CHAPITRE îll. m
acquis une connaissance aussi exacte des rapports qu'ont ces affaires avec celles des autres départements ; de sorte qu'il ne perd, d'un côté, dans la circulation, que pour gagner, d'un autre, beaucoup davantage. 8"* Enfin, pour ménager plus d'égalilc dans le pouvoir, plus d'indépendance entre les conseillers d'État, et, par conséquent, plus de liberté dans les suffrages. Autrement, dans un conseil nombreux en apparence, on n'aurait réellement que deux ou trois opinants auxquels tous les autres seraient assujettis, à peu près comme ceux qu'on appelait, à Rome, Senatores pedarii, qui, pour l'ordinaire, regardaient moins à l'avis qu'à l'auteur, inconvénient d'autant plus dangereux, que ce n'est jamais en faveur du meilleur parti qu'on a besoin de gagner les voix.
On pourrait pousser encore plus loin cette circulation des départements, en l'étendant jusqu'à la présidence même ; car, s'il était de l'avantiige de la République romaine que les consuls redevinssent, au bout de l'an, simples sénateurs en attendant un nouveau consulat, pourquoi ne serait-il pas de V avantage du royaume que les présidents redevinssent, après deux ou trois ans, simples conseillers en attendant une nouvelle présidence? Ne serait-ce pas, pour ainsi dire, proposer un prix tous les trois ans à ceux de la compagnie qui, durant cet intervalle, se distingueraient dans leur corps? ne serait-ce pas un nouveau ressort très-propre à entretenir dans une continuelle activité le mouvement de la machine publique, et le vrai secret d'animer le travail commun n'est-il pas d'y proportionner toujours le salaire?
Chapiire Vil. — Autres avantages de cette circulation.
Je n'entrerai point dans le détail des avantages de la circulation portée à ce dernier degré. Chacun doit voir que les déplacements devenus nécessaires par la décrépitude ou l'affaiblissement des présidents se feront ainsi sans dureté et sans effort ; que les ex-présidentf des conseils particuliers auront encore un objet d'élévation et les membres de ce conseil celui d*y pouvoir présider à leur tour; que cette alternative de subordination et d'autorité rendra Tune et l'autre en même tcmgs plus parfaite et plus douce ; que cette circulation de la présidence est le plus sûr moyen d'empêcher la polysynodie de dégénérer en vizirat, et qu'en général, la circulation répartissant avec plus d'égalité les lumières et le pouvoir du ministère entre plusieut^ membres, l'autorité royale domine plus aisément sur chacun
d'eux ; tout cela doit sauter au yeux d'un lecteur intelligent, et, s'il fallait tout dire, il ne faudrait rien abréger.
Chapitre VIII. — Que ta polysynodie est V administration en sous-ordre la plus naturelle.
Je m'arrête ici parla même raison sur la forme de la polysynodie, après avoir établi les principes généraux sur lesquels on la doit ordonner pour la rendre utile et durable. S'il s'y présente d'abord quelques embarras, c'est qu'il est toujours difficile de maintenir longtemps ensemble deux gouvernements aussi différents dans leurs maximes que le roonarcbique et le républicain, quoiqu'au fond cette union produisit peut-être un tout parfait et le chef-d'œuvre de la politique. Il faut donc bien distinguer la forme apparente et la forme réelle dont il est ici question; car on peut dire en un sens que la polysynodie est la première et la plus naturelle de toutes les administrations en sous-ordre, même dans la monarcbie.
En effet, comme les premières lois nationales furent faites par la nation assemblée en corps, de même les premières délibérations des princes furent faites avec les principaux de la nation assemblés en conseil. Le prince a des conseillers avant que d'avoir des vizirs; il trouve les uns et fait les autres. L'ordre le plus élevé de l'État en forme naturellement le synode ou conseil général. Quand le monarque est élu, il n'a qu'à présider, et tout est fait; mais, quand il faut choisir un ministre ou des favoris, on commence à introduire une forme arbitraire où la brigue et l'inclination naturelle ont bien plus de part que la raison ni la voix du peuple. Il n'est pas moins simple que, d.ms autant d'affaires de différentes natures qu'en offre le gouvernement , le parlement national se divise en divers comités toujours sous la présidence du roi, qui leur assigne à chacun les matières sur lesquelles ils doivent délibérer; et voilà les conseils particuliers nés du conseil général dont ils sont les membres naturels, et la synodie changée en polysynodie; forme que je ne dis pas être, en cet état, la meilleure, mais bien la première et In plus naturelle.