce procédé auquel s'arrêtent les ultras des Sociétés de la paix, et, eu particulier, les quakers, demeurerait inefficace. Sans doute, Texpérience finit par démontrer la vérité de la maxime : Honesty is tlie best policy; sans doute, la pratique de l'injustice finit par être nuisible aux injustes euxmêmes; mais est-ce bien une raison suffisante pour lui donner libre carrière? Supposons que le système du laisser faire, mal n propos apph'qué à la violation des lois de la justice, soit adopté universellement; supposons qu'au lieu de résister matérielle-