CHAPITRE III
trouve infailliblement rempli par un des trois hommes les plus dignes de loccuper.
Le scrutin perfectionné est un excellent antropomètre, c'est la mesure la plus sûre du mérite des officiers publics. On peut dire que Tobservalion de celte merveilleuse méthode dans son entier serait aussi une mesure sûre qu'auraient les sujets pour mesurer exactement le mérite de leurs rois, et qu'ainsi elle serait en même temps un excellent basilimètre.
Beaucoup trop imbu de l'importance du rôle que le gouvernement joue dans la société, le bon abbé attribue à son système des vertus merveilleuses pour améliorer Tétat social. Il n'hésite pas à déclarer que a ce système amènera l'âge dor. » A ce propos, il fait une observation neuve et originale que Técole saint-simonieune lui a empruntée et qu'elle a mise à la mode, sfivoir, que l'âge d or est dans l'avenir, et non dans le passé. Cette observation, l'abbé de Saint-Pierre la justifie en passant ^en revue les différents âges par lesijuels, selon les poètes, l'humanité aurait passé successivement, — âge d or, — âge d'argent, — âge d'airain, — âge de fer ; et il démontre, en mettant la vérité historique à la place de la fiction, que la condition de l'humanité s'est progressivement améliorée, au lieu de s*élre empirée. C'est ainsi que nous avons traversé l'âge de fer et Tâge d'airain et que nous sommes arrivés à l'âge d'argent. Que Ton adopte son système, et nous verrons s'ouvrir aussitôt l'âge d'or. Le morceau vaut la peine d'être cité.
Celte méthode amènera rage d'or.
Les poêles ont feint Tàge d or au temps de Saturne et de Rhée, c'est-à^ire qu'ils ont imaginé des siècles où les hommes, vivant dans la justice, dans l'innocence, dans la concorde et dans l'abondance, étaient parfaitement heureux; mais ils ont feint foUement que cet âge a été le premier.
Us ont feint que VA^^e d'argent a succédé à Tâge d'or, c'est-à-dire
que dans le second âge du monde les hommes vivaient avec moins de justice, moins de concorde, moins d'abondance, et étaient par conséquent beaucoup moins heureux.
Ils ont dit de même que l'âge d'airain, beaucoup moins heureux, avait succédé à Tàge d'argent.
A regard du dernier âge où ces poêles ont vécu, ils l'ont appelé Vâge de fer, c'est-à-dire le temps où régnaient l'injustice, la discorde, la violence et la pauvreté : voilà jusqu'où ont été les lumières et les fictions des anciens poètes.
Mais l'histoire, la philosophie et l'expérience nous apprennent tout le contraire; elles nous apprennent que les hommes ont commencé réellement par ignorer les arts et par être, par conséquent, dans la pauvreté et dans la disette. Ils trouvaient, à la vérité, plus de liberté, moins de contradictions dans les habitations séparées pour vivre dans leurs familles, chacun à leur fantaisie; ils cherchèrent ensuite, dans la société de plusieurs familles et dans un même village, plus de sûreté contre les violences des voleurs et dos ennemis ; ils y cherchèrent plus de commodité et de secours pour la vie et dans le commerce qui se fait par échange.
La crainte d'être tués ou pillés par les villages voisins et lu désir d'être encore mieux leur inspira de convenir entre eux de certaines conditions de société qui leur apportèrent divers grands avantages ;* ils convinrent d'établir une société entre plusieurs villages, de former quelques lois et de choisir un certain nombre d'hommes propres et h faire observer le.s lois faites, et à en former de nouvelles, à n:esuro que Ton s'apercevrait qu'il leur en manquait pour augmenter le bonheur de leurs petites sociétés.
Comme souvent les plus forts, les plus impatients, ne voulaient pas s'assujettir ni aux lois ni aux juges, ils usaient de violence, et alors discordes, haines, combats, meurtres, pillage, représailles et désolation entre citoyens d'une petite société composée de quelques villages, et puis entre petites sociétés voisines composées de villages, de bourgades et de villt s : tel a été le premier âge des peuples l«îs plus civilisés d'Europe et d'Asie, tel est encore le premier âge de quelques Tai lares d'Asie ( t des sauvages d'Afrique et d'Amérique, vrai âge de fer, parce que l'art de la société n'y est encore que dans sa première enfance.
A cet âge de fer a succédé, parmi les uîïtions mieux policées, l'âge d'airain, c'est-à-dire une police moins grossière, un plus grand