CHAPITRE m
LA POLYSYNOniK
SOMMAIRK
Abrégé du Traité de la polysynodie de l'abbé de Saint- Pierre, par J.-J. Uoiisseaii. — De TAcadéinie politique et du scrutin perfectionné. — Que le scrutin peifectionné est un antropomèlre et un banlimèlre. — Conviction de Tabbé de Saint-Pierre que son système amènera Tâge d'or. — Que Thumanité a traversé Page de fer et l'ûge d'airain, et qu'elle est n^aintenani parvenue à l'âge d'argent. — Ce qu'il finit penser de la polysynodie.
Âpres le Projet de paix perpétuelle, le plus important, celui (lu moins auquel Tabbé de Saint-Pierre attachait le plus de prix, c'est le projet pour perfectionner le gouvernement par la pluralité des conseils ou la polysynodie, Rousseau a également résumé, — et cette fois avec une assez grande fidélité, — la polysynodie. Nous ne pouvons donc mieux faire, pour donner une idée de la conception de l'abbé de Saint-Pierre, que de reproduire TAbrégé de Rousseau, en y ajoutant quelques développements sur la fondation d*une « Académie politique » et sur rétablissement d'un a scnitin perfectionné, » qui étaient destinés à compléter ce IVojet pour perfectioiuier le gouvernement.
Voici donc TAbrégé du Discours sur la polysynodie, que nous empruntons aux œuvres de Jean-Jacques Rousseau.
Chapitre Premier. — Nécessité dans la momrchie d'une forme de gouvernement subordonnée au prince»
Si les princes regardaient les fonctions du gouvernement comme des devoirs indispensables, les plus capables s'en trouveraient les
plus surchargés; leurs travaux, comparés à leurs forces, leur paraîtraient toujours eiccssit's, et on les verrait aussi ardents à resserrer leurs Etats ou leurs droits qu'ils sont avides d'étendre les uns et les autres et h poids de la couronne écraserait bientôt la plus forte tète qui voudrait sérieusement la porter. Mais, loin d'envisager leur pouvoir par ce qu'il a de pénible et d'obligatoire, ils n'y voient que le plaisir de crmiiiander ; et, comme le peuple n'est à leurs yeux que l'instrument de leurs fantaisies, plus ils ont de fantaisies à contenter, plus le besoin d'usurper augmente, et plus ils sont bornés ci petits d'entendement, plus ils veulent être grands et puissants en autorité.
Cependant le plus absolu despotisme exige encore un travail pour se soutenir. Quelques maximes qu'il établisse à son avantage, il faut toujours qu'il les couvre d*un leurre d'utilité publique ; qu'employant la force des peuples contre eux-mêmes, il les empêche de la réunir contre lui ; qu'il étouffe continuellement la voix de la nature et le cri de la liberté, toujours prêts à sortir de Tcxtrême oppression. Enfin, quand le peuple ne serait qu'un vil troupeau sans raison, encore faudrait-il des lois pour le conduire ; et le prince qui ne songe point à rendre heureux ses sujets n'oublie pas, au moins, s'il n'est insensé, de conserver son patrimoine.
Qu'a-t-il donc à faire pour concilier l'indolence avec l'ambition, la puissance avec les plaisirs, et l'empire des dieux avec la vie animale? Choisir pour soi les vains honneurs, l'oisiveté, et remettre à d'autres les fonctions pénibles du gouvernement, en se réservant tout au plus de chasser des charges ceux qui s'en acquittent trop mal ou trop bien. Par cette méthode, le dernier des hommes tiendra paisiblement et-commodément le sceptre de l'univers ; plongé dans d'insipides voluptés, il promènera, s'il veut, de fête en fête, son ignorance et son ennui. Cependant on le traitera de conquérant, d'invincible, de roi des rois, d'empereur auguste, de monarque du inonde et de majesté sacrée. Oublié sur le trône, nul aux yeux de ses voisins et même à ceux dé ses sujets ; encensé de tous sans être obéi de personne; faible instrument de la tyrannie des courtisans et de l'esclavage du peuple, on lui dira qu'il règne, et il croira régner. Voilà le tableau .général du gouvernement de toute monarchie trop étendue. Qui veut soutenir le monde et n'a pas les épaules d'Hercule doit s'attendre à être écrasé.
Le souverain d'un grand empire n'est guère, au fond, que le mi-